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Rouge

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Seymour le loup vit seul dans une petite maison douillette. Rouge, une petite fille mutique vient troubler sa tranquillité en s'installant chez lui. Avec peu de mots une belle amitié s'instaure.

48 pages, Paperback

Published May 17, 2017

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Profile Image for Shaynning - Libraire Jeunesse.
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January 2, 2025
"Juste en fermant les yeux" fait parti de la fratrie "petite poche" aux éditions Thierry Magnier. Cette collection est composée de "micro-roman" plus petits encore que les romans en format poche, qui peuvent réellement se glisser dans une poche de pantalon, et proposent de très courtes histoires d'environ 45 pages contenant quelques phrases tout au plus. J'affectionne cette collection pour plusieurs raisons:

1- Idéal pour les classes d'accueil, qui ont besoin de courtes histoires sans illustrations pour leur allophones en francisation, avec un vocabulaire accessible.
2- Intéressant pour les lecteurs avec défis, soit ceux et celles qui détestent lire ou ceux et celles pour qui c'est un défi de traitement ( Troubles DYS). La police n'est ps gigantesque, mais elle n'est pas petite et serrée.
3- Une bonne idée pour les périodes de lecture courtes, les biblio-classes qui ont besoin de plusieurs livres à petit budget ( 6.95$ canadiens chaque).
4- Contiennent de plusieurs genres littéraires entre 6 et 12 ans ( lectorat intermédiaire) généralement universelles sur leurs thèmes, parfait pour adapter les jeunes comme les plus vieux.


Cette petite poche-ci est un conte détourné ou réinventé que j'ai beaucoup aimé. Il fait croiser la route de deux personnages abîmés, un loup végétarien qui ne comble pas les attentes de sa meute et une petite fille souffrant de mutisme séléctif qui a fuit une communauté ou une famille.

Seymour quitte sa grotte quand il constate qu'il ne ressemble pas aux autres membres de sa famille. Ayant choisi de ne pas avaler de viandes, il trouve refuge dans une petite maison hors du temps où vivent des meubles accueillants qui lui tiennent compagnie. Il enfile des vêtements, se nourrit de racines et de baies, lit jusqu'à plus soif et cour le long de l'océan, sur la plage. Un jour, il remarque une enfant, 4 ou 5 printemps environ, vêtue d'une houppelande rouge. Quand il lui demande si elle est perdue, elle ne répond point et s'avance vers la mer. Seymour fend alors l'eau agitée pour aller la secourir. Il veille sur Rouge jusqu'à ce qu'elle se réveille, mais la petite ne quittera pas la maison une fois réveillée. Les meubles constatent les bleus sur ses membres, les griffes sur sa nuque et les larmes sur ses joies. Un quotidien marqué par le silence et une attente tacite commence entre les deux protagonistes.


Réorganisation du conte du Petit Chaperon Rouge, j'ai aussi l'impression d'y retrouver les personnages-objets du conte de la Belle et la Bête, même si ce ne sont pas des personnages ambulants doté de vraie parole. Nous sommes dans les codes du conte, dans un univers en vase clos où deux personnages sont en fuite. Seymour fuit un état qui ne lui correspond pas, Rouge une vie marquée par la violence. Violence physique, sexuelle ou psychologique ( ou les trois), on ne le sait pas, mais on le devine avec les constats de la tasse, le buffet et la théière . On a ensuite un lent inversement d'état, avec un Seymour au début fort, qui a eu la force de sauver Rouge et de se réinventer une vie plus près de ses valeurs, qui vieillit et s’affaiblit. Rouge , d'abord petite enfant abîmée par la vie et psychologiquement très affaiblie, devient une adulte qui a la force d'aller de l'avant. Il y a donc eu un croisement entre les deux, un partage, un transfert. Un peu comme si Seymour avait peu à peu donner de sa force à Rouge, avec son empathie, sa patience, son absence de jugement et son respect. Il ne l'a jamais forcée à parler, il s'est soucié qu'elle mange, qu'elle ait des vêtements à sa taille et un toit sous lequel vivre paisiblement, le temps de se rebâtir, de se guérir. Car il s'agit bien d'une histoire de guérison, à mon sens, une ode à la vie et à la résilience. J'ai envie de dire que Rouge porte maintenant Seymour, ce loup atypique, en elle, dans cette force qu'elle s'est développée. D'ailleurs, Rouge en fait la démonstration en nommant son fils comme son ami le loup.


J'aime d'autant plus la réécriture qu'elle fait un formidable pied-de-nez à la mise en garde initiale du conte du Chaperon Rouge: Dans les origines du conte, il y avait une mise en garde subtile contre le viol. "N'allez pas dans la forêt jeunes femmes, car "le loup" peut vous manger". Bon, ça glace le sang quand on l'apprend, mais ça sonne plus réaliste que la version de Pierre Perrault ( Oui, Pierre, c'est le fils de Charles Perrault, dit "Darmancour", c'est lui qui a réellement écrit le conte du petite CHaperon Rouge pour la première fois et non son père*( Voir "L'Apprenti-conteur, Gaël Aymon) qui met en garde contre un loup affamé et roublard. Néanmoins, dans le présent livre, on laisse entendre que Rouge a été agressée, on n'est donc pas si loin du conte d'origine. Néanmoins, là où je vois le pied-de-nez est que dans cette histoire, ce n'est pas le loup le "prédateur", c'est un homme. Il est barbu et grand, au regard mauvais, on ignore de qui il s'agit, peut-être le père de Rouge, peut-être le chasseur, pourquoi pas? Quoiqu'il en soit, parce qu'on le sait maintenant, les prédateurs sont bien plus souvent dans les logis que dans la forêt, en ce sens où les bourreaux sont plus souvent des proches que des étrangers. Bien des enfants sont les victimes de leurs propres parenté. Au final, est-ce vraiment du "loup" dont nous devrions nous méfiez ou du "loup" dans l'Homme? Quand à Seymour, on pourrait extrapoler en disant que l'habit ne fait pas le moine, mais les actions font la personne. Tient, voilà le lien avec la Belle et la bête ( Le conte d'origine, pas les infectes réécritures modernes qui glorifient le sexe, le pouvoir et l'apparence).


Un magnifique conte touchant, fort et sensible, preuve que les réécritures, quand elles sont bien faites et touchent des enjeux actuels, ont autant de pertinence et de sens que leurs nombreuses versions issues de la tradition orale. Les "contes de fée" ne sont jamais vraiment "désuets", quand on sait se les réapproprier.



Comme toute les Petites Poche, le livre vient avec deux suppléments: Un outil de repérage, dans lequel on peut avoir des infos, des vidéos, des actualités sur la collection, ainsi que ce que je trouve vraiment intéressant: Des fiches pédagogiques, à télécharger gratuitement, pour "donner des pistes pour travailler différents titres de la collection, en primaire comme au collège ( Intermédiaire et début ado donc, 8 à 14 ans, pour le système québécois). Le site propose en outre de partager des expérience professionnelles.
Le site: petite.poche.fr


Ce roman-ci est destiné au lectorat intermédiaire, à partir du 3e cycle primaire, 10-12 ans+


Catégorisation: Roman Contes Réinventé français, littérature jeunesse intermédiaire, 3e cycle primaire, 10-12 ans+
Note: 8/10
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