L'auteur, continuateur d'Edgar Poe, propose onze nouvelles dans lesquelles le narrateur cache son visage et joue à des jeux dangereux avec des filles élues pour le pire.
De Mathieu Terence, je n’avais lu jusqu’à présent que son Petit éloge de la joie. C’est dans un tout autre univers que je me suis engagée en choisissant ce recueil de nouvelles placé sous le signe du féminin et de l’ombre : en effet, ces dix récits sont extrêmement noirs, cruels souvent, et presque toujours inattendus (les dernières nouvelles correspondent moins à cette esthétique de la chute et m’ont moins plu pour cette raison). Tous ces ingrédients m’ont particulièrement plu et sont agencés avec brio par l’auteur.
Chacune des nouvelles est construite en plusieurs temps, que ce soit typographiquement marqué ou non, ce qui crée un crescendo dans la noirceur et un rythme particulier, assez théâtral. Le dernier texte est d’ailleurs écrit comme une courte pièce en un acte et illustre parfaitement l’esthétique générale du recueil. Les filles y semblent mises en scène par le narrateur, qui le fait remarquer à plusieurs reprises au cours des récits, voire se mettre en scène elles-mêmes, telles des mannequins ou des actrices. Énigmatiques, mystérieuses, innocentes ou perverses, elles intriguent et fascinent jusqu’à la révélation finale. Celle-ci est toujours brillamment amenée et m’a surpris dans chaque nouvelle, même lorsque je l’attendais et la recherchais.
Par le terme « fille », et non « femme », Mathieu Terence marque immédiatement la période de la vie féminine qu’il aborde dans son recueil : l’adolescence (l’enfance dans une des nouvelles) et le moment du dépucelage souvent. L’ambiance qu’il construit autour de cette époque y correspond plutôt bien : la noirceur du doute, la cruauté marquée par le sang, la brutalité de la vie, l’innocence perdue. Je préfère ne pas en dire plus sur les intrigues de ces nouvelles (la quatrième de couverture fait d’ailleurs de même) et vous laisser les découvrir, une grande part du plaisir résidant dans l’effet de surprise.