La démagogie coûte
Les Français aiment-ils encore les politiques responsables ? Ou préfèrent-ils les bonimenteurs ? À lire les sondages, ou même les premiers résultats de la législative partielle à Paris, on en vient à douter. Plus encore lorsqu’on entend des politiques rivaliser de mauvaise foi, malgré l’urgence de la situation budgétaire. La droite LR fait preuve de bonne volonté, mais va-t-elle tenir si elle le paye dans les urnes ? De son côté, la gauche, même socialiste ou plus sensée, continue de courir après les chimères au prix de sacrifier nos licornes. Tout le monde s’accorde pour mettre les plus aisés à contribution. Mais après Lucie Castets, toujours en quête de totem, ce qui reste du NFP n’a que la taxe Zucman à la bouche… Que n’importe quel économiste sérieux peut démonter en quelques cas concrets, comme Mistral. Puisqu’en taxant 2% du patrimoine professionnel, évalué, et non privé ou réel, elle revient à dissuader le moindre entrepreneur de monter une start-up ou une licorne en France.
Qui voudrait payer des sommes folles ou devoir céder des parts à l’État sur une richesse qu’il n’a pas encore dans sa poche ? À terme, c’est la certitude de voir son capital s’éroder, voire d’être peu à peu nationalisé. Que répond Zucman à cette critique ? « Ils peuvent emprunter » pour payer. Fascinant. En gros, pour résorber la dette publique, on donnerait le choix aux investisseurs entre s’endetter eux-mêmes ou s’exiler. À votre avis, que choisiront-ils ?
Le plus fou n’est pas qu’un économiste militant, comme il en existe tant, puisse obtenir une telle résonance. Ni que des politiques s’en emparent pour masquer le peu d’idées. Ni même que 86% des Français approuvent la taxe Zucman tant qu’on ne leur a pas expliqué l’effet boomerang. Le plus fou serait de continuer à foncer dans le mur sans freiner. Sans quoi, notre note n’a pas fini de dégringoler.
Contrairement aux électeurs, on ne peut pas manipuler les agences de notation, chargées d’analyser, très froidement, la capacité d’un pays à rembourser ses créanciers. Fitch vient de nous dégrader. Moody’s pourrait suivre. Ce n’est pas seulement notre taux d’intérêt à dix ans qui grimpe en flèche, mais celui à trente ans. Il vient d’atteindre les 4,5%. Un signal inquiétant. Ces agences de notation nous croient plus capables de redresser la barre.
Ce taux n’inclut pas que des données économiques. Il évalue la qualité du débat public, le niveau de nos élites politiques et médiatiques. Et devinez quoi, il n’est pas optimiste.
Notre instabilité politique, les énormités entendues ces derniers jours sur la taxe Zucman, vont nous coûter très cher. Malgré une croissance qui repart à la hausse ! À cause de la démagogie ambiante. Cette descente aux enfers vers le FMI peut encore être évitée. Il faudrait, pour cela, trouver une alternative à la taxe Zucman, réduire certaines dépenses, et trouver un compromis entre la droite et la gauche. Encore faut-il que des journalistes cessent de taper sur les politiques qui prennent leurs responsabilités. Les Français, alors, les entendront et les récompenseront. Et la spirale pourrait s’inverser, pour devenir vertueuse.
Caroline Fourest, Franc-Tireur, 24 septembre 2025
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