Allez, 1,5/5.
Ce roman est un roman pour adolescents. L'écriture reproduit donc la parole d'une adolescente, avec toutes les maladresses que ce langage implique. Il y a des bribes de qualité littéraire mais elles ne parviennent jamais à se libérer du format étriqué que demande l'adaptation de la plume à la pensée de son héroïne. Le vocabulaire n'est donc pas très riche, la langue est peu soutenue et l'auteur ne prend jamais de risques. Les images sont peu élégantes : l'air fouette les cheveux de l'héroïne "comme un ventilateur" et le baiser de son doux et tendre la "ramollit comme une pâte à pizza".
Les dialogues sont épuisants de lourdeur et auraient mérité plus de concision. Les banalités affleurent et si notre langage parlé est effectivement moins sophistiqué que sur le papier, au lieu d'ajouter du réalisme, elles ralentissent le rythme, ennuient, agacent. Les scènes d'action ne sont pas franchement spectaculaires. L'émotion se veut au rendez-vous, hélas, le contexte peu crédible ne permet pas de s'investir dans cette histoire bien maigre.
L'intrigue est quasi-inexistante, principalement parce que le conflit entre les "anges" (enfin, les Endikars) est artificiel : il existe une guerre ancestrale entre les deux sous-espèces qui composent la race au prétexte que l'une sauve des vies tandis que l'autre récupère l'âme des morts. C'est d'une puérilité astronomique, pour un peuple qui se prétend "noble" et ancien. Zzz.
L'héroïne quant à elle est belle, spéciale, incroyablement douée dans plusieurs domaines spécifiquement Endikariens, disons, alors qu'elle ne s'est pas encore "Réveillée" (elle n'a pas encore ses ailes, en gros). On apprendra plus tard qu'elle est peut-être l'enfant d'une grande prophétie qui prédit la naissance d'un hybride : le rejeton d'un Faucheur et d'un Gardien. Union interdite, beauté du métissage, tout ça. La larme à l'oeil, t'as vu.
Le roman s'entache de situations pour le moins surréalistes : Saskia se laisse notamment envahir par Tod et Mara, les deux Endikars qui la "protègent" d'un méchant groupe d'Endikars. Non seulement elle accepte trop facilement cette invasion dans sa vie, alors qu'ils refusent de lui révéler quoique ce soit (ce qui est évidemment censé cultiver le mystère alors que ça ne fait que rendre l'avancée de l'histoire infiniment pénible de par sa lenteur et son creux) mais en plus elle s'investit dans ce bourbier sans en connaître les tenants et aboutissants. Ainsi, Tod lui apprend leur langue maternelle, les chants et les écrits sacrés. Pourquoi voudrait-elle faire partie de ce monde qui lui tombe sur la tête ? Saskia ne rouspète sur les mystères qui l'entourent que pour la forme. Dans le fond, elle ne s'interroge pas profondément sur son identité, celle de ses vrais parents (elle est adoptée), son monde n'est pas excessivement bouleversé, ses relations avec ses proches n'en pâtissent pas, pourtant, on imagine qu'une révélation de type "tu n'es pas humaine" la pousserait à l'isolement, le repli sur soi. Mais non. Elle accepte.
Mais Tod est-il seulement habilité à l'aider ? On sait simplement qu'il est le fils d'un Enkidar très important puisque ce dernier régit le groupe de sa sous-espèce, les Faucheurs (les méchants Enkidars qui volent l'âme des morts), mais il ne semble pas y avoir de véritable structure politique ou culturelle parmi ces créatures. Qui est responsable de quoi ? Pourquoi Tod a été envoyé ? Qu'est-ce qui le rend particulier (à part son sex appeal, j'entends, pétédéaire). C'est donc le beau gosse qui prétend éduquer l'héroïne ignare sur le monde dont elle est originaire. Pour changer.
Un beau gosse qui fait son entrée dans l'histoire en suivant Saskia. Eh oui, car c'est ainsi que toutes les romances adolescentes commencent dans ces navets : un beau et mystérieux garçon prétend protéger la belle en la suivant, en l'observant chez elle, en lui cachant la vérité et en s'imposant sans pudeur dans sa vie :
"Je n'arrêterai pas de te suivre"
"Pourquoi ?"
"Parce que. Je te suis."
Le rêve. Saskia menace brièvement d'appeler la police, mais Tod n'en à rien à cirer, il continuera à lui coller au derrière et, finalement, Saskia accepte bien vite cette situation inacceptable. Après tout, il est si beau... que faut-il de plus ? [rires] J'aimerais beaucoup demander à ces auteurs si elles accepteraient une situation similaire. Que me répondraient-elles ? "Ouais, y a un mec qui me suit depuis quelques jours, il veut pas me dire pourquoi, il vient devant chez moi, il flirte, mais il refuse de me dire qui il est, d'où il vient et ce qu'il me veut. Je crois que je suis amoureuse." [Spoiler : cette scène est irréaliste].
Tout est invraisemblable et prévisible, donc, quoique la fin a su me toucher l'espace de deux pages chargées en émotion : l'héroïne peint un joli portrait de sa mère, en évoquant des souvenirs qui lui appartiennent, mais j'ai assez vite déchanté : "[J]e la vis avec une copine qui essayait d'enflammer le derrière d'une poule". Beau souvenir que d'essayer de foutre le feu à un animal, en effet. La cerise sur le gâteau, la fin de cette épopée littéraire pour moi.