Observing the dramatic shift in world politics since the end of the Cold War, Peter J. Katzenstein argues that regions have become critical to contemporary world politics. This view is in stark contrast to those who focus on the purportedly stubborn persistence of the nation-state or the inevitable march of globalization. In detailed studies of technology and foreign investment, domestic and international security, and cultural diplomacy and popular culture, Katzenstein examines the changing regional dynamics of Europe and Asia, which are linked to the United States through Germany and Japan. Regions, Katzenstein contends, are interacting closely with an American imperium that combines territorial and non-territorial powers. Katzenstein argues that globalization and internationalization create open or porous regions. Regions may provide solutions to the contradictions between states and markets, security and insecurity, nationalism and cosmopolitanism. Embedded in the American imperium, regions are now central to world politics.
Detailed look into how the 'regions of the world' operate today, with particular focus on Western Europe and East Asia, and how American foreign policy impacts both.
Le livre de Peter J. Katzenstein, professeur à Cornell, constitue une tentative ambitieuse de replacer les area studies dans une perspective globale. Auteur depuis vingt ans de nombreux ouvrages collectifs ou individuels sur le Japon et l'Allemagne, l'auteur tente de rassembler le produit de ses recherches - au risque parfois de longs "tunnels" monographiques - dans un ouvrage dont l'ambition n'est rien moins que de donner à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Selon lui, ce monde ne se caractérise ni par une marche forcée vers la mondialisation, ni par un repli identitaire dans les frontières de l'Etat-nation. Notre monde, soutient-il, est un monde de régions poreuses profondément enchâssées (embedded) dans l'Empire américain.
La partie de son argumentation la moins convaincante est la description de ce soi-disant Empire et des relations qu'il entretient avec les régions du monde. La nature de l'influence qu'exercent aujourd'hui les États-Unis sur la marche du monde est probablement parmi les plus débattues qui soient. Aussi est-il un peu court de se borner à distinguer les dimensions territoriales et non territoriales de cette domination et à faire le départ entre un mondialisation caractérisée par l'émergence de nouveaux acteurs et l'internationalisation qui laisse la part belle aux États.
Autrement plus riche est la description de ces régions autours desquelles s'organise le monde, à commencer par les deux plus importantes : l'Europe et l'Asie. Peter Katzenstein passe en revue leur histoire, leurs institutions, leurs productions économiques et technologiques, leurs modes de diffusions culturelles, leurs organisations de sécurité. Il montre combien l'Europe s'est construite autour d'institutions fédératrices qui ont peu à peu imposé aux États européens le respect d'une loi commune. Au contraire l'Asie se caractérise par l'informalité des liens qui unissent ses membres : dans le domaine politique, militaire ou économique, elle ne connaît pas l'efflorescence d'institutions que l'Europe a vu naître depuis un demi-siècle. Mais dans un cas comme dans l'autre, ces régions se caractérisent par leur ouverture ou, selon les termes de l'auteur, leur "porosité" : les régions ne sont pas des blocs homogènes, coupées du reste du monde, mais des entités bigarrées en constante interrelation avec leur environnement.
P. Katzenstein s'intéresse au moins autant aux régions qu'aux États pivots qui les dominent. Une telle homothétie ne va pas de soi : il est contestable de réduire l'identité asiatique ou européenne à celle du Japon ou de l'Allemagne sur lesquelles l'auteur se focalise, il l'est tout autant de négliger le rôle des autres États qui façonnent l'identité de ces région, au premier chef la Chine ou la France. Le même préjugé conduit P. Katzenstein à expliquer la tardive émergence régionale de l'Afrique, du Moyen Orient ou de l'Amérique latine par l'absence d’États pivots. Mais rien ne prouve - l'Europe aura montré le contraire - que leur existence soit la condition sine qua non de l'apparition de régions fortes.