Lorsque le SIDA a surgi en 1982, nous ne pouvions pas y croire. Nous étions une troupe de jeunes serveurs, joyeux de vivre au travail une homosexualité fraîchement libérée. Chaque service était pour nous l’occasion d’échanges animés dans cette brasserie branchée, une adresse de ces années où se croisaient tout style de clients. L’un d’entre nous a été touché et rapidement un autre a suivi. Nous pouvions tous faire partie de la liste. Le déni, la peur, les secrets difficiles à partager sont devenus notre quotidien. J’ai toujours su qu’un jour je devrais raconter ce que nous avions vécu au cours de cette décennie peu témoignée. Le plus fidèlement possible, je partage ici des moments où se sont mêlés rires, tragédie et amitiés. Ce livre est un hommage à ces garçons qui m’ont beaucoup appris de la vie.
Je ne note pas. C'est un livre de témoignage sur l'arrivée du VIH-sida en France, du point de vue d'un jeune homme homo serveur dans une brasserie des Halles. L'écriture est touchante, c'est édité à compte d'auteur et c'est pas mal du tout. Le témoignage en lui-même est assez glaçant. Je crois que j'avais besoin de lire qqch comme ça pour comprendre un peu mieux ce qui s'attrappe en même temps que le virus. Aujourd'hui rien n'a changé ou plutôt tout est différent ? En tout cas la stigmatisation est bien là, les putes les pd et les toxicos, et les séropos, sont toujours des pestiféré.es. C'est les 40 ans de la découverte du virus, ya plein de podcasts, conférences, etc. Ecoutez celleux qui ont traversé ces années-là. Ca éclaire bien des choses. Et sachez que vous cotoyez des séropos, que vous couchez avec des séropos et que vous bossez avec elleux. Pensez-y et aimez-les plus fort encore.
On ne sait pas grand chose sur François, si ce n'est qu'il est embauché dans une brasserie parisienne rue des Lombards, au début des années 1980. Il est accueilli et adopté par une équipe excentrique, joyeuse et loufoque. La joie disparaît rapidement quand le sida les emporte les uns à la suite des autres.
J'ai beaucoup aimé le style de narration assez fluide. On est lancé avec le narrateur dans l’effervescence des services de la brasserie, et il faut vraiment avoir travaillé en équipe de la sorte pour comprendre à quelle point l'auteur parvient à retranscrire cette complicité quasi indicible qu'il existe entre collègues qui doivent assurer le service face à la clientèle. On est également tout aussi heurté par l'arrivée brutale du Sida dans leur quotidien. Il y a un passage très intéressant dans lequel il explique que le sida rend visible aux yeux de tous une communauté qui vivait jusque là cachée : les symptômes mortels font réaliser à la populace que les homosexuels étaient finalement partout parmi eux. Mais ils meurent.
C'est vraiment triste et j'ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux durant ma lecture. On ressent la détresse de l'époque qui se change bientôt en désespoir. Il n'y a plus de séparation entre les morts et les vivants, entre ceux qui succombent et ceux qui survivent : tous sont passés de l'autre côté. Comme il est si bien raconté dans le livre, ce n'est plus une vie que de vivre avec le sida, qu'on soit séropo ou non, car il est toujours là et tout est redéfini par rapport à lui : le travail, les amitiés, et les amours. On assiste impuissant à la disparition de toute une génération en colère de devoir crever dans l'indifférence, et quarante ans après c'est toujours aussi révoltant de se dire qu'il ne s'est rien passé.
Roman-témoignage d'un français homosexuel vivant à Paris dans les années 1980.
François trouve un emploi dans une brasserie "Les Anges des Lombards" dans lequel la majorité des employés sont homosexuels. Les services sont festifs et les échanges sincères (contrairement à ceux avec leur entourage classique).
Malheureusement, un virus dont on ne connait pas grand-chose fait son apparition, le "cancer gay" qui semble toucher en grande partie les hommes gays et dont on ne sait pas se protéger à ce moment-là (en effet, il a fallu un certain temps pour qu'on comprenne comment le virus du VIH se transmettait).
En plus de voir ses proches disparaitre au fur et à mesure de l'avancée de la maladie (les symptômes engloutissant littéralement le corps du malade) jusqu'à leur décès, François doit également affronter la stigmatisation (déjà existante du fait d'être gay et maintenant du fait de son "sperme tueur").
Ce livre est clairement nécessaire aujourd'hui alors qu'une bonne partie de la population ne sait plus ce qu'est le VIH (sa définition mais aussi comment il se transmet et comment s'en protéger) et que la stigmatisation des personnes séropositives n'a jamais cessée. Le récit est dur mais vrai, encore plus parce que les morts ont été oubliés, et que leur souffrance (notamment à cause des premiers traitements, presque pire que la maladie elle-même) et leur mise au ban ont disparues des mémoires.