FRANÇAIS: Poincaré est l'un des représentants du conventionnalisme, qui soutient que les théories scientifiques sont purement conventionnelles et ne représentent pas fidèlement la réalité. Personnellement, je ne suis pas un conventionnaliste et je me sens plus proche de Popper que de Poincaré.
Dans la première partie, il s'oppose à l'idée que les mathématiques reposent essentiellement sur la méthode déductive. Il soutient que l'induction mathématique est beaucoup plus importante et que cet outil ne peut pas être considéré comme faisant partie de la méthode déductive. Bien entendu, l'induction mathématique apporte une parfaite certitude quant à ses résultats, ce qui n'est pas le cas de la méthode inductive, telle qu'elle est utilisée en sciences expérimentales.
Dans la deuxième partie, l'Espace, il mêle géométrie et anatomie, et vise à expliquer notre sentiment de vivre dans un espace tridimensionnel basé sur les mouvements musculaires de l'œil pour s'assurer que l'image d'un objet en mouvement conserve sa position relative par rapport à nous. Cette explication me semble farfelue. Autant que je sache, je ne bouge généralement pas mes yeux pour que les objets en mouvement conservent leur position relative, je les vois juste bouger. Et pour détecter cet espace à trois dimensions, il suffit de regarder un coin du plafond de ma chambre. Le but de Poincaré est d'affirmer (ce qu'il fait à la fin de cette partie) que la géométrie n'est pas vraie, elle est simplement avantageuse. C'est-à-dire que la géométrie nous serait imposée par la sélection naturelle et ne nous présenterait pas une image fidèle du monde, mais plutôt la plus avantageuse pour notre survie. Cette explication conventionnaliste me semble forcée et élaborée.
La troisième partie est un peu dépassée, car ce livre a été publié en 1902 et est donc antérieur à la théorie de la relativité. Les doutes sur la difficulté de définir la force gravitationnelle, par exemple, disparaissent, car dans la relativité générale, la gravité est une déformation géométrique de l'espace. Mais intéressante est la distinction de Poincaré entre les constantes universelles accidentelles (telles que la constante d'aire, la deuxième constante de la loi de Kepler), dont la valeur aurait pu être différente, du moins pour autant que nous le sachions, et les constantes essentielles, comme l'exposant 2 dans L'équation de Newton, que dans un espace tridimensionnel ne peut pas prendre une autre valeur.
La quatrième partie, consacrée aux hypothèses scientifiques, a été dépassée par les travaux de Karl Popper, Thomas Kuhn et d'autres auteurs, bien qu'elle présente quelques idées intéressantes, telles que la citation suivante, qui exprime graphiquement la différence entre l'histoire et la science expérimentale: Carlyle a écrit quelque part quelque chose comme ceci: "Le fait seul importe; Jean sans Terre a passé par ici... voilà une réalité pour laquelle je donnerais toutes les théories du monde." Carlyle était un compatriote de Bacon; mais Bacon n’aurait pas dit cela. C’est là le langage de l’historien. Le physicien dirait plutôt: "Jean sans Terre a passé par ici; cela m’est bien égal, puisqu’il n’y repassera plus."
Ou cette citation, qui exprime assez bien la différence entre la physique théorique et expérimentale: Qu’on me permette de comparer la Science à une bibliothèque qui doit s’accroître sans cesse; le bibliothécaire ne dispose pour ses achats que de crédits insuffisants; il doit s’efforcer de ne pas les gaspiller. C’est la physique expérimentale qui est chargée des achats; elle seule peut donc enrichir la bibliothèque. Quant à la physique mathématique, elle aura pour mission de dresser le catalogue. Si ce catalogue est bien fait, la bibliothèque n’en sera pas plus riche. Mais il pourra aider le lecteur à se servir de ces richesses. Et même en montrant au bibliothécaire les lacunes de ses collections, il lui permettra de faire de ses crédits un emploi judicieux; ce qui est d’autant plus important que ces crédits sont tout à fait insuffisants.
ENGLISH: Poincaré is one of the representatives of conventionalism, which holds that scientific theories are purely conventional and don't faithfully represent reality. Personally I'm not a conventionalist, and feel closer to Popper than Poincaré.
In the first part, he speaks against the widespread idea that mathematics relies essentially on the deductive method. He argues that mathematical induction is much more important, and that this tool cannot be considered part of the deductive method. Of course, mathematical induction provides perfect certainty regarding its results, which is not the case with the inductive method, as used in the experimental sciences.
In the second part, Space, he mixes geometry with anatomy, and aims to explain our feeling of living in a three-dimensional space based on the muscular movements of the eye to ensure that the image of a moving object maintains its relative position with respect to us. I find this explanation far-fetched. As far as I know, I don't usually move my eyes so that moving objects maintain their relative position, I just see them move. And to see that space has three dimensions, I can just look at a corner of the ceiling of my room. Poincaré's goal is to assert (which he does at the end of this part) that geometry is not true, but simply advantageous. That is to say: geometry has been forced on us by natural selection and does not provide us with a faithful image of the world, rather with the most advantageous for our survival. This conventionalist explanation seems to me forced and elaborate.
