Avril 1713. Après s'être enfuis de Venise, le chirurgien lorrain Azlan de Cornelli et son alter ego, la Vénitienne Sarah Koppio, traversent l'Europe jusqu'aux Provinces-Unies dans l'espoir de trouver la seconde partie du Codex Quanum.
Azlan et Sarah sont accompagnés de Marie, violoniste prodige de la Sérénissime, et de Simon, l'aide de camp du duc de Lorraine. Ils prennent leurs quartiers à Amsterdam où Azlan officie auprès de maître Ruysch, le grand anatomiste, qui garde secrète sa formule d'embaumement donnant l'aspect de la vie aux trépassés.
La ville, plateforme marchande de l'Europe, vit encore de la prospérité de l'âge d'or, dont le déclin commence à poindre.
Azlan se lie d'amitié avec Pierre Dunot, un mathématicien français venu étudier la Bourse d'Amsterdam, une des premières institutions de ce type au monde. Sous l'apparence de liberté qu'Amsterdam offre à tous les exilés provenant d'Europe, se dessinent des coulisses faites de secrets, d'ombres et de luttes de pouvoir, qui seront autant d'obstacles sur le chemin menant au Codex.
Seule la Belle de Haarlem saura les guider jusqu'au traité tant convoité.
Éric Marchal est né en 1963 et vit à Vittel. Son premier roman, Influenza, paru en deux tomes (Les Ombres du ciel, 2009 ; Les Lumières de Géhenne, 2010), a reçu le prix Carrefour Savoirs 2009. Il est également l'auteur des livres Le Soleil sous la soie(2011), La Part de l'aube (2013), Là où rêvent les étoiles (2016), Les Heures indociles(2018) et Villa Imago (2019). Tous ses ouvrages ont paru aux Éditions Anne Carrière.
Lire Éric Marchal, c’est toujours accepter d’embarquer dans une fresque ample, où l’Histoire se mêle à l’intime et au secret. Avec La Belle de Haarlem, j’ai eu cette impression d’ouvrir une porte sur une époque dont je savais peu de choses : Amsterdam au début du XVIIIᵉ siècle, cité vibrante, carrefour marchand et intellectuel, à la fois vitrine de tolérance et creuset de contradictions.
J’ai retrouvé Azlan et Sarah comme des compagnons de route. J’avais encore en mémoire leur fuite de Venise, leurs blessures, leur soif de vérité. Ici, l’air est différent : plus froid, plus commercial, plus scientifique aussi. Azlan, auprès du maître Ruysch, plonge dans les mystères de l’anatomie et de l’embaumement ; Sarah cherche, questionne, s’accroche à l’idée que derrière la quête du Codex se cache quelque chose de plus grand, peut-être de plus dangereux.
Ce qui m’a touché dans ce tome, ce n’est pas seulement l’érudition — pourtant impressionnante — de Marchal. C’est la manière dont il fait résonner la quête des personnages avec des préoccupations très humaines : la fidélité, le doute, la peur de se perdre en chemin. Chacun avance un peu seul, chacun garde ses zones d’ombre, et parfois je me suis sentie moi aussi écartelée entre leurs trajectoires parallèles. Cette dispersion a ralenti ma lecture par moments, mais elle reflète aussi la vie : on ne marche pas toujours au même rythme que ceux qu’on aime.
Amsterdam, dans ce roman, devient presque un personnage. Ses canaux, ses salons marchands, ses ruelles sont à la fois refuge et piège. J’ai aimé cette ambivalence, cette impression que la ville protège tout en étouffant, éclaire tout en dissimulant. La « Belle de Haarlem », figure mystérieuse, cristallise ce double regard : beauté, énigme, miroir.
Bien sûr, il y a eu des instants où je me suis perdue, où les détours m’ont semblé ralentir la grande histoire. Mais paradoxalement, ces respirations donnent au récit un rythme particulier, plus proche de la vie vécue que de la mécanique d’un thriller.
Au final, ce deuxième tome m’a laissée avec une impression douce-amère : la certitude d’avoir voyagé, appris, vibré… mais aussi la sensation qu’il faut continuer, qu’il me manque encore un morceau du puzzle. Et c’est peut-être là que réside la force de Eric Marchal : nous donner envie de poursuivre, de chercher, comme ses personnages, jusqu’au bout du chemin.