Jump to ratings and reviews
Rate this book
Rate this book
Les Étrusques: une civilisation rayonnante. L'une des trois plus puissantes en Méditerranée au VIe siècle avant notre ère, avec la Grèce et Carthage, à l’heure où Rome balbultie. Moins mystérieuse qu’on se plaît à le dire, mais fascinante avec ses ombres qu’illumine peu à peu un art subtil et spontané.

Un peuple qui crie son goût de la vie et dont la culture raffinée, aux sources de la civilisation italienne, donne une haute idée du génie humain.

335 pages, Paperback

First published October 20, 2004

11 people want to read

About the author

Jean-Noël Robert

42 books6 followers
Jean-Noël Robert, latiniste et historien de Rome, a publié aux éditions Les Belles Lettres une quinzaine d'ouvrages sur l'histoire des mentalités dans l'Antiquité romaine, parmi lesquels Les Plaisirs à Rome (1986, nlle édition 2005), Rome la gloire et la liberté (2008), Les Romains et la mode (2011) ou L'Empire des loisirs (Signet, 2011). Il dirige en outre la collection « Realia » et celle des « Guides Belles lettres des civilisations » dans laquelle il a signé deux volumes, Rome et Les Étrusques.

Ratings & Reviews

What do you think?
Rate this book

Friends & Following

Create a free account to discover what your friends think of this book!

Community Reviews

5 stars
1 (16%)
4 stars
4 (66%)
3 stars
1 (16%)
2 stars
0 (0%)
1 star
0 (0%)
Displaying 1 of 1 review
Profile Image for Yann.
1,413 reviews392 followers
May 3, 2016

Sarcophage de Cerveteri

Les guides Belles Lettres des Civilisations est une collection qui m'a souvent plu, et ce tome dédié aux Étrusques n'a pas démenti la bonne opinion que je m'était faite d'elle. Après une Histoire Des étrusques intéressante pour l'historique des découvertes depuis la renaissance mais indigente sur les autres aspects, et qui m'avait laissé plutôt sur ma faim, cet ouvrage a comblé mes attentes: des thèmes plus variés, des faits précis et intéressants, beaucoup d'illustration, une architecture générale bien pensée et cohérente sont par comparaison les points forts de ce livre.

La première partie brosse une histoire concise et lisible de l’Étrurie, depuis les débuts, la période dite villanovienne, avec en -1200 l'apparition de cette culture, et en -900 une pré-urbanisation; puis viennent les influences des Grecs et Carthaginois, avec en particulier l'arrivée du fameux Pythagore (en -530) ou des infâmes Sybarites, qui va être marqué par des échanges commerciaux mais aussi une rivalité entre les trois puissances, surtout aux VIIe et VIe siècles avant notre ère. Les romains prendront ensuite un ascendant progressif qui aboutira, à la période impériale, à l'assimilation des étrusques. Les étrusques furent une thalassocratie redoutée des Grecs, qui ont souvent dénoncé les méfaits de ses pirates: par exemple en -580 quand des Rhodiens et des Cnidiens tentèrent de s'installer à Lilybée en Sicile, ou en -540 à Alalia en Corse, contre les Carthaginois qui commerçaient avec Tartessos en Andalousie. C'est en -475 en face de Cumes que Hiéron, tyran de Syracuse, mettra fin à la domination maritime étrusque lors d'une dernière bataille navale. Sur Rome, la civilisation étrusque aura une influence importante: symboliques du pouvoir, cérémonies, calendrier, nombre d'apports juridiques et culturel, dont l'un des plus remarquable est l'alphabet qu'ils avaient reçu des grecs, celui-là même utilisé dans cette revue.

Suit une description du territoire, ville par ville, chacune ayant ses particularités, d'autant que l’Étrurie formait plus une sorte de confédération de cités partageant une même culture qu'un état réellement uni, un peu sur le modèle des cités Grecques. On a également une description des différents états de la sociétés: rois, magistrats, aristocrates, esclaves, affranchis, clients, l'armée et la marine. Sont aussi évoqués les différents aspects de la vie économique: agriculture (surtout céréales et vignes, mais aussi exploitation sylvestre), hydraulique (canaux d'irrigation, mais aussi construction des premiers égouts de Rome), la métallurgie (l’Étrurie était riche en minerais, et le fer valait à cette époque vraisemblablement plus que l'or), et enfin le commerce (c'est aux gaulois qu'ils empruntèrent le chariot recouvert d'une bâche): c'est avec les Carthaginois et les Grecs qu'ils auront les échanges les plus intenses, qui enrichiront considérablement la région.

