Quels étranges liens unissent la jeune Katia et le vieux professeur d'université Nicolaï Stépanovitch ? Il a regardé grandir l'orpheline, l'a vue amoureuse et heureuse, puis souffrante et désespérée. À l'automne de sa vie, Nicolaï a perdu toutes ses illusions et partage avec Katia les mêmes ténèbres et les mêmes silences, sans pouvoir lui tendre la main...Une nouvelle sombre et cruelle où bonheur et amour semblent inaccessibles... Un texte fort et vrai par l'un des plus grands écrivains dramatiques russes, l'auteur de La Mouette et La Cerisaie.
Je ne parviens pas à me sortir cette nouvelle de l'esprit depuis plusieurs semaines, comme une sensation latente qui ne s'efface pas, et je me triture pour essayer de savoir pourquoi...
"Ne pas dormir la nuit, cela veut dire se reconnaître à chaque instant anormal, aussi j'attends avec impatience le matin et le jour où j'aurais le droit de ne pas dormir"
"Nos violons ne sont guère accordés. Je ne vous parlais pas des gens de grande qualité qui vous ont accordé leur bienveillance, mais d'une bande d'aigrefins qui n'ont rien de commun avec la noblesse. C'est un troupeau de sauvages qui ne sont montés sur la scène que parce qu'on ne les aurait reçus nulle part ailleurs et qui ne s'appellent artistes que par impudence. Pas un talent, mais beaucoup de ratés, d'ivrognes, d'intrigants, de mauvaises langues. Je ne puis vous dire combien il m'est amer de voir que l'art, que j'aime tant, est tombé entre les mains de gens que je hais ; il m'est amer que les meilleurs gens ne voient le mal que de loin, ne veuillent pas s'en approcher et, au lieu d'intervenir, développent dans un style pesant des lieux communs et une morale oiseuse..."
"Toute ma vie j'ai tâché seulement de rendre ma société supportable à ma famille, à mes étudiants, à mes collègues, à mes domestiques. Et mon comportement a servi de leçon, je le sais, à tous ceux qui se sont trouvés dans mon entourage. Mais maintenant je ne suis plus roi. Il m'arrive quelque chose qui ne convient qu'aux esclaves. Dans ma tête, jour et nuit, errent de mauvaises pensées et dans mon âme ont fait leur nid des sentiments que j'ignorais. Je hais, je méprise, je m'indigne, je me révolte, j'ai peur. Je suis devenu, sévère, exigeant, irascible, maussade, soupçonneux à l'excès. Même ce qui n'était jadis que prétexte à un calembour superflu ou à un rire sans malice me cause aujourd'hui une sensation pénible. Ma logique même a changé : naguère, je ne méprisais que l'argent, maintenant ma hargne va non pas à l'argent mais aux riches, comme s'ils étaient coupables ; je haïssais la violence et l'arbitraire, maintenant je hais les gens qui y recourent comme s'ils étaient les seuls coupables, et non pas nous tous, qui ne savons pas nous former les uns et les autres. Qu'est-ce que cela signifie ? Si c'est un changement de convictions qui a amené en moi des idées nouvelles et de nouveaux sentiments, d'où a-t-il pu venir ? Le monde est-il devenu pire et moi meilleur, ou bien étais-je aveugle et indifférent ? S'il est dû à un affaiblissement général de mes forces physiques et intellectuelles - en fait, je suis malade et, chaque jour, je perds du poids - ma situation est pitoyable : mes nouvelles pensées sont anormales, malsaines, je dois en avoir honte et les considérer comme indignes..."
Un récit attachant. Tchekhov puise son inspiration dans son passé d'étudiant en médecine et dans son amour du théâtre. Comme dirait Antonio Tabucchi.... c'est beau comme du Tchekhov, ne dirait-on pas ?
A história de um professor russo de 62 anos, que conheceu as honrarias na sociedade russa e no estrangeiro, que se encontra a morrer e olha para a sua vida e para as pessoas que o rodeiam, colegas e família, com um olhar crítico, cínico e desiludido. Um final incompleto a meu ver.
C'est Kim Yaroshevskaya (Fanfreluche au Québec) qui m'a mené à ce livre de Tchékhov. Je ne connais pas Tchékhov sauf pour les quelques mots qu'en a dit en bien Kim dans son autobiographie. Ça m'a donné envie d'acheter ce livre en rabais à 1$, sans rien savoir de l'histoire.
Lu tranquillement sur 3-4 jours, c'était un plaisir de retrouver Nicolaï Stépanovitch, ce vieux prof en fin de vie (ou juste hypocondriaque) qui nous partage sa lassitude existentielle et ses désillusions, tout en nous laissant entrevoir le professeur de médecine érudit et passionné qu'il fut jadis.
