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À bas la presse bourgeoise !: Deux siècles de critique anticapitaliste des médias. De 1836 à nos jours

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La liberté de la presse a ceci de commun avec la République qu’elle est aujourd’hui défendue même par les forces politiques qui ont le plus férocement ferraillé contre elle dans un passé pas si lointain. Les avocats de la critique de la presse, eux, sont beaucoup moins nombreux. Passe encore de flétrir l’autoritarisme d’un magnat tout-puissant. Mais au-delà ? Suggérer qu’il n’y aura pas de liberté de la presse tant que les médias sont accaparés par une minorité fortunée suscitera des regards suspicieux : complotisme ?...

À l’heure des amalgames faciles, rappeler que la lutte pour la liberté de la presse a aussi remis en cause, parfois avec fracas, le pouvoir de ses propriétaires, n’est pas inutile. Car à trop attribuer aux seuls libéraux les acquis de ce combat, on en oublierait presque que ce dernier avait aussi partie liée avec la lutte des classes.

Contre la « presse bourgeoise » possédée par ceux qui cherchent à s’enrichir encore davantage, des intellectuels, des journalistes, des hommes politiques, des syndicalistes et une infinité de militants anonymes ont écrit, débattu, fait grève, imaginé des manières plus démocratiques de produire de l’information.

La concentration actuelle des grands médias entre les mains d’une poignée de grandes fortunes suffit à évaluer les limites de leurs mobilisations. Mais ces dernières n’en ont pas moins marqué l’histoire de la presse, en menant sur le terrain économique un combat loin d’être terminé.

Historien à l’université de Bordeaux Montaigne, Dominique Pinsolle travaille sur l’histoire de la communication et du mouvement ouvrier et écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique.

Il a notamment publié Le Matin (1884-1944). Une presse d’argent et de chantage (PUR, 2012).

237 pages, Kindle Edition

Published November 4, 2022

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November 11, 2023
Le contenu de l'ouvrage correspond beaucoup plus à son sous-titre qu'à son titre, qui n'est en fait que référence à d'anciens slogans. On n'a pas ici un pamphlet ou un essai, mais bien un livre presque purement d'histoire, principalement descriptif, et qui ne s'aventure pratiquement pas dans la théorisation.

L'introduction mène pourtant à penser le contraire, et est beaucoup plus acerbe dans son propos, explicitant que si la liberté de la presse par rapport à l'état est à tout le moins entérinée dans la loi, elle n'en est pas moins entravée par les gonds du capital et de l'idéologie bourgeoise. Le livre montre aussi que ce n'est pas le seul point de contention vis-à-vis de la nature bourgeoise de la presse; au delà de son financement, la presse et les journalistes sont aussi majoritairement issus de milieux bourgeois et éduqués, et le manque d'une vraie presse populaire et/ou ouvrière a été et demeure une revendication. Le chapitre de clôture, qui aborde l'état de la presse aujourd'hui et différents chemins possibles vers une libération de la presse dite bourgeoise, est également un peu plus politique que le reste, qui se contente de raconter l'histoire de la lutte des autres.

Passée la déception de réaliser qu'il n'y aura peu, voire pas de théorie à se mettre sous la dent ici - ce que l'on se doit de pardonner au livre puisque c'est après tout assez clairement annoncé par le sous-titre -, il me reste des critiques.

Premièrement, et de loin la critique la plus importante, le livre donne à mes yeux une histoire très biaisée de la presse française. J'entends par ceci qu'il est admis comme axiome que les idées de gauche et de liberté de la presse sont le bien, un David luttant contre le Goliath maléfique du capital, de la droite et de l'état. Le monde tel qu'il est présenté ici est très manichéen, avec d'un côté les gentils qui luttent pour une presse ouvrière et libre, et de l'autre les méchants. Bien que je me sente idéologiquement parallèle à l'auteur, et que cette vision de gauche ne soit pas étrangère à mes propres idées, il me semble qu'un livre d'histoire, bien que l'histoire ne doive pas forcément être apolitique (un débat intéressant d'ailleurs), se doit d'être moins caricatural, à tout le moins s'il fait le choix de ne pas débattre en premier lieu de pourquoi les uns sont dans le droit et les autres dans le tort. Le sentiment d'impartialité est ici très fugace voire inexistant. Et de plus, l'envers de la médaille est peu exploré. Il s'agit de l'histoire de la lutte *pour* la liberté de la presse, mais la lutte *contre* la liberté de la presse, c'est-à-dire les façons dont le grand capital et al. ont contrecarré la lutte pour, est un sujet exploré ici très superficiellement. Les choses sont décrites comme étant arrivées et c'est à peu près tout.

