Graeber est celui qui se rapproche le plus, pour moi, d'un maître à penser. Je ne me suis pas encore remis de son décès, survenu beaucoup trop tôt, l'an passé.
Il était donc certain que j'allais me procurer son livre posthume. "L'anarchie, pour ainsi dire" a un format étrange. À mi-chemin entre une conversation entre collègues et une entrevue académique.
Le côté informel est satisfaisant parce qu'il permet d'entendre Graeber s'exprimer naturellement sur des sujets qui sont en périphérie de ses champs de recherche habituels. On le voit formuler en direct sa pensée, parfois avec maladresse, pour répondre à des questions spontanées.
Mais c'est aussi frustrant, parce que cela nous fait réaliser toutes ces recherches qu'il ne pourra jamais mener à terme, ces lectures dont sa mort nous prive, ces intuitions dont on ne verra jamais l'aboutissement.
Bref, un bon bouquin, un bel hommage. Mais si vous n'êtes pas déjà un inconditionnel de Graeber, ne commencez pas ici.