Lire Éric Marchal, c’est toujours accepter d’embarquer dans une fresque ample, où l’Histoire se mêle à l’intime et au secret. Avec La Belle de Haarlem, j’ai eu cette impression d’ouvrir une porte sur une époque dont je savais peu de choses : Amsterdam au début du XVIIIᵉ siècle, cité vibrante, carrefour marchand et intellectuel, à la fois vitrine de tolérance et creuset de contradictions.
J’ai retrouvé Azlan et Sarah comme des compagnons de route. J’avais encore en mémoire leur fuite de Venise, leurs blessures, leur soif de vérité. Ici, l’air est différent : plus froid, plus commercial, plus scientifique aussi. Azlan, auprès du maître Ruysch, plonge dans les mystères de l’anatomie et de l’embaumement ; Sarah cherche, questionne, s’accroche à l’idée que derrière la quête du Codex se cache quelque chose de plus grand, peut-être de plus dangereux.
Ce qui m’a touché dans ce tome, ce n’est pas seulement l’érudition — pourtant impressionnante — de Marchal. C’est la manière dont il fait résonner la quête des personnages avec des préoccupations très humaines : la fidélité, le doute, la peur de se perdre en chemin. Chacun avance un peu seul, chacun garde ses zones d’ombre, et parfois je me suis sentie moi aussi écartelée entre leurs trajectoires parallèles. Cette dispersion a ralenti ma lecture par moments, mais elle reflète aussi la vie : on ne marche pas toujours au même rythme que ceux qu’on aime.
Amsterdam, dans ce roman, devient presque un personnage. Ses canaux, ses salons marchands, ses ruelles sont à la fois refuge et piège. J’ai aimé cette ambivalence, cette impression que la ville protège tout en étouffant, éclaire tout en dissimulant. La « Belle de Haarlem », figure mystérieuse, cristallise ce double regard : beauté, énigme, miroir.
Bien sûr, il y a eu des instants où je me suis perdue, où les détours m’ont semblé ralentir la grande histoire. Mais paradoxalement, ces respirations donnent au récit un rythme particulier, plus proche de la vie vécue que de la mécanique d’un thriller.
Au final, ce deuxième tome m’a laissée avec une impression douce-amère : la certitude d’avoir voyagé, appris, vibré… mais aussi la sensation qu’il faut continuer, qu’il me manque encore un morceau du puzzle. Et c’est peut-être là que réside la force de Eric Marchal : nous donner envie de poursuivre, de chercher, comme ses personnages, jusqu’au bout du chemin.