Le livre en général se veut accessible, et couvrant deux siècles d'histoire, n'a pas vraiment le temps d'aller en profondeur dans quoi que ce soit, ce qui est compréhensible mais un peu frustrant pour moi ou pour qui voudrait un peu plus de détail. Le livre se veut clairement éloigné d'un ton académique.

Secondement, et cela n'est pas annoncé dans le sous-titre, le livre se consacre quasi exclusivement à l'histoire de la presse *française*. Hormis mentions passagères, la presse américaine, les tabloids anglais ne sont pas explorés, la presse dans d'autres langues est à peine abordée, et la presse non occidentale est complètement ignorée. Ce n'est pas mal en soi, mais il faut bien réaliser que le sujet est ici finalement assez étroit.

Il y a cependant des choses à retirer de l'ouvrage, je ne le nie pas. L'histoire de la France au cours ds derniers siècles est fascinante, et la redécouvrir par le prisme de l'évolution de la presse est un exercice agréable. Il redirige aussi vers certains textes plus théoriques, anciens ou pas, qui seront de grand intérêt pour ceux intéressés par un livre ainsi intitulé. Certains des extraits qu'il donne offrent de belles citations.
P. 111 de Blum "Toute société a la presse qu'elle mérite, la presse qu'elle engendre. La presse ne sera honnête [...], elle ne deviendra un instrument d'intelligence et de rapprochement entre les peuples, que le jour où elle sera soustraite à la domination du capitalisme, et ce jour sonnera pour elle en même temps que pour tous les autres modes de la pensée et du travail humain."
P. 114 de la Ligue des Droits de l'Homme, qui lors de son congrès de 1936 songe à inclure à ceux-ci le droit à une presse libre du capital: "La domination des puissances d'argent sur la presse - soit qu'elle se manifeste par la possession directe des journaux et, éventuellement, par la constitution de véritables trusts de presse, soit qu'elle résulte du contrôle ou même du monopole de la distribution de la publicité - tend à supprimer la liberté d'opinion, à établir au profit des Grands Intérêts et de leurs agents une véritable dictature occulte." et p. 118-119 "la liberté des opinions exige que la presse et tous les autres moyens d'expression de la pensée soient affranchis de la domination des puissances d'argent".
La p. 144 est également intéressante.

On apprend/revoit aussi en filigrane des aspects intéressants de l'évolution politique de la France; par exemple, le parti communiste français dans les années 40 avait apparemment plus de 25% des voix, et est ensuite tout bonnement exclu (p. 133) ou bien on voit, à travers les échecs répétés à faire passer une politique pourtant populaire de presse plus libérée, à quel point le système démocratique français n'est pas si démocratique que ça (pp 178-179).

Un livre que je ne recommanderais qu'aux camarades français ou avides de presse française s'ils sont intéressés par l'histoire de celle-ci, qui n'est pas à mes yeux immanquable, et que je me garderai de recommander aux autres qui en trouveront probablement l'optique trop étroite. Le sujet est fascinant, mais je pense que d'autres ouvrages parlant de la théorie politique de la presse et/ou de son état actuel plus qu'historique seront plus directement pertinents au plus grand nombre. L'introduction, et peut-être le dernier chapitre, forment cependant une lecture très rapide et à tout le moins énergisante pour qui souhaiterait lutter pour une presse plus libre. 3/5
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