D'une certaine façon, ce livre préfigure de 50 ans les thèmes existentiels qu'explorera Camus (L'étranger, Le mythe de Sisyphe): la confrontation à l’absurde, la solitude face à la mort et la quête de sens dans un monde silencieux. Tchekhov pose le problème et propose une sorte de résignation mélancolique. Camus y répond plutôt par la révolte, ce qui mène paradoxalement à une forme de libération.
« Je désire que nos femmes, nos enfants, nos amis, nos élèves aiment en nous, non pas des noms, des marques de fabrique, des étiquettes, mais des êtres ordinaires. Quoi encore? Je voudrais avoir des assistants et des successeurs. Quoi encore? Je voudrais me réveiller dans cent ans et voir, ne serait-ce que d'un oeil, ce que sera devenu la science. Je voudrais vivre encore une dizaine d'année... Et puis? Et puis rien. Je réfléchis, je réfléchis longuement et ne puis rien imaginer de plus. »
premier livre de 2026 et franchement on ne peut commencer que bizarrement avec cette plume soviétique à la fois compréhensible et indéchiffrable
voir un professeur d'université être aussi passionné de son métier au point de n'y voir que sa seule source de lumière est admirable, même si ce feu hardant se consume et se brase peu à peu
je ne sais pas si j'ai manqué quelque chose, mais la relation entre Nicolaï et Katia est assez atypique, limite banale voire bizarroïde à certaines instances
je ne retiens que souffrance, volonté de mort, souffrance, solitude, souffrance, abandon, souffrance, souffrance, souffrance
j'ai adoré ces passages/expressions :
"empoisonner l'air de votre haleine" = critiquer derrière le dos de quelqu'un
"je sens que je n'ai plus de famille, ni envie de la retrouver. il est clair que mes pensées nouvelles, dans le style Araktchéïev, ne sont pas accidentelles et temporaires, mais dominent tout mon être. la conscience malade, triste, paresseux, remuant à peine les membres, comme si on m'avait attaché à un poids de dix quintaux, je me couche et ne tarde pas à m'endormir"
l'ART selon notre cher professeur de médecine = "QUI l'a couvert de trivialité? les ivrognes par ivrognerie, les journaux par excès de familiarité, les penseurs par leur philosophie. si on se met à philosopher, cela veut dire qu'on ne comprend pas"
tellement aussi de passages relatant de l'effroi personnel du protagoniste dans lequel je me suis sincérement correspondue quant aux aspects d'incompréhension de la société, d'enfermement de soi, de perte de goûts dans les choses qu'on aime le plus, ET J'EN PASSE
j'ai vraiment hâte de plus lire du Tchékov que j'adore, j'ai juste trouvé ce récit un peu moins pertinent, même si je trouve ça drôle car il explique lui même que le protagoniste préfère lire des ouvrages français "moins ennuyants" plutôt que russes car "l'un veut paraître dans ses œuvres petit-bourgeois, l'autre veut absolument être gentilhomme, etc. il y a du calcul, de la prudence, des arrières pensées, mais ni liberté ni courage d'écrire ce que l'on veut écrire, et par conséquent pas d'oeuvre", le fameux triangle du talent intelligence noblesse TOUJOURS INCOMPLET. toute somme, de la page 94 à 100 il y a une vraie critique de la littérature soviétique et certainement des pics à d'autres auteurs, où Anton se refuge sous le couvercle de Nicolaï Stépanovitch :,)
ah et sa fille m'a tellement énervée, voir son père mourir à petit feu, se marier en secret et lui parler avec douceur uniquement lorsqu'elle souffre de maladie (assez bizarrement décrit) et qu'elle a besoin de l'aide et connaissances médicales de son cher père (t'en fais pas moi aussi Gnäcker je ne peux pas me le blairer, non mais oser se la jouer malin avec le père, n'importe quoi ce type). pour moi Katia est la FILLE honorable (qui n'est même pas sa fille biologique) du professeur, la seule à s'en soucier avec cœur et honnêteté car sa femme à part se plaindre et suivre ces mêmes schémas par facilité, ne fait rien de vraiment productif qui ferait avancer et changer le cours des choses. l'aliénation et le repos sur ses acquis
le pédophile Fiodorovitch ouahhhh, sans commentaire
la fin m'est floue, et j'ai beaucoup de questions, même concernant le comportement de Katia, trouver un refuge pour partir et chercher son propre refuge. robe noire? décès? deuil? parler trop de mort tue la mort, mais qu'en est-il advenu les concernant? espoir? désespoir? nul ne sait
