Historique ?

La diplomatie française semble fière. Et l’objectif atteint. Emmanuel Macron existe à nouveau sur le plan géopolitique. Et Jean-Noël Barrot peut nous expliquer com- bien la France a réussi un exploit «historique » avec cette déclaration de New York pour une « solution à deux États », signée par de nombreux pays arabes. En réalité, l’histoire est bien plus exigeante qu’une séquence politique. 

Mais commençons par saluer le geste. Dans un monde violent, la France a raison de chercher une « solution politique ». C’est sa place et sa grandeur. L’énergie du président français, son duo avec l’Arabie saoudite ont permis une dynamique. Pour être exact, elle existait déjà, grâce aux accords d’Abraham de Trump. Cela reste émouvant de voir tant de pays arabes, et pas seulement les plus anti-Hamas (comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite), mais aussi ses alliés fréristes, comme la Turquie ou le Qatar, signer un texte condamnant explicitement les «attaques commises par le Hamas contre des civils le 7-Octobre». Peu de mots ont été choisis pour reconnaître Israël, mais le fait d’accepter une « solution à deux États » selon les frontières de 1967 paraît remplir ce rôle, au moins implicitement. Les « garanties de sécurité » ? Il n’en existe aucune. Cette reconnaissance se fait sans l’accord du pays frontalier concerné, en récompensant un pogrom et en privant les acteurs de levier pour négocier la paix. 

Mais la punition existe. Puisque cette déclaration annexe le territoire de Gaza à un État confié à l’Autorité palestinienne. C’est une façon d’« isoler » le Hamas comme le revendique notre ministre des Affaires étrangères. Sans permettre en rien de le démilitariser, condition que n’a même pas émise la France. Les leaders du Hamas s’en réjouissent. Eux ont vu dans cette reconnaissance une « victoire », et le « fruit » du 7-Octobre. Retour au réel. N’en déplaise aux indignés d’Instagram et au Quai d’Orsay, on n’arrête pas une guerre avec seulement des mots : il faut un rapport de force. Et même un vainqueur et un vaincu. Sinon, la guerre continue. La preuve. 

L’Autorité palestinienne peut signer tous les papiers du monde, son autorité ne vaut rien tant que le Hamas est en état de nuire. Or il maintient son emprise sur Gaza grâce au détournement de l’aide alimentaire et grâce à l’Unrwa… Cette agence de l’ONU, totalement noyautée, ayant obtenu pour les Palestiniens un statut exceptionnel de « réfugiés » héréditaire, de père en fils. Cette rente sociale devrait tomber le jour où la Palestine sera effectivement un État. Ce qui pousse des générations à le réclamer sans le vouloir. C’est le nœud gordien du conflit. Or la déclaration de New York réaffirme le «rôle indispensable de l’Unrwa» dans le futur État palestinien. Ce qui revient à dire que les Palestiniens resteront « réfugiés » en Palestine… tant qu’Israël n’est pas rayé de la carte ? Tant qu’elle ne purge pas ce non-dit, avec l’accord de toutes les parties, cette déclaration restera politique. Et non historique.

Caroline Fourest, Franc-Tireur, 6 août 2025

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Published on August 06, 2025 08:39
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