"Tu m'as répondu j'étais ta rivière ? mais pour qu'il y ait une rivière, il faut qu'il y ait un lit, comme un récipient pour tenir l'eau. Tu étais mon lit."
Emmanuelle Pagano, alias Emmanuelle Salasc, née le 15 septembre 1969, dans l'Aveyron, est une écrivaine française.
Emmanuelle Pagano was born in Aveyron in September 1969. She lives today in Ardèche, with three children, born in April 1991, September 1995 and May 2003. She graduated in Fine Arts, and has done university researches in the field of esthetics in the cinema as well as the multimedia.
Hmmm… C’est un beau concept à mon sens: Un échange épistolaire monté de toute pièce, entre deux écrivains qui aimeraient écrire l’amour, et qui, bien sûr, doivent en assumer les conséquences. Nous ne lisons qu’un côté de l'échange - celui d’Emmanuelle Pagano. Elle est franche, un peu dans la confession, et j’aime la précision avec laquelle elle aborde le monde, ainsi que le lien qui s’établit entre elle et le bonhomme qui reçoit ses lettres. En revanche, comme souvent en lisant, je trouve qu’il manque une couche de conscience propre, enfin quelque chose qui nous dit que l’auteur-ice sait ce qu’il ou elle fabrique avec son récit. La naïveté et le désespoir peuvent être si touchants à l’écrit, sauf qu'en l’occurence, je reconnais avoir été plutôt embarrassée. J'avais du mal à ne pas trouver le personnage principal pathétique.
Je crois que la différence avec des auteur-ice-s qui y parviennent est cette présence constante de la conscience de soi en tant qu’écrivain-e. Quelqu’un comme Chris Kraus nous dirait peut-être: Je suis tout à fait consciente d’être naïve et désespérée dans cette situation, mais je l’assume et je l’écris. C’est cette juxtaposition savoureuse que j’adore, et qui m’a un peu manqué ici! Je ne sais pas si j’ose le dire, mais j’aurais adoré lire les lettres du monsieur, plutôt que virer vers le cliché de la femme éperdue et dépendante de l’approbation d’un homme, aussi mimi qu’il semble:)
Roman épistolaire assez déroutant. J'ai été séduite par de très beaux passages et par de magnifiques descriptions du désir. Mais j'ai commencé à me lasser assez rapidement (2eme partie du roman) par la redondance de certaines lettres. Le style de l'autrice est vraiment très beau.
Magnifique écriture, très matérielle, qui dissèque le geste amoureux et sexuel. Mais le désir et le plaisir étaient tellement centrés sur l'homme que je n'ai pas pu finir.
Ce roman épistolaire est divisé en trois parties et s’ouvre par une note de l’auteure : "Ce roman était à l’origine un échange de lettres avec un autre écrivain. Nous nous l’étions représenté comme une œuvre de fiction que nous construisions chaque jour, à deux, et dans laquelle nous inventions que nous nous aimions. Nous ne savions pas jusqu’où le pouvoir du roman nous amènerait. Nous ne connaissions pas la fin de l’histoire. Il est sorti de ma vie brutalement, abandonnant ce texte en cours d’écriture. En partant, il a repris ses lettres. Il y a donc des vides, des ellipses dans ce roman, dans lesquels il faut imaginer ces lettres qu’il publiera peut-être un jour, une autre fois, ailleurs, séparément." [p. 9] C’est donc en connaissance de cause et de la nature de ce livre que j’ai abordé celui-ci. Un peu déçue par cet aspect monodique, j’ai cependant pensé que les lettres permettraient d’imaginer celles auxquelles elles répondaient. Ce ne fut pas le cas, malheureusement : ces lettres, si elles semblent bien adressées à un être aimé, m’ont davantage fait penser à un monologue et à un amour à sens unique qu’à une correspondance amoureuse entre deux amants. Il n’y a ni question, ni réponse, juste des déclarations et des souvenirs. C’est pour cette raison que, tout au long du roman, je me suis demandé si cette note liminaire n’était pas fictive, tout comme ce texte dans son ensemble. Certaines œuvres, en m’intriguant, suscitent mon intérêt ; celle-ci, par cette interrogation permanente en moi, l’a plutôt éteint et a détourné mon attention du contenu même de ce roman.
Voici comment celui-ci se déroule : la première partie relate, tout d’abord, le début de cette collaboration entre les deux écrivains. Le projet d’écriture à quatre mains est autant évoqué que l’histoire d’amour fictive qu’ils souhaitaient construire. Cette méta-narrativité m’a fortement déplu et m’a semblé déplacée dans le cadre de cette intrigue. Néanmoins, les images et réflexions de l’auteure sur cet acte d’écriture si particulier me plaisaient et me semblaient intéressantes. Ensuite, dans la deuxième partie, l’histoire d’amour « réelle » (mais a-t-elle vraiment existé hors de l’imagination de l’auteure ?) commence, et les lettres se chargent de souvenirs érotiques, de fantasmes et de désirs. Enfin, dans la troisième partie, le manque prend toute la place après l’abandon et le départ de l’homme aimé : ces lettres-ci sont clairement déclarées comme monodiques, le destinataire ne répondant plus.
En résumé, un livre décevant, au fur et à mesure duquel mon intérêt allait décroissant, mais qui m’a permis de découvrir le style magnifique d’une auteure que je ne connaissais pas : je tenterai sans doute ma chance avec un autre de ses romans, en espérant que l’intrigue me plaira autant que l’écriture la prochaine fois…
Ce fut une lecture longue et ardue. Malgré la beauté de certains mots posés sur l'amour, le désir, la redondance des lettres de la partie 2 et les descriptions alambiquées de certaines scenes de sexe ont rendu la poursuite de la lecture plutôt pénible.