Est-ce en vain que Thucydide nous montre que le fort fait ce qu'il peut, et que le faible subit ce qu'il doit subir? Que Hobbes nous invite à faire cesser l'état de guerre naturel, pour y substituer une société qui assure à tous sécurité et progrès? Que Locke nous montre la vanité absurde de l'inquisition et du prosélytisme, et plaide pour la Tolérance et la liberté d'opinion? Que Montesquieu nous montre que tout pouvoir est naturellement porté à l’abus, si un autre ne vient bientôt l'arrêter, et mettre un frein à ses prétentions ?
Non! C'est l'Histoire qui est notre seule vraie boussole, celle qui ôte de nos yeux le bandeau d'un relativisme impuissant ou d'un idéalisme pervers et mensonger, qu’il soit politique ou religieux, en rendant manifeste leurs errances. C'est elle, le seul vrai et unique tribunal sacré de la raison, à même de juger la justesse des principes, préceptes, vues et buts des partis. C'est elle qui, d'une part, salue et couronne la sagesse des bons prophètes et la sagacité des heureux législateurs, et qui, d'autre part, confond les sectes pernicieuses et les utopies politiques dangereuses. C'est elle qui nous dévoile par degré le chemin vers le vrai, le seul but de l'humanité, que nous devrions tous souhaiter avec ardeur: le bonheur, la sécurité et la prospérité pour tous.
Je ne peux, sans qu'une violente émotion ne m'étreigne, relire ces quelques mots simples d'un grec, né il y a vingt-cinq siècles:
"Hérodote d'Halicarnasse, en donnant son histoire au public, veut que la trace des actions accomplies par les hommes ne s'efface point avec le temps, et que les grands et merveilleux exploits des Grecs comme des barbares ne demeurent point inconnus; il veut encore, et surtout, exposer les motifs qui les portèrent à se faire la guerre."
La Science nous donne les moyens, la Politique et la Religion nous montrent les fins, l'Histoire enfin nous corrige peu à peu, et, nous ayant instruits des erreurs du passé, elle dissipe finalement nos illusions. La philosophie doit articuler et réunir harmonieusement ces disciplines, conserver leur amitié réciproque, coordonner leur travail, et montrer à l'homme comment s'en servir, pour que, buvant à la source la plus pure - à savoir la plus en amont - de l'instruction, puis descendant ce torrent, cette rivière puis ce fleuve avec circonspection, il se libère des fers de l'ignorance et de la présomption, rejette les imposteurs qui voudraient le subjuguer pour en faire leur dupe, reconnaisse ses véritables amis et bienfaiteurs, et, découvrant enfin la route qui le mènera à cet océan de bonheur, s'y dirige résolument.
Qu’en dehors d’un travail et d’un repos nécessaire, et sans méprisez les plaisirs, les commodités de la vie, le soin de notre santé, la stimulation de notre sensibilité, la pratique des arts et la douceur d’une société familiale et amicale, ne nous nous laissions pas submerger par un excès de passions flatteuses, vaines et futiles qui nous priverait entièrement de nous-mêmes. Pensons à réserver une part de nos loisirs à nous occuper utilement, à nous rendre meilleurs par l’instruction, la lecture et la réflexion, car sans matière pour exercer notre intelligence, la vie et l'action se consument sans but précis, et la mort arrive bientôt, sans que notre âme ait pu goûter aux délices pour lesquels elle a été naturellement disposée.