Une idée de départ très intéressante, et tout le reste du livre l'explique de façon formelle. Donc difficile à lire, mais agrémenté de quelques exemples bienvenus.
Voici les passages que je retiens :
1ere conférence
Pages 40-41
Exemple. Oui, je le veux. C'est-à-dire je prends cette femme comme épouse légitime. Ce oui étant prononcé au cours de la cérémonie du mariage.
Je baptise ce bateau le Queen Elizabeth, comme on dit lorsqu'on brise une bouteille contre la coque.
Je donne et lègue ma montre à mon frère, comme on peut lire dans un testament.
Je vous parie si pence qu'il pleuvra demain.
Pour ces exemples, il semble clair qu’énoncer la phrase (dans les circonstances appropriées, évidemment) ce n'est ni décrire ce qu'il faut bien reconnaître que je suis en train de faire en parlant ainsi, ni affirmer que je le fais : c'est le faire. Aucune des énonciations citées n'est vraie ou fausse : j'affirme la chose comme allant de soi et ne la discute pas.
Page 45
Tout autre élément dont on exige d'ordinaire qu'il accompagne une énonciation telle que je promets que. Ou oui, je prends cette femme pour épouse, et en fait décrit par cette énonciation, de sorte qu'il la rendrait vraie par sa présence, ou fausse par son absence. Eh bien, en commençant par le dernier cas, nous allons tout de suite considérer ce que nous disons de fait de l'énonciation lorsque l'un ou l'autre de ces éléments concomitants habituels est absents ; en aucun cas, nous ne disons que l'énonciation était fausse, mais plutôt que l'énonciation ou mieux, l'acte, la promesse par exemple, était nulle et non avenue. Ou donner de mauvaise foi ou non exécuter ou quelque chose de semblable.
2e conférence
Page 49.
Essayons d'abord de noter un tableau schématique, et je ne prétends nullement que ce schéma soit définitif, au moins quelques-unes des conditions nécessaires au fonctionnement heureux et sans heurt d'un performatif. Du moins d'un performatif explicite et très développé, comme tout ce dont nous sommes occupés jusqu'ici. Nous donnerons ensuite des exemples d'échecs et de leurs effets. Je le crains fort, mais bien sûr, je l'espère en même temps, ces conditions auxquelles il faut nécessairement satisfaire vont apparaître tout à fait évidentes.
A.1 Il doit exister une procédure reconnue par convention, dotée par convention d'un certain effet et comprenant l'énoncé de certains mots par de certaines personnes dans de certaines circonstances. De plus
A.2 Il faut que dans chaque cas, les personnes circonstances particulières soient celles qui conviennent pour qu'on puisse invoquer la procédure en question.
B.1. La procédure doit être exécutée par tous les participants à la fois correctement et
B.2 intégralement.
Gamma.1 Lorsque la procédure, comme il arrive souvent, suppose chez ceux qui recourent à elle certaines pensées ou certains sentiments, lorsqu'elle doit provoquer par la suite un certain comportement de la part de l'un ou l'autre des participants, il faut que la personne qui prend part à la procédure et par là l'invoque et en fait ces pensées ou sentiments. Et que les participants aient l'intention d'adopter le comportement impliqué. De plus,
Gamma.2 ils doivent se comporter ainsi en fait par la suite.
Si nous pêchons ou contre une ou plusieurs de ces 6 règles, notre énonciation performative sera, d'une manière ou d'une autre, malheureuse.
Page 53.
Je pense en ce moment aux affirmations qui renvoient à quelque chose qui n'existe pas, par exemple celle-ci « L'actuel roi de France est chauve. » On pourrait être tenté de ramener pareils propos au cas où il y a intention de léguer un objet qu'on ne possède pas des 2 côtés. N'y a-t-il pas présupposition d'existence ? Une affirmation qui renvoie à quelque chose d'inexistant. N'est-elle pas plutôt vide que fausse ?
4e conférence
Page 76.
Présupposition. « Tous les enfants de Jean sont chauves », présuppose que Jean a des enfants. Nous ne pouvons pas dire, « Tous les enfants de gens sont chauves, mais Jean n'a pas d'enfant » ou « Jean n'a pas d'enfant et tous ses enfants sont chauves ».
5e conférence
Page 82. Un type de performatif très important et répandu - et qu'on peut sans doute tenir pour authentique- se présente à la 2e ou 3e personne (du singulier ou du pluriel) et à la voix passive : ni la personne ni la voix ne sont donc des éléments absolument essentiels. Voici quelques exemples. Vous êtes autorisé par les présentes à payer… Les voyageurs sont avisés que la traversée de la voie ferrée s'effectue pas
Pages 86-87
Un parent inquiet quand on demande à son enfant de faire quelque chose peut dire, « Il promet, n'est-ce pas, Willy » ? Mais le petit Willy doit encore dire lui-même, « je promets » pour qu'il y ait vraiment promesse. Notons que ce genre d'asymétrie ne se rencontre nullement à l'ordinaire avec les verbes qui ne sont pas employés comme performatifs explicites. Aucune asymétrie de cet ordre, par exemple entre « Je cours » et « Il court ».
6e conférence
Page 96
Phénomène qui accompagne l'énonciation.
Nous pouvons accompagner les mots par des gestes (clins d'œil, indication de la main, haussement d'épaules, haussement de sourcils, etc.) ou des actes rituels non verbaux. Ces gestes, parfois, sont exécutés sans un mot ; ils ont une importance évidente.
7e conférence
Page 101.
Performatif explicite. Mixte (semi descriptif) Descriptif.
