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Portrait d’une souveraine stratège, respectée, acharnée, courageuse, pieuse et bien d’autres adjectifs encore !
Ce portrait de l’impératrice-reine Marie-Thérèse d’Autriche réalisé par Elisabeth est une pure merveille !
On découvre la force de caractère de cette dernière qui descend d’une lignée familiale où les femmes désobéissent aux règles de l’époque qui leur sont imposées. L’exemple frappant est celui de sa « mère guerrière » qui mena la guerre d’Espagne contre les Bourbons.
Ainsi, Elisabeth Badinter s’attaque aux préjugés historiques comme quoi les femmes sont simplement des « épouses de » ou réduites à leur apparence.
Marie-Thérèse prouve le contraire en témoignant peu d’importance à ses tenues, ce qui souligne avec force que les femmes ne se réduisent en aucun cas à leur beauté !
Pour mieux comprendre les actions et les sentiments de Marie-Thérèse, il est nécessaire de comprendre les événements historiques qui se déroulent en arrière-plan.
Sans réexpliquer le contexte, ce qu’a très bien fait Elisabeth Badinter, Marie-Thérèse fait preuve d’une résistance saisissante durant la guerre de succession d’Autriche.
Même lorsqu’elle devient « la reine nue », elle garde la tête haute ainsi que sa répartie (« Je donnerais plutôt ma chemise et mon jupon que la Silésie »).
Dans la thèse présentée par Elisabeth Badinter sur les trois corps de Marie-Thérèse d’Autriche se trouve le corps de la femme qui porte un amour inconditionné au duc de Lorraine François-Etienne, qui sera couronné suite à leur mariage empereur des Romains.
Malgré l’amour sincère qu’elle lui porte, on ne peut pas dire qu’il lui ait facilité la vie avec sa gaucherie militaire et ses nombreuses maîtresses.
Ce qu’on ressent en lisant ce portrait, c’est une grande admiration pour cette femme qui a refusé de se faire couronner « impératrice consort », car elle refusait d’être simplement considérée comme étant « l’épouse de ». C’est pourquoi elle s’est battue pour qu’on l’appelle « reine de Bohême et de Hongrie » pour affirmer son pouvoir absolu (corps de la souveraine) et ne pas être sous-estimée en raison de son appartenance au sexe féminin.
Aujourd’hui, si le raccourci d’impératrice est utilisé, il faut faire attention au fait que cela ne la renvoie pas à sa « qualité d’épouse », mais bien au pouvoir absolu qu’elle incarnait.
Enfin, j’ai ressenti une grande compassion pour cette femme qui possède aussi un corps de mère qui a grandement été fragilisé par ses 16 grossesses.
Elisabeth Badinter nous montre la détresse psychologique qu’a pu ressentir cette dernière face à la perte de certains de ses enfants, mais aussi durant des épisodes dépressifs sévères où elle a pu déclarer ceci : « Je suis malade de corps et d’esprit ».
Un portrait inspirant d’une femme qui n’a jamais abdiqué malgré la lourde responsabilité d’un empire aussi vaste qui lui a été imposée et qui au début a suscité chez elle un « dégoût du règne ».