Gilles Kepel propose une analyse claire et documentée du concept de jihad et de son évolution dans le monde musulman contemporain. Il rappelle d’abord que le mot jihad signifie effort et qu’il possède historiquement une connotation positive, aussi bien spirituelle que morale auprès des Musulmans et chrétiens. À l’échelle individuelle, il renvoie à la quête de perfection religieuse. A l’échelle collective, il peut inclure une dimension militaire, encadrée par la doctrine et proclamée par les oulémas.
Kepel montre ensuite que la vision jihadiste actuelle repose sur une lecture « anhistorique » de l’islam, c’est à dire une manière de penser qui nie l’histoire et refuse de prendre en compte l’évolution dans le temps ou les contextes. De ce fait, les jihadistes considèrent que la perfection a été atteinte à l’époque du Prophète et des premières générations, et que tout ce qui a suivi n’est que décadence. Leur objectif est donc de rejouer cette période fondatrice en effaçant quatorze siècles d’histoire, afin d’imposer la charia comme norme absolue.
L’idée centrale du livre est que ce jihad contemporain ne mène pas à une expansion de l’islam, mais à la fitna, c’est-à-dire la division, la violence et les conflits internes entre musulmans. Le jihad, censé unir, devient ainsi un facteur de fragmentation du monde musulman.
L’ouvrage est utile pour comprendre les références religieuses et idéologiques du jihadisme. En revanche, malgré ce que suggère l’introduction, il propose davantage une analyse historique qu’une véritable stratégie pour « gagner la guerre des esprits » comme il le dit. De plus écrit en 2004, il y’a pleins d’événements survenus après.
Enfin on peut remarquer le choix de Kepel d’écrire « Djihad » avec un D, marque d’une tradition intellectuelle francophone. C’était en effet la translittération de l’arabe mais avec une simplification et internationalisation on retrouve maintenant plus l’écriture Jihad.