"Si j'entreprends d'écrire ce journal, ce n'est pas pour laisser à là postérité un document sensationnel. C'est seulement pour écrire un livre de plus. Ecrire est mon métier. Ce n'est pas le dernier des métiers, mais peut-être l'avant-dernier. Dans ce pays de France où l'on boit soixante millions d'hectolitres de vin par an, on ne consomme guère, pour la même période, qu'un dixième de livre par habitant. Les vignerons sont riches et les écrivains portent des chaussures trouées. Quand on a quelque chose à dire, on doit, il est vrai, supporter, pour l'exprimer, la gêne et même les persécutions. Mais qui aujourd'hui, quelque part au monde, a quelque chose à dire ? Qui peut nous apporter une certitude ? Nous montrer le chemin vers la lumière ? J'écoute, j'écoute, je n'entends que du bruit... Je vais donc écrire un livre de plus, bien que je n'aie rien de plus à dire que la plupart de nos beaux génies. Pourquoi un journal ? Pourquoi pas ? Un journal n'est pas plus menteur qu'un roman."
René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) et décédé le 24 novembre 1985 à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d'anticipation.
Certains thèmes y reviennent fréquemment : chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l'amour (Ravage, Le Grand Secret, La Nuit des temps, Une rose au paradis). Son écriture se veut poétique, onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans de remarquables essais l'interrogation empirique et poétique sur l'existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l'action de l'homme sur la Nature. Il fut aussi scénariste/dialoguiste de films. On lui doit en particulier le scénario du Petit monde de Don Camillo.