Dans l'espace et le temps
En ce qui concerne la série des Paul, il faut avouer que je préfère de loin les longues histoires aux histoires plus courtes.
Paul et sa blonde Lucie emménage dans leur premier appartement. Rabagliati capture adroitement l'excitation paisible des premiers moments, la peinture, la décoration, le mobilier donné, tout dépareillé... Ce sont des moments illustrés tout en tranquillité, sans conflit, sans tension, qui bien entendu vous rappelleront votre premier appartement.
(Dans mon cas, à Québec sur la rue Myrand; je me souviens à quel point j'étais fier d'aller au Provigo du coin seul, et d'acheter MA propre nourriture pour la première fois. C'est en poussant un panier d'épicerie dans les allées que j'ai vraiment réalisé qu'un chapitre de ma vie venait de commencer...on a les épiphanies qu'on peut!)
Il y aussi les scènes ou Paul et Lucie sont à l'école de graphisme, avec leur prof, un personnage ambivalent et plus grand que nature, une visite à New York, quelques moments tristes, une couple de jours avec deux marmots épuisants... et une finale ouverte qui étant donné l'aspect auto-biographique de l'histoire, n'est peut-être pas si ouverte après tout...
Comme j'ai écrit précédemment, c'est le sens de l'espace et du temps qui fait la force du récit. Et c'est difficile de décider quel aspect du livre de Michel Rabagliati y contribue davantage... L'art ou le langage? Les dessins deviennent de plus en plus détaillés et à chaque page, on retrouve un élément qui projette le lecteur dans le Québec des années 80; une casquette des Expos, un vieux sac plastique de la SAQ, une bouteille de 50, un CROC... ou encore le joual (grouille! bâzwell! okédou! tigiudou!)
C'est les deux évidemment, et c'est ce qui fait le pouvoir du travail, que tu te concentres sur les dessins ou sur les dialogues, il y a toujours un détail qui te plonge dans le Québec des années 80. C'est l'aspect du livre que j'aime le plus.