La seconde partie aborde la civilisation Étrusque proprement dite, dans de grands chapitres:
le temps : où l'on apprend que les dieux ont programmé pour le peuple une existence de dix siècles, mais le temps revient en boucle, permettant une restauration du passé. En ce qui concerne le calendrier, deux artefacts donnent de précieuses indications: la tuile de Capoue conservée à Berlin, et le livre de lin dit livre de la momie de Zagreb , car ayant servi à bander une momie trouvée en Égypte, et étant un livre Étrusque conservé de nos jours à Zagreb. Il s'agirait d'un calendrier principalement religieux, avec les prières à faire à tel ou tel dieux tel ou tel jour, à la manière des Fastes romains. Ils connaissaient les ides et les nones, ide venant même de l’étrusque. Sont aussi évoqués les âges de la vie et les rites de passages de l'un à l'autre, comme ceux évoqués sur l'oenochoé de Tragliatella .

la religion est l'un des chapitres les plus fascinants. Celle des Étrusques est la seule de Méditerranée occidentale a être une religion révélée (par le prophète Tagès et la nymphe Vegoia), une religion du livre. Les rites, les relations avec les dieux, l'interprétation des volontés divines, tout est codifié et fait du prêtre un expert nécessitant un long apprentissage: les romains enverrons chez eux leurs fils étudier la science sacrée, la disciplina etrusca. Un des aspects les plus marquants, c'est la notion de divination, qui n'appartient pas aux romains: les augures, lorsqu'ils interrogeaient le vol des oiseaux, ne cherchaient qu'un signe d'approbation ou de désapprobation des dieux pour une action immédiate; les étrusques mettaient bien plus de significations dans le vol, la couleur, le cri. Sénèque avait finement exprimé la différence de mentalité entre romains et étrusque en matière de divination:
Nous pensons que la foudre est lancée parce qu'il y a eu collision des nuages; suivant eux, la collision se fait pour que la foudre soit lancée. Rapportant toute chose à la divinité, ils sont convaincus, non pas que la foudre donne des signes parce qu'ils se sont produits, mais qu'ils se produisent à seule fin de signifier quelque chose.

Caton disait plaisamment que deux haruspices (devins lisant l'avenir dans le foie d'un animal sacrifié) ne pouvaient se croiser sans rire, et Cicéron prend également ses distances dans son De la divination. En attendant, même si les esprits forts se gaussaient entre eux de ces pratiques, tout le monde les suivait scrupuleusement. Nous connaissons les noms de leurs dieux, Voltumnia, Uni, Maris, et d'autres, avec parfois leurs équivalents romains. Nous connaissons également leurs livres sacrés: livres haruspiscinaux, précisant la signification de chaque irrégularité des entailles du foie (voir par exemple le foie de Plaisance ); les livres fulgatoires qui expliquaient comment interpréter les foudres, les livres rituels, expliquant comment fonder des villes et des institutions; les livres du destins, sans doute similaires aux livres sybillins des romains; les livres de l'Achéron évoquant la mort et l'au-delà. Sont enfin évoqués les rites, tels que les sacrifices et le culte des morts, ainsi que l'édification des temples.

les lettres étrusques permettent de se pencher sur les écrits qui nous sont parvenus de cette civilisation. Une langue que l'on sait parfaitement lire, mais que l'on ne comprends malheureusement pas, ou plutôt trop partiellement, car nous avons un lexique et des notions de grammaire. On dispose de plus de douze mille inscriptions, mais celles-ci sont malheureusement insuffisantes pour reconstruire la langue par les méthodes connues actuellement. L'alphabet , d'origine phénicienne, fut transmis par les Grecs venus d'Eubée et installés à Cumes. Parmi les écrits les plus longs, outre le livre de lin et la tuile de Capoue, on peut évoquer la cippe de Pérouse , la table de Cortone , les lamelles d'or de Pyrgi , la stèle de Lemnos .



Les arts sont très riches: ils sont exposés à la fois dans le temps, et dans l'espace, les influences ayant varié suivant les périodes. Sont examinés l'urbanisme, l'architecture (en particulier funéraire), la peinture, les bronzes (comme la célèbre louve ), la sculpture sur pierre ou en terre cuite, les miroirs , la céramique, l'orfèvrerie.

Les loisirs traitent des jeux, qui, en Étrurie comme en Grèce ou à Rome, étaient des événements surtout religieux, propre à scander le temps social, et non pas des spectacles ou un simple divertissement comme de nos jours. Ces jeux, véritables fêtes populaire, permettent une certaine exubérance et l'expression d'un appétit de vivre. Les courses de chevaux semblent avoir été tout particulièrement appréciés, mais on trouve également des représentations de saltimbanques, jongleurs et acrobates. Une des caractéristiques de ces jeux, c'est la violence: il n'est pas impossible que dès le début, ils aient été sanglants. Outre les jeux, sont évoqués: la chasse, la pêche, la cuisine, la musique et la danse

la vie privée évoque enfin l'habitation, le mobilier, le luxe, les mœurs, les femmes et la famille, le costume et la parure. Les femmes étrusques jouissaient de bien plus de liberté que dans le reste de la Méditerranée. On comprend qu'un Grec ait quelque mal à concevoir qu'elles ne restent pas confinées au gynécée, à filer la laine et à boire de l'eau. Les peintures et sculptures nous offrent d'elles une image assez exceptionnelle dans l'Antiquité, et l'historien grec Athénée n'a pas résisté au plaisir mysogyne de les taxer de lubricité.

Doté enfin de nombreux indexes, ce livre est vrai manuel parfaitement maniable permettant de retrouver rapidement une information. Un excellent ouvrage de référence à la fois riche et concis, truffé d'illustrations, qui permettra de découvrir la civilisation Étrusque, laquelle, si elle est bien moins connue que celle des Grecs ou des Romains, ne laisse pas d'offrir de fascinants témoignages de son passé et par les témoignages écrits, et par l'industrie des archéologues.

Displaying 1 of 1 review

Can't find what you're looking for?

Get help and learn more about the design.