Un road-trip familial sous le signe de l’humour noir
« Les vacances d’un serial killer » se déguste comme une bonne gaufre liégeoise : croustillant, sucré, parfois un peu collant, mais ô combien savoureux ! Nadine Monfils nous entraîne dans une histoire déjantée où l’humour noir se marie avec une galerie de personnages hauts en couleur.
Une famille belge pas comme les autres
Au cœur du récit, on trouve les Destrooper, famille belge typique et atypique à la fois. Alfonse, le père, est un râleur invétéré accroché à sa bière comme à une bouée de sauvetage. Josette, la mère, rêve de vacances tranquilles entre shopping et farniente. Steven et Lourdes, les deux ados, vivent derrière leur caméra, toujours prêts à immortaliser l’improbable. Et puis, il y a la mémé : une véritable Calamity Jane en version caravane, qui donne à elle seule une saveur particulière au roman.
Cette galerie de personnages permet à Nadine de croquer avec tendresse et cruauté les travers d’une famille banale, que les circonstances vont propulser dans une aventure complètement folle.
Des vacances qui tournent au cauchemar
Dès le départ, les ennuis s’enchaînent : un sac volé, un motard retrouvé mort dans les toilettes d’un restoroute, un hôtel miteux à la place du paradis balnéaire tant espéré… Tout semble aller de travers. Mais au lieu de sombrer dans le tragique, Nadine choisit la comédie noire. Les situations absurdes s’accumulent, chaque malheur devient un prétexte à un rebondissement plus grotesque que le précédent. On rit souvent, parfois jaune, devant cette succession d’événements improbables.
Mémé, reine de la caravane
Si toute la famille Destrooper amuse et exaspère à tour de rôle, la véritable star du roman reste incontestablement la mémé. Avec son franc-parler, ses manières de cow-boy et son côté totalement imprévisible, elle illumine chaque scène où elle apparaît. Elle se moque des convenances, ne recule devant rien et semble n’avoir peur de personne. On sent chez elle une liberté brute, une énergie folle qui bouscule les codes, comme si elle était la locomotive improbable de cette famille brinquebalante.
C’est d’ailleurs en rédigeant cette chronique que j’ai découvert que Nadine Monfils a fait revenir ce personnage haut en couleur dans cinq autres romans. Et cela ne m’étonne pas : on comprend parfaitement pourquoi elle a choisi de prolonger l’existence de cette héroïne pas comme les autres. La mémé n’est pas seulement une figure comique, elle incarne une force vitale, une sorte de souffle d’insolence et de fantaisie qui donne une identité unique au récit.
« Il faut toujours donner aux hommes l’impression que ce sont eux qui dirigent, tout en sachant très bien que ce sont les femmes qui les mènent par le bout du nez. »
La plume : entre humour, noirceur et poésie
Nadine manie l’humour noir avec une aisance réjouissante. Sa plume est à la fois crue et poétique, populaire et tendre. Elle sait peindre l’ordinaire du quotidien belge tout en l’agrémentant d’une pointe de surréalisme. La mer du Nord devient un décor où se mêlent vacanciers, pension miteuse et cadavres inopportuns, comme si la frontière entre la banalité et l’horreur était inexistante.
Ce contraste entre la trivialité des situations et la légèreté du ton fait toute la saveur du roman. On sourit devant l’absurde, mais on sent aussi une certaine tendresse pour ses personnages, malgré leurs défauts criants.
Ce qui fait mouche
La galerie de personnages vaut le détour ! Tous sont caricaturaux, parfois outranciers, mais d’une manière qui les rend irrésistiblement attachants. L’humour noir omniprésent transforme des situations glauques en scènes comiques, si bien que l’on rit là où l’on aurait pu frissonner. Et puis il y a ce style vif et savoureux qui donne au récit une couleur unique. Enfin, comment ne pas mentionner la mémé, véritable électron libre, qui insuffle une énergie folle au roman et lui vole presque la vedette.
Les grains de sable dans l’engrenage
En revanche, tout n’est pas parfait dans ce petit délire noir. Le côté volontairement outrancier peut finir par lasser si l’on n’adhère pas totalement à l’univers de Nadine. Certaines scènes semblent écrites uniquement pour provoquer le rire ou le malaise, au détriment d’une véritable progression dramatique. L’intrigue, finalement secondaire, se contente d’être un fil rouge fragile qui sert surtout de prétexte à des situations rocambolesques. Autrement dit, il faut aimer l’ambiance et les personnages pour apprécier pleinement le voyage, sans chercher une histoire palpitante ou haletante.
Le goût qui reste
Au final, j’ai ri, j’ai grimacé, j’ai parfois levé les yeux au ciel, mais toujours avec le sourire. Nadine Monfils transforme un banal récit de vacances en une comédie macabre réjouissante. On en ressort amusé, un peu secoué, mais avec le sentiment d’avoir partagé un moment de lecture atypique et déjanté. C’était une lecture parfaite pendant mes vacances !
« Les vacances d’un serial killer » est un roman décalé, truculent, qui se lit comme un film burlesque truffé de répliques caustiques. C’est une plongée dans l’imaginaire belge, entre tendresse et cruauté, qui ne ressemble à rien d’autre.
Si vous aimez les histoires absurdes, teintées d’humour noir et servies avec une bonne dose de caricature, ce livre est pour vous.
« Le lendemain dimanche, après le petit déjeuner, Alfonse est parti sans la smala pour se dégourdir les jambes Il a enfilé ses belles chaussettes blanches rehaussées d’une ligne bleu et rouge, qu’il a bien remontées jusqu’aux mollets. Il marche dans les dunes. De gros nuages couvrent le ciel. Il s’assoit sur le sable. Il n’y a personne, vu le mauvais temps. Mais lui ne désespère pas. Il enfile son maillot moulant, se lèvre et court vers la mer, tel un jeune dieu grec plein d’entrain. Arrivé là où les premières vagues s’échouent, il recule et retourne vers le sable, visiblement frigorifié. »