Paru dans Libération, le 14 novembre 1986, La Pute de la côte normande est le complément nécessaire à la lecture des Yeux bleus cheveux noirs. En effet dans ce nouveau texte, Marguerite Duras raconte de quelle façon elle a écrit l’été dernier dans son appartement de l’hôtel des Roches noires à Trouville, l’histoire du jeune étranger aux yeux bleus cheveux noirs. Elle décrit ce que fut ce moment de l’écriture, sa violence, ses cris et elle explique aussi pourquoi elle a dédié son roman à Yann Andréa (l’auteur de M. D.).
« Au début, c’était difficile. Je pensais que c’était injuste qu’il crie contre moi. Que ce n’était pas bien. Et quand j’écrivais et que je le voyais arriver et que je savais qu’il allait crier, je ne pouvais plus écrire, ou plutôt l’écriture cessait partout. Il n’y avait plus rien à écrire du tout, et j’écrivais – des phrases, des mots, des dessins – pour faire croire que je n’entendais pas qu’on criait. »
Marguerite Germaine Marie Donnadieu , known as Marguerite Duras, was a French novelist, playwright, screenwriter, essayist, and experimental filmmaker. Her script for the film Hiroshima mon amour (1959) earned her a nomination for Best Original Screenplay at the Academy Awards.
Ce truc est clairement un effet de champ. Seulement 13 pages de texte avec des marges mesurant trois bons centimètres, une police étrangement grande et un prix astronomique. C’est vrai: il y a des magazines plus épais. Mais on se dit que c’est Marguerite, et puis, le mot «pute» en début de titre a toujours attiré l’attention. Et on finit par se dire qu’on n’a pas vraiment le choix, qu’il faut bien lire Duras et donc, passer par ce feuillet.
Le lire, d’accord. L'aimer? Jackpot. Effet de champ. Salut, Bourdieu.
La pute de la côte normande, c’est Marguerite qui ne sait pas comment faire la mise en scène de La Maladie de la mort, Marguerite qui parle à Yann, Yann qui crie, qui se fâche contre elle, qui tape encore et toujours ses œuvres à elle. C’est Marguerite qui apprend à parler de Yann. Ce n’est que ça. C’est l’épuisement de l’écriture, l’épuisement de l’auteure dont les œuvres s’amenuisent.
La meilleure partie est assurément la fin : «Ici, les lecteurs vont dire : “Qu’est-ce qu’il lui prend? Rien ne s’est passé, puisque rien n’arrive.” Alors que ce qui est arrivé est ce qui s’est passé. Et, quand plus rien n’arrive, l’histoire est vraiment hors de portée de l’écriture et de la lecture.» J’ai découvert que j’aime profondément les œuvres qui dévoilent le procédé «frauduleux» de la littérature, du cinéma, ces derniers cherchant toujours à nous faire croire qu’il y a plus, que la vie est meilleure que ce qu’elle ne paraît, qu’elle est ailleurs. J’en suis venue à trouver les récits comme celui-ci, ou les films comme Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, profondément reposants.
Et inexplicables au commun des mortels. *haussement d’épaules* Effet de champ.
« Pendant plusieurs semaines, il avait tapé deux heures par jour pour moi. Des propositions, des stades différents du livre. Il savait que le livre existait déjà. Il me disait : "Qu’est-ce que vous foutez à écrire tout le temps, toute la journée ? Vous êtes abandonnée par tous. Vous êtes folle, vous êtes la pute de la côte normande, une connarde, vous embarrassez." Après, il arrivait qu’on rie. » Yann Andréa/Marguerite Duras. Elle essaie de composer une mise en scène de La Maladie de la mort pour la Schaubühne de Berlin, elle n’y parvient pas, Yann crie, finalement elle écrit Les yeux bleus cheveux noirs.
Un texte très aléatoire, dévoilant les mystères de l’écriture d’œuvres en littérature et la relation d’un couple lors de ce processus. Difficile de juger un petit texte et aussi difficile de mettre cette note, mais cela ne m’a pas transportée.
"På det sättet, en månad före det utlovade datumet för inlämning av manus, började jag skriva boken för alltid, det vill säga finna den här mannen, Yann, men någon annanstans än där han befann sig, genom att söka honom vid sådant som var främmande för honom och boken, till exempel i landskapen vid Seines mynning. Mycket där. Men också på honom, i hans leende, Yanns leende, i hans gång, hans händer, Yanns händer. Jag skilde honom helt från hans ord, som om han hade fått dem utan att veta det och blivit sjuk av dem."
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Not what I expected considering the name, felt like a letter or journal entry. Sheds a bit more light on Yann and Marguerite's relationship, hardly in a good way.
Porra, MD! "Alors que ce qui est arrivé est ce qui s'est passé. Et, quand plus rien n'arrive, I'histoire est vraiment hors de portée de l'écriture et de la lecture."