Je m'excuse. Je suis désolé. Je me repens.
Je blâme/ Je m’oppose. Je reproche Je suis dégoûté par.
J'approuve. Je trouve bon que. Je me sens d'accord avec.
Je vous souhaite la bienvenue. Je suis heureux de vous recevoir.
Page 106. Ce serait faire preuve de l'excessive rigueur pratiquée dans Alice au pays des merveilles quand « Je pense que P » est pris pour une affirmation à propos de qui pense à laquelle on peut répondre : « Voilà un fait qui ne concerne que vous. » (« Je ne pense pas… » commença Alice : « Alors vous ne devriez pas parler », dit la chenille ou je ne sais plus qui.) Lorsque nous avons des performatifs explicites purs tels que affirmés ou maintenir toute la proposition est certainement vraie ou fausse, bien que l'énonciation soit l'exécution de l'acte d'affirmer ou de maintenir.
8e conférence
Page 109
L’acte phonétique, c’est la simple production de sons. L’acte phatique, c’est la production de vocables ou mots, c’est-à-dire de sons d’un certain type appartenant à un vocabulaire (et en tant précisément qu’ils lui appartiennent), et se conformant à une grammaire (et en tant précisément qu’on s’y conforme). L’acte rhétique, enfin, consiste à employer ces vocables dans un sens et avec une référence plus ou moins déterminés. Ainsi, « il a dit : le chat est sur le paillasson », rapporte un acte phatique, alors que « il a dit que le chat était sur le paillasson » rapporte un acte rhétique. Même distinction dans les couples suivants :
« Il a dit : Je serai là », « il a dit qu’il serait là » ;
« Il a dit : Sortez ! », « il m’a dit de sortir » ;
« Il a dit : Est-ce à Oxford ou à Cambridge ? », « Il a demandé si c’était à oxford ou à Cambridge ».
Page 114. Selon un sens différent, produire un acte locutoire – et par là un acte illocutoire -, c’est produire encore un troisième acte. Dire quelque chose provoquera souvent – le plus souvent – certains effets sur les sentiments, les pensées, les actes de l’auditoire, ou de celui qui parle, ou d’autres personnes encore. Et l’on peut parler dans le dessein, l’intention, ou le propos de susciter ces effets. Compte tenu de cela, nous pouvons dire que celui qui a parlé a produit un acte qui ou bien ne renvoie qu’indirectement à l’acte locutoire ou illocutoire (C.a), ou bien n’y renvoie pas du tout (C.b). Nous appellerons un tel acte un acte perlocutoire, ou une perlocution. Ne définissions pas encore avec minutie cette – bien sûr, la définition sera nécessaire - ; bornous-nous à donner quelques exemples :
Acte (A) – locutoire. Il m’a dit « Tire sur elle ! », voulant dire par « tire » tire, et se référant par « elle » à elle.
Acte (B) – illocutoire. Il me pressa (ou me conseilla, ou m’ordonna, etc.) de tirer sur elle.
Acte (C.a) – perlocutoire
Il me persuada de tirer sur elle.
Acte (C.b)
Il parvint à me faire (ou me fit, etc.) tirer sur elle.
10e conférence
Page 129. Nous avons distingué l’acte locutoire (et les actes phonétique, phatique et rhétique, qu’il inclut) qui poss-de une signification ; l’acte illocutoire où le fait de dire a une certaine valeur ; et l’acte perlocutoire, qui est l’obtention de certains effets par la parole.
Page 134. Si nous étudions les exemples suivants :
« En bourdonnant, je prétendais être une abeille »
« En bourdonnant, je me conduisais comme un clown », nous voyons que c’est dire ce que je faisais (bourdonner) - en intention ou en fait – qui constitue l’acte de dire ceci ou cela comme un acte d’unc ertain genre, et qui peut être désigné d’un nom différent.
11e conférence
Page 140. « Affirmer » semble ainsi répondre à tous les critères dont nous disposions pour reconnaitre l’acte illocutoire. Considérez une observation aussi inattaquable que celle-ci : En disant qu’il pleuvait, je ne parlais, ni ne démontrais, ni n’avertissais : j’affirmais simplement un fait.
Page 145 « Tout d’abord, il est évident qu’on glisse vers la vérité ou la fausseté dans le cas, par exemple, des verdictifs (comme : estimer que, juger que, et déclarer que). Ainsi nous pouvons dire :
Estimer – à tort ou à raison – qu’il est deux heures et demie
Juger – correctement ou incorrectement – qu’il est coupable
Déclarer - correctement ou incorrectement – que le batteur est éliminé
Page 147. De même que « la France est hexagonale, c’est sommaire », de même, « Lord Raglan a gagné la bataille de l'Alma », c'est une exagération qui convient dans certains contextes, mais non dans d'autres ; il serait vain d’insister sur sa ou fausseté.
12e conférence
Page 151. Comment la distinction « constatif-performatif » nous est-elle apparue à la lumière de notre dernière théorie ? D'une manière générale et pour toutes les énonciations considérées, sauf peut-être les jurons, nous avons mis au jour. 1. la dimension bonheur / malheur. 1a) une valeur illocutoire.
2, la dimension vérité/fausseté.
2 a). Une signification (sens et référence) locutoire.
Page 163. On peut dire, en résumé que le verdictif conduit à porter un jugement. L'exercitif à affirmer une influence ou un pouvoir, le promissif à assumer une obligation ou à déclarer une intention, le comportatif à adopter une attitude. L'expositif à manifester plus clairement ses raisons, ses arguments, bref, à élucider la communication.