Il s'agit d'une biographie, illustrée de ses photos, de la photographe Vivian Maier. Le titre français est "Vivian Maier révélée : une femme libre"
Selon moi, le livre peut se diviser en plusieurs parties.
La première s'attache au cadre familial, généalogique. Vivian Maier a des origines françaises par sa mère. Ann Marks fait démarrer l'histoire familiale à un drame : une naissance hors mariage. De cet évènement va découler l'émigration aux Etats-Unis, et un mal-être familial sur plusieurs générations. Vivian Maier vient donc d'une famille dysfonctionnelle, et fut une petite fille mal aimée par une mère instable. Selon Ann Marks, ceci expliquerait la personnalité de Vivian Maier, son besoin de marquer sa présence par des autoportraits, par son ombre photographiée telle sa signature sur le monde, et aussi son côté renfermé, autoprotecteur, qui fait que la majorité de ses photos ne fut pas développées. Cette première partie se lit presque comme un roman familial à part et est passionnante !
La seconde partie déroule la vie de Vivian selon ses embauches comme nanny de durée plus ou moins longue, ses voyages, sa pause carrière pour faire un tour du monde, etc. Le tout est illustré de photos. Cette partie est moins intéressante tout simplement car la vie de Vivian n'est pas très variée.
La troisième partie pose la question de l'Oeuvre et de son devenir.
Pour être considérée comme œuvre d'art, une photo doit avoir été développée et post traitée par le photographe. Une planche contact ou un film non développé, ou par d'autres, n'ont pas valeur artistique. Or, Vivian Maier à très peu développé ses clichés. Mais est exposée dans le monde entier. Peut-on donc considérer ses photos comme de valeur artistique ? Et,si on les developpe, comment ? Sachant que Vivian Maier souffrait du syndrome d'accumulation et prenait des photos de manière compulsive, notamment des pages de journaux une par une, quelle est la part créative et la part maladive de ses photos ? Ann Marks insiste (un peu trop à mon idee), sur la maladie mentale de Vivian Maier, sorte de tare familiale, qui rendrait son travail de moindre qualité, puisqu'elle n'aurait pas eu de projet artistique mais une compulsion. Cependant, elle met aussi en lumière les tentatives de Vivian pour se professionnaliser. Faut-il "seulement" la considérer comme documentaliste de son temps ? Ces questions sont passionnantes.
Ann Marks écrit aussi rapidement sur les découvreurs de Vivian Maier qui sont suspectés d'être des pilleurs d'œuvre à but mercantile. Cela s'avère faux, dit-elle, sans beaucoup s'étendre.
Enfin, une dernière partie du livre explique quelques faits d'enquêtes. Comment Ann Marks à retrouvé certaines personnes photographiées par Vivian, via des bases de données et documents.
Au final, c'est un livre passionnant, bien écrit, très bien documenté (Ann Marks est généalogiste) par une passionnée. Vivian Maier en ressort un peu plus dévoilée, avec ses côtés sombres (un brin paranoïaque, coléreuse, maniaque, asociale, solitaire, dure, brutale, intrusive,) et clairs (excellente éducatrice attachée aux enfants, drôle, franche y compris avec ses employeurs, intéressée par son époque, par les autres, défenderesse des minorités, féministe, voyageuse).