Mai 68, et après ? En racontant la création et l’évolution d’une communauté, sur une activité économique en marge du consumérisme, Tanquerelle témoigne d’une aventure unique et hors norme qui a, au fil du temps, défié l’utopie de cette époque. À la manière d’Étienne Davodeau pour Les Mauvaises Gens, armé d’un magnétophone et de ses crayons, il a recueilli le témoignage de son beau-père, Yann Benoît, l’un des fondateurs de cette communauté. S’ouvre entre Yann et Hervé un dialogue mouvant, dont ce récit est le témoin. Un livre-entretien qui plonge au cœur de ceux qui, il y a quelque quarante ans, ont voulu vivre différemment.
En 1968, Yann est un jeune étudiant qui croit en ses idées et se bat pour une vie choisie. Quatre ans plus tard, avec une bande d’amis, il travaille dans l’atelier de sérigraphie de son père. Ils ont entre 20 et 25 ans et souhaitent tous s’installer à la campagne, avec femmes et enfants. Faute de mieux, ils achètent une ancienne minoterie abandonnée, avec moulin et maisons. Et c’est ce lieu qui engendre l’idée de communauté et la possibilité de mettre en pratique leur credo proclamé avec force un certain mois de mai : travailler sans patron et subvenir aux besoins de chacun. Cette idéologie anticonsumériste va enfin pouvoir prouver par l’exemple qu’elle n’est pas une utopie ! Et la minoterie devint une communauté ! Une communauté authentique, en ce sens qu’elle est différente de l’image fantasmée du mouvement communautaire de l’époque, loin du slogan flower power : sex, drug and rock n’ roll.
Si Mai 68 est source d'inspiration et de nostalgie (même sans l'avoir connu), il est certain que les dernières pages, le "retour à la réalité" déchire le cœur d'un.e lecteur.trice épris.e de l'évolution de cette "utopie". Très peu de questionnement sur la position privilégiée d'homme, blanc.
Intéressant de voir le processus du début à la fin. Le dessin est fonctionnel et utilise beaucoup de clichés narratifs pour rendre le récit moins textuel et linéaire. Le propos est trop superficiel et ne remet jamais en question le point de vue trop masculin hétéro blanc (pour ne pas dire casually misogyne raciste, cf. "les indiens" et "– La mécanique ça devait être dur pour les filles. – Tout comme la couture pour les hommes."). Somme toute, assez ironique vu le but affiché, malgré les efforts à souligner.
Beau récit d'une expérience humaine forte. Cela pose plein de questions, nourrit bien le débat sur la viabilité ou pas des utopies, la nécessité d'organisation, d'envie...