Première rencontre avec l’auteur et même si ce ne fut pas un coup de cœur, cette courte histoire m’a donné envie d’en connaitre plus sur l’univers de Tchékhov. On suit ici Nicolaï Stépanovitch, un éminent professeur de Sciences, imbu de lui-même et de sa fonction et en parallèle, la vie de la jeune Katia, dont le père, ami du professeur est décédé. Nicolaï gère depuis sa fortune et s’en occupe comme de sa propre fille. Survient la maladie et avec elle, une remise en question de ce que fut sa vie. Nicolaï s’aperçoit qu’il ne reconnait plus en cette bourgeoise, la femme qu’il a aimée, que sa fille n’est qu’une sotte éprise d’un homme suffisant. Sans parler d’un fils qu’on ne connait que sous le pseudo de « l’officier » Il ne lui reste que Katia, mais celle-ci est partie vivre ses rêves de gloire théâtrale et en est revenue brisée et sans illusion. Elle a besoin de lui, mais il se montre incapable de trouver les gestes ou les mots pour l’aider à se sortir du marasme dans lequel elle s’enfonce. Critique de la société russe, de la bourgeoisie, des titres et des statuts qui n’apportent rien d’autre qu’une gloire éphémère , Tchéckhov nous peint ici le portrait d’un homme désœuvré qui se laisse sombrer en emportant avec lui la jeunesse de Katia. Je craignais des descriptions sans fin ou du romanesque/drama à outrance, il n’en fut rien. Même si le texte en lui-même n’apporte rien de nouveau, l’écriture est agréable, avec une pointe de sarcasme et juste ce qu’il faut de drame sans verser dans le pathos. C’est une histoire sur la fin de l’innocence et de la jeunesse et l’automne d’une vie et sa solitude. Une jolie découverte
C'est l'histoire de deux dépressifs qui essayent chacun de résoudre les problèmes de l'autre. Mais quelqu'un qui hait la vie ne peut pas faire la faire aimer à quelqu'un d'autre.
"Contenir en soi une rage secrète contre les gens ordinaires parce qu'ils ne sont pas des héros ne peut être le fait que d'un homme étroit ou aigri."
Certainly well written but quite depressing. Life is futile and if one can't make contact with the other there's no achievement that will fill that need. I've read it twice and I'm still not quite sure what to make of it.
تشيخوف من احب الكتاب إلى قلبي، قصصه القصيرة ساحرة، لكنني لا أجده موفقا في الرواية و القصص الطويلة، هذه الرواية القصيرة او القصة الطويلة كما يحلوا لكثيرين تصنيفها ، كانت مملة بالنسبة لي.
4.2/5 "À l'exception de deux ou trois vieux écrivains, toute la littérature d'aujourd'hui ne me semble pas être une littérature mais une sorte d'industries artisanale qui n'existe que pour recevoir des encouragements, mais dont on n'utilise pas volontiers les produits..."
Cette courte histoire, en apparence simple, révèle avec beaucoup de subtilité la fragilité de la vie et la manière dont le temps influence nos relations. La lecture m’a profondément touchée, on ressent le poids des jours qui passent et l’impossibilité de tout contrôler.
La relation entre Ivan et Katia est particulièrement émouvante. Leur lien offre un refuge face à un monde souvent hostile, chargé d’animosité, mais il est marqué par la conscience que leur temps ensemble est limité. Cela pose une question universelle, comment vivre pleinement lorsque tout est éphémère ?
Les dernières pages sont bouleversantes. La prise de conscience d’Ivan face à la fin inévitable de sa relation avec Katia souligne la fragilité du bonheur et la réalité de la condition humaine. La sensibilité avec laquelle Tchékhov décrit la douleur et la perte pousse le lecteur à réfléchir sur sa propre existence.
Même dans la banalité des événements, cette œuvre montre que la vie peut receler une profondeur insoupçonnée, perceptible à ceux qui prennent le temps de regarder attentivement.
Une lecture à la fois émotive et bouleversante, qui mérite pleinement son admiration.
The title is self-explanatory. I wouldn't use 'banal' in the sense of 'common' but in the sense of rather mediocre. The main character and narrator of the story is a sixty-two year old medical professor who is well-known around Russia and Europe. He has to confront the fact that he is dying - from what, who knows, maybe because he has become too cynical. The novel basically goes around his day-to-day life, with her wife and daughter being ever so annoying and his protégée, Katia. She is her closest friend - they do have a strange friendship though- and yet he doesn't know what in her life so to make her become so... Depressed (I guess, it's difficult to tell what she is like). The thing is I don't see the point nor the sense of this short story, it was quite even if well-written.
Je ne sais pas exactement ce qu'à voulu raconter Chekhov dans cette histoire. Je vois un homme aliéné des apparences, dominé par des pensées et des obsessions qu'il ne contrôle plus. Ses perceptions, ses attitudes et ses réflexions sont toutes pourries de ses idées noires alors qu'il dégénère vers la mort. L comparaison avec Katia, évidente, est révélée à la fin. À la fin, on dirait aussi que le livre aurait en fait tourné autour de la relation entre Katia et Nicolai, relation manque définitivement de profondeur et qui ne donne pas cette dimension à l'histoire. Je donnerai une autre chance à Chekhov mais pas à cette histoire.
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