Après le jeune conscrit, Fabrice s'émeut d’un étudiant en art. Mais ce dernier est hétérosexuel ; le charme tourne court. De ce nouvel amour sans retour aux discriminations sociales qui le précèdent et le conditionne, le récit déconstruit les vieux mythes romantiques et en extirpe les prérequis comme on arrache une dent. S’émanciper ou mourir. Quitte à tout sacrifier avec soi.
Le tome 3 du Journal de Fabrice Neaud est trois voire quatre fois plus gros que les deux premiers réunis. Pourtant, une fois lancé dans la lecture, c'est difficile de le lâcher. Dans la période allant de fin 1993 à mi 1995, Fabrice rencontre un homme et tombe sous son charme. Problème : ce dernier est hétéro.
On retrouve le dessin qui est excellent et un sens du rythme vraiment bien dosé. L'auteur exprime encore plus sa colère que dans les premiers tomes, cette fois il est carrément révolté contre la société. Le pamphlet contre la tolérance dans la dernière partie de la BD est vraiment fort. Son mal-être est poignant à suivre, il est déjà clairement déprimé, et on sait que les années suivantes, il sera dans une profonde dépression... mais d'un autre côté, on retrouve son côté outrancièrement intello, ses digressions métaphysiques qui peuvent agacer, et son comportement souvent égoïste voire parfois vraiment méchant... je me suis souvent demandé si j'étais plutôt d'accord avec lui ou au contraire en totale opposition, si je devais l'admirer ou s'il m'exaspérait en tant que personne...
Indépendamment de ces questions, je salue son style, son courage et son absence de pudeur qui rendent la BD vraiment authentique et en font une lecture fascinante.