Romain Gary nous à livré dans cette nouvelle, sa tumultueuse quête à la recherche de trésors « immatériels ».
Des joyaux intouchables, des souvenirs dorés que l’on peut appeler plus communément « l’âme humaine ».
J’aime beaucoup les histoires autours de « quêtes existentielles », « but d’une vie » ou encore la « recherche de spiritualité et connexion avec le monde ». Ici justement c’est à travers son voyage au Yémen et à Djibouti que Gary nous livre sa découverte d’un monde, d’une nouvelle culture, de peuples à l’histoire trépidante… Personnellement je pense réellement que c’est en voyageant que l’on apprend, et que c’est en faisant des rencontres que l’on se découvre et que l’on découvre autrui. Il faut voir chacun comme une vérité, comme un profond gouffre de connaissance inépuisable qui nous apprendra mille chose sur nous et comment vivre.
En lisant les expériences de Gary à l’autre bout du monde, j’ai ressenti comme la découverte est importante pour l’homme, comme le changement et les cultures sont un pilier indispensable à chaque humain pour ne pas tomber dans l’ignorance, la passivité mais surtout l’ethnocentrisme!!
J’insiste sur ce mot car un passage m’a particulièrement marqué, il est du ressort d’un grand débat entre relativisme et passivité et ethnocentrisme et intolérance : le passage porte sur l’infibulation : ( le débat serait : faut-il intervenir pour empêcher cet acte culturel ? (qui se pratique depuis des siècles et qui est qui plus est, motivée par les femmes elles même en question. Humm difficile si on dit oui on pourrait tomber dans l’intrusion et l’ethnocentrisme, on trouverais cette pratique horrible comparée à nos pratiques…enfin bref ) :
« l’infibulation {…} un véritable fléau. {…} Il faudra encore attendre 20 ans pour faire cesser cette ignominie. Mais, certains soirs, lorsque vous marchez parmi ces boîtes d’allumettes que sont les maisons du quartier autochtones, vous entendez des cris d’enfant déchirants… À sept ans, on coupe le clitoris de l’enfant. Mais cela ne suffit pas, apparemment, à garantir la « nouveauté » et la primeur de la vierge offerte au mari. Alors, on la scelle. Entendez par-là que les lèvres du sexe sont cousues. On force l’enfant à demeurer 15 jours les cuisses fermées pour que la fermeture se consolide et se cicatrise. La nuit de noce, les commères viennent ouvrir le chemin au mari d’un coup de couteau… »
Je ne répondrais pas à ce débat, mais je trouve très intéressant d’introduire ce sujet dans le récit, cet un acte culturel méconnu de bon nombre de personne qui mérite bien sa place dans un récit sur la découverte d’une âme humaine et du monde, disons que ce rite influe particulièrement sur la psychologie et mentalité d’un peuple. Il en parle avec dégoût et indignité mais comme le ferais bon nombre d’étrangers à cette culture.
Un autre passage m’a également beaucoup ému et surtout dégoûté, cela concerne le traitement de certaines femme lors de la colonisation en Afrique. Ici il parle d’une sublime femme éthiopienne souillée et déchue de toute humanité et humilité. C’est un de mes passage préféré, il est poignant, indignant et révèle la cruauté humaine sous l’une des facettes la plus ignoble qui puisse exister selon moi :
« {…} je n’ai pas le temps de dire un mot que déjà elle est nue, assise sur le bord du lit de camp {…} tout ce corps à soldats est couvert de signatures. Je dis bien de signatures : des hommes ont fait tatouer leurs noms sur cette véritable pierre tombale sous laquelle reposent les rêves des hommes sans amour. Des noms, des dates, comme sur un lieu de passage. Je lis sur un sein : légionnaire Strauss, 1965 ; caporal Bianchi, 1967… au-dessus du sexe : Kriloff, roi des b… {…}. Sur le dos, sur le ventre, des commentaires flatteur et des précisions sur le fonctionnement de cette pauvre mécanique humaine : se laisse… S…bien »
Ce passage est d’une barbarie d’autant plus qu’il est ancré dans les souvenirs ( bien réels ) d’un homme, un homme indigné à jamais, comme nous lecteurs, par cette abomination et l’inhumanité des hommes, face à cet être pure, impuissant et vulnérable.
Comme dit si bien Gary « Tous ces graffiti sur cette tombe vivante, on pourrait les remplacer par ces quelques mots : Ici est venu mourir l’honneur des hommes. »
(Un honneur qui mérite d’être piétiné par 100.000.000 kangourous avant d’être jeté dans le magma dévorant d’un volcan ). Cette âme ici est souillée, il n’en reste qu’assujettissement, voilà comment l’Homme peut user de sois-même pour détruire les âmes, alors qu’il devrait apprendre vivre avec elles et les découvrir.
J’ai particulièrement pris ces deux passages parce que pour moi, ils représentent bien la prise de conscience, la « gifle crispante » qui te fait bien prendre conscience de la réalité, qui te fait sortir de ta zone de confort. Par conséquent ils sont un moyen de te rendre plus mature, conscient, intelligent, tu en apprends sur les autres, leurs modes de vie, tu en apprends sur les mentalités, les douleurs, les souffrances d’autrui et ça te forge, te transforme, t’instruit… Tu en viens à te pencher sur les vérités et les secrets du Monde, sur les réalités plus ou moins perfides de l’humanité. Tu t’ouvres et selon moi c’est une bonne piste pour trouver cette « âme humaine » bien cachée et « immatérielle ».
Ce n’est pas mon livre préféré de Gary, mais je tiens quand même à souligner la superbe plume de Romain Gary, ses métaphores m’ont charmées plus d’une fois mais surtout, ses aventures et rencontres sont plus que passionnantes, elles font rêver. Après tout, qui ne révérais pas de voyager dans le désert, se balader en Afrique ou au Yémen à la recherche des « âmes humaines » ou des plus belles âmes humaines ? Moi en tout cas j’adorerais ;) ( même si ça lui arrive de décrire l’Afrique comme une terre injuste et octroyé de tout les malheurs du monde : je cite : « si l’enfer vous tente, venez-y : vous serez comblé. Cent milles volcans sont morts ici pour faire de cette région d’Afrique un chaos noir de rocs calcinés où seuls les épineux gris acier font vivre les chameaux et les chèvres. »
Merci d’avoir lu.!!.