The third part is a little outdated, as this book was published in 1902 and therefore predates the theory of Relativity. Disquisitions about the difficulty in defining the gravitational force, for example, are not necessary, for in General Relativity gravity is a geometric deformation of space. But an interesting distinction Poincaré makes is that between accidental universal constants (such as the area constant, in Kepler's second law), the value of which could have been different, at least as far as we know, and essential constants, such as exponent 2 in Newton's equation, than in a space three-dimensional cannot take another value.
The fourth part, dedicated to scientific hypotheses, has been surpassed by the work of Karl Popper, Thomas Kuhn and other authors, although it introduces a few interesting ideas, such as the following quote, which graphically expresses the difference between history and experimental science: Carlyle has somewhere said something like this: "Nothing but facts are of importance. John Lackland passed by here... Here is a reality for which I would give all the theories in the world." Carlyle was a fellow countryman of Bacon; but Bacon would not have said that. That is the language of the historian. The physicist would say rather: "John Lackland passed by here; that makes no difference to me, for he never will pass this way again."
Or this quote, that expresses quite well the difference between theoretical and experimental physics: The librarian has at his disposal insufficient funds for his purchases. He ought to make an effort not to waste them. Experimental physics is entrusted with the purchases. It alone can enrich the library. As for mathematical physics, its task will be to make out the catalogue. If the catalogue is well made, the library will not be any richer, but the reader will be helped to use its riches. And by showing the librarian the gaps in his collections, it will enable him to make a judicious use of his funds; which is all the more important because these funds are entirely inadequate.
ESPAÑOL: Poincaré es uno de los representantes del convencionalismo o instrumentalismo, que sostiene que las teorías científicas son puramente convencionales y no representan fielmente la realidad, pero son útiles si sirven para hacer predicciones correctas. Personalmente no soy convencionalista, y me siento más cerca de Popper que de Poincaré.
En la primera parte, se opone a la idea de que las matemáticas se apoyan esencialmente en el método deductivo. Sostiene que la inducción matemática es mucho más importante, y que esta herramienta no puede considerarse parte del método deductivo. Pero hay que tener en cuenta que la inducción matemática proporciona certidumbre absoluta respecto a sus resultados, cosa que no ocurre con el método inductivo, tal y como se utiliza en las ciencias experimentales.
En la segunda parte, el Espacio, mezcla la geometría con la anatomía y pretende explicar que tengamos la sensación de vivir en un espacio tridimensional en función de los movimientos musculares del ojo que aseguran que la imagen de un objeto móvil mantenga su posición relativa respecto a nosotros. Esta explicación me parece rebuscada. Que yo sepa, no suelo mover los ojos para que los objetos móviles mantengan su posición relativa, simplemente los veo moverse. Y para ver que el espacio tiene tres dimensiones, me basta mirar a una esquina del techo de mi habitación. El objetivo de Poincaré es afirmar (lo que hace al final de esta parte) que la geometría no es verdadera, simplemente es ventajosa. Es decir: la geometría nos vendría forzada por la selección natural y no nos presenta una imagen fiel del mundo, sino la más ventajosa para nuestra supervivencia. Esta explicación convencionalista me parece forzada y rebuscada.
La tercera parte está un poco atrasada, pues este libro se publicó en 1902 y por tanto es anterior a la teoría de la Relatividad. Las disquisiciones sobre lo difícil que es definir la fuerza de la gravedad se vuelven innecesarias, pues en la Relatividad General la gravedad es una deformación geométrica del espacio. Pero es interesante la distinción que hace Poincaré entre constantes universales accidentales (como la constante del área, la de la segunda ley de Kepler), cuyo valor podría haber sido diferente, al menos que sepamos, y las constantes esenciales, como el exponente 2 en la ecuación de Newton, que en un espacio de tres dimensiones no puede tomar otro valor.
La cuarta parte, dedicada a las hipótesis científicas, ha sido sobrepasada por el trabajo de Karl Popper, Thomas Kuhn y otros autores, aunque introduce algunas ideas interesantes, como la cita siguiente, que expresa gráficamente la diferencia entre la historia y la ciencia experimental: Carlyle escribió algo parecido a esto en algún sitio: “Solo los hechos importan; Juan sin Tierra pasó por aquí... y por esta realidad yo cambiaría todas las teorías del mundo". Carlyle era compatriota de Bacon; pero Bacon no habría dicho eso. Este es el lenguaje del historiador. Un físico diría: “Juan sin Tierra pasó por aquí; no me importa, porque no volverá a pasar por aquí."
O esta cita, que expresa bastante bien la diferencia entre física teórica y experimental: Permítaseme comparar la ciencia con una biblioteca que debe estar en constante crecimiento; el bibliotecario tiene un presupuesto insuficiente para hacer las compras; debe tratar de no desperdiciarlo. La física experimental es responsable de la compra; solo ella, por tanto, puede enriquecer la biblioteca. En cuanto a la física matemática, su misión será elaborar el catálogo. Si este catálogo está bien hecho, la biblioteca no se enriquecerá, pero ayudará al lector a usar estas riquezas. Y al mostrarle al bibliotecario las deficiencias de sus colecciones, le permitirá hacer un uso juicioso de su presupuesto; lo cual es tanto más importante, cuanto que este presupuesto es completamente insuficiente.