Dans le bon vieux temps, les arbitres de la Ligue nationale de hockey "géraient" leurs matches en s'arrangeant pour donner à peu près le même nombre de punitions aux deux équipes, peu importe ce qui se passait sur la glace. Ils disaient que c'était pour éviter d'influencer le résultat du match. Évidemment, le résultat était tout le contraire: en égalisant les punitions, ils servaient un traitement de faveur à l'équipe qui trichait le plus. Plus un club était vicieux, plus il bénéficiait d'un arbitrage objectivement (et injustement) favorable en n'étant pas sanctionné plus que son adversaire.
Aujourd'hui, c'est le commentaire politique centriste qui adopte les mêmes tactiques, avec les mêmes résultats. La tendance vient des États-Unis, où elle est bien pire qu'ici (parce que tout est toujours bien pire aux États-Unis qu'ici.) Mais ici comme ailleurs, la faille dans le raisonnement est la même: pour que l'on soit en mesure d'inviter les extrêmes de la gauche et de la droite à se calmer et à se rapprocher du centre, au bénéfice du bien commun, il faut postuler que les extrêmes de la gauche et de la droite sont aussi fautifs l'un que l'autre. Ce qui n'a pas de sens. Entre une poignée de wokes un peu gossants aux yeux des confortables qui préféreraient ne pas savoir sur quoi leur confort est bâti et une horde d'anti-choix/anti-science/anti-tout armés jusqu'aux dents, il n'y a pas photo.
Donc, pour égaliser les punitions, il faut dénaturer la réalité. Amplifier les défauts de la gauche (des wokes identitaires! on ne peut plus rien dire! c'est graaaave!) et minimiser ceux de la droite (l'occupation d'Ottawa n'était pas du tout fasciste! c'est la gauche qui a commencé à se radicaliser en premier!) Et tant qu'à y être, on fait comme si les droitistes avaient raison de prétendre que tous les médias sont de gauche, même s'ils appartiennent à PostMedia, Quebecor ou Irving. "Faut les comprendre", nous dit-on. Et donc, au nom de la modération, on incite tout doucement le discours politique à glisser toujours plus à droite. Aux États-Unis, ça a donné Trump, DeSantis, des livres bannis des bibliothèques, des lois qui forcent des filles de dix ans à accoucher des enfants de leurs violeurs... et une droite qui, malgré tous les compromis, n'en finit plus de se radicaliser davantage.
Deux étoiles pour l'objectif, louable en soit, de modérer le discours ambiant. Mais pas plus, parce que l'argument est bâti sur du sable.