L'Amérique d'avant la colonisation européenne avait sa civilisation. Pour s'emparer de terres cultivables, les colonisateurs ne reculèrent devant rien. Déjà, au XVIIe siècle, le pays des Amérindiens est un «pays renversé».Un grand livre, fort détaillé, fort bien documenté, où revivent à nos côtés plusieurs événements que notre histoire officielle a trop facilement évacués... - Jean-Claude Lavallée, UnitéLa qualité du travail de recherche effectué par Delâge, son souci d’apporter des explications fouillées et multidimensionnelles aux phénomènes analysés font du Pays renversé un ouvrage de haute tenue, rendu pourtant accessible grâce à la clarté et à la souplesse de l’écriture. - Lucia Ferreti, Le Devoir... un ouvrage fort documenté sur l’autre dimension de notre histoire, celle de la désintégration de la civilisation amérindienne, à la suite de son intégration au sein du système économique mondial. - Pierre Vennat, La PresseSomme toute, ce livre, qui se situe à la croisée des chemins entre l’histoire, la sociologie, l’anthropologie et même la géographie, décrit le contexte géopolitique global qui a vu naître les colonies nord-américaines. - Claude Boudreau, Histoire sociale – Social History, Université Laval
Pour comprendre la désintégration des sociétés autochtones d’Amérique du Nord-Est et le développement parallèle des nouvelles sociétés européennes (Nouvelle-France, Nouvelle-Hollande, Nouvelle-Angleterre, Nouvelle-Suède) encore en embryon, il faut évidemment étudier le 17e siècle – ce siècle porteur de toutes les tensions, contradictions, tendances qui se cristalliseront plus tard en de nouvelles structures sociales relativement stables (économies de marché, propriété privée des moyens de production, main d’œuvre reproductible et rapport social du salariat qui s’autoengendre, etc.). C’est ce que fait avec brio Denys Delâge.
Une plus longue recension est de mise, mais je vous laisse en attendant sur votre faim avec des bullet points des thèmes fondamentaux abordés par Delâge :
- rencontre de deux univers microbiens et décimation des sociétés amérindiennes
- avantage du capitalisme hollandais ; retard (finalement avantageux à long terme) du capitalisme anglais ; extrême retard du capitalisme français, économie encore très féodale et seigneuriale
- tolérance religieuse en Nouvelle-Hollande et missionnariat aggressif en Nouvelle-France
- intégration des sociétés amérindiennes à l’économie de marché via le commerce des fourrures ; tensions et guerres ; rapports de subordination entre les tribus/confédérations
- accès différenciés aux armes entre Iroquois (alliés à la Nouvelle-Hollande) et Hurons (à la Nouvelle-France)
- désintégration des sociétés amérindiennes et montée de la division du travail et de la division en classes sociales
- conversion au christianisme facilitée par la misère et l’angoisse au sein des tribus (notamment huronnes) vaincues ; Delâge montre bien que l’offensive idéologique des missionnaires Jésuites n’aurait pas donné d’aussi bons résultats sans le contexte apocalyptique dans lequel vivaient nombre de tribus ; Delâge remet aussi en question (avec données à l’appui) le focus unilatéral de certains historiens sur le rôle de l’alcool dans la désintégration des sociétés amérindiennes
- transformations économiques et transformations des structures de la personnalité (de la liberté des pulsions à la surrépression des pulsions ; report de la satisfaction et autodiscipline ; restriction de la liberté sexuelle et transformations des rapports de parenté/familiaux ; recherche du paradis non plus sur Terre mais dans l’au-delà chrétien) ***à mon sens, la meilleure utilisation des idées d’Herbert Marcuse dans un livre d’histoire***
Extraordinaire récit de l'intéraction entre européens et autochtones au 17e siècle dans le Nord-Est américain. Le détail de l'influence toxique des Jésuites sur la société Hurone est simplement sidérante ! Un ouvrage d'une trèes grande qualité. À lire absolument.