L'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore occupe une place à part au sein du Romantisme. Nourrie de théâtre et de formes orales, elle est marquée par une inventivité exceptionnelle. Poèmes amoureux ou engagés, romances et élégies, poésies de l'enfance, la variété de son écriture fut saluée par les grands poètes du XIXe et du XXe siècles, depuis Baudelaire, Rimbaud et Verlaine jusqu'à Aragon et Bonnefoy.
Née en 1786 à Douai, Marceline Desbordes-Valmore devient actrice de théâtre avant d'écrire. Malgré une vie difficile, et sans être instruite, elle laisse une œuvre composée de plusieurs volumes de poésies, de romans et contes pour enfants et d'une ample correspondance. Elle meurt en 1859 à Paris.
Marceline Desbordes-Valmore (June 20, 1786 – July 23, 1859) was a French poet.
She was born in Douai. Following the French Revolution, her family emigrated to Guadeloupe. In 1817 she married her second husband, the actor Prosper Lanchantin-Valmore.
She published Élégies et Romances, her first poetic work, in 1819. Her melancholy, elegiacal poems are admired for their grace and profound emotion.
Marceline appeared as an actress and singer in Douai, Rouen, the Opéra-Comique in Paris, and the Théâtre de la Monnaie in Brussels, where she notably played Rosine in Beaumarchais's Le Barbier de Séville. She retired from the stage in 1823. She later became friends with the novelist Honoré de Balzac, and he once wrote that she was an inspiration for the title character of La Cousine Bette.
Her poetry is also known for taking on dark and depressing themes, which reflects her troubled life. She is the only female writer included in the famous Les poètes maudits anthology published by Paul Verlaine in 1884. A volume of her poetry was among the books in Friedrich Nietzsche's library.
« Quand il pâlit un soir, et que sa voix tremblante S'éteignit tout à coup dans un mot commencé ; Quand ses yeux, soulevant leur paupière brûlante, Me blessèrent d'un mal dont je le crus blessé ; Quand ses traits plus touchants, éclairés d'une flamme Qui ne s'éteint jamais, S'imprimèrent vivants dans le fond de mon âme ; Il n'aimait pas, j'aimais ! »
L'ISOLEMENT Quoi! ce n'est plus pour lui, ce n'est plus pour l'attendre, Que je vois arriver ces jours longs et brûlants ? Ce n'est plus son amour que je cherche à pas lents ? Ce n'est plus cette voix si puissante, si tendre, Qui m'implore dans l'ombre, ou que je crois entendre ? […]
Car ce n'est plus pour lui qu'en silence éveillée La muse qui me plaint, assise sur des fleurs, M'attire dans les bois, sous l'humide feuillée, Et répand sur mes vers des parfums et des pleurs. Il ne lit plus mes chants, il croit mon âme éteinte; Jamais son cœur guéri n'a soupçonné ma plainte, Il n'a pas deviné ce qu'il m'a fait souffrir : Qu'importe qu'il l'apprenne? Il ne peut me guérir. J'épargne à son orgueil la volupté cruelle De juger dans mes pleurs l'excès de mon amour. Que devrais-je à mes cris ? Sa frayeur? son retour? Sa pitié?... C'est la mort que je veux avant elle. Tout est détruit: lui-même, il n'est plus le bonheur: Il brisa son image en déchirant mon cœur. »
ON ME L'A DIT
« Désirer sans espoir, Regarder sans rien voir, Se nourrir de ses larmes, S'en reprocher les charmes, S'écrier à vingt ans: «Que j'ai souffert longtemps!» Perdre jusqu'à l'envie De poursuivre la vie: On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour.
Dans ses songes secrets, Revoir les mêmes traits ; Craindre la ressemblance Qu'on appelle en silence; En frémissant d'aimer, Apprendre à l'exprimer; Pleurer qu'un si doux songe Soit toujours un mensonge: On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour.
S'arracher aux accents, Que l'on écoute absents ; Mais, en fuyant l'orage, Détester son courage; Trembler de se guérir, Le promettre... et mourir; Voilà ce qu'on ignore,
Quand on espère encore : On me l'a dit un jour, C'est le vrai mal d'amour. »