Presque 10 ans se sont écoulés depuis la première édition de ce livre. Entre-temps, une révolution s’est produite, avec les mouvements #MeToo, puis #MeTooInceste, qui ont libéré et légitimé la parole des victimes de violences sexuelles. Ces mouvements, associés à nos combats acharnés, ont permis une prise de conscience inédite de l’ampleur et de la gravité des violences sexuelles que subissent principalement les femmes et les personnes les plus vulnérables, et ce dès leur plus jeune âge. Pourtant, les chiffres des violences sexuelles ne baissent pas, l’impunité s’aggrave, et la plupart des victimes de violences sexuelles restent toujours abandonnées, privées de protection, de soins spécifiques, de justice et de réparations. Le déni, la loi du silence et la culture du viol continuent de régner. Or, si on souhaite que le monde soit enfin plus solidaire et plus juste pour les victimes de ces graves violations des droits humains, que la vérité sur ces crimes et délits sexuels ne soit plus niée, la prise en compte du psychotraumatisme est un préalable. Reconnaître le psychotraumatisme comme la conséquence logique et universelle des violences est une priorité absolue. Informer le grand public et former tous les professionnels sur ses mécanismes (la sidération, la dissociation, la mémoire traumatique), sur ses lourdes répercussions sur la santé et la vie des victimes, et sur les soins efficaces à leur donner, permettra de leur éviter des pertes de chances considérables, et de leur rendre justice. C’est le combat que je mène avec le D r Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, et ce que ce livre s’emploie à faire.
2.5 arrondi à 3 pour l'importance d'un tel livre. Livre important donc, mais imparfait sous 3 aspects majeurs pour moi: - premièrement, j'ai l'impression que c'est le livre le plus répétitif que j'ai jamais lu de ma vie, et c'est pas peu dire. - deuxièmement, l'autrice a un ton, je ne dirais pas moralisateur nécessairement, mais... jsp, qui ne refute pas clairement certains points d'apprentissage sociaux qui peuvent être associés à certains des comportements des victimes. Pour être plus clair, j'ai par exemple trouvé problématique le ton donné au cas d'une jeune femme dans la vingtaine qui "se maquille à outrance et s'habille vulgairement" comme stratégie de dissociation. La limite n'est pas clair entre ce que l'autrice et ce que la victime dit: que cette dernière se représente les choses comme ça, cela étant the point de ce comportement, d'accord, mais que le livre ne prenne pas de distance avec de jugement de valeur construit socialement et discriminant m'a dérangé. J'ai trouvé que l'autrice tombe dans le même écueil à chaque fois qu'elle parle de travail du sexe (qu'elle se refuse à nommer ainsi), et rejette la parole des TdS qui luttent pour la reconnaissance de leurs activités comme de travails et pour la protection qui viendrait avec, en la ramenant à une identification avec l'agresseur (sans parler de l'argument douteux qu'elles seraient rares). - enfin, je trouve que l'explication du traumatisme et de la dissociation/l'anesthésie émotionnelle est utilisée pour tout expliquer, vraiment absolument tout expliquer. Quand bien même j'adhère à l'idée que l'humain n'est pas par essence violent, que le violence n'est pas un fait inévitable de la vie humaine, que la violence crée de la violence, je pense qu'il est un peu trop totalitaire de n'envisager que cette explication. Il existe tout un spectre de situations de violences casual qui crée les conditions nécessaires à l'existence et la tolérance de telles violences traumatisantes et traumatiques. Et tout agresseur n'agresse pas forcément par dissociation ou pour dissocier.