De sa fenêtre, Salim regarde la mer, le mouvement des vagues, et enfin il se sent vivre. Ici, à Alger, le soleil brille mais le quotidien est gris. Pas de boulot. Pas de perspective ni d’espoir. Il n’y a que des mauvaises cigarettes, des mauvaises bières et des mauvaises nuits. C’est la désillusion, et Salim ne veut pas être un désillusionnaire de plus. Il va partir, prendre la mer et rejoindre l’Europe, pour y libérer son énergie et réaliser son envie d’avenir. Mais comment faire ?
Avec Brûleurs, Neïla Romeyssa signe un premier roman intense, coup de poing, furieusement poétique.
Neïla Romeyssa a vingt-quatre ans et a déjà plusieurs vies derrière elle. Elle est créatrice du média Commun Exil, où elle recueille des témoignages de personnes exilées, et du podcast « Algéroisement vôtre » qui raconte son enfance à Alger.
Le regard tourné vers la mer, Salim scrute l'horizon…
🌊Salim, c'est tous ces jeunes en mal de vivre, que la société rejette comme la mer rejette des amas d'algues sur la plage. Et comme ces algues qui jonchent le sable, ces jeunes se transforment en pollution, sinon olfactive, du moins visuelle. Écueils d'une société qui se voile la face, ils errent dans les rues et endorment leurs peines à renfort d'alcool et de drogue.
🌊Comme le chant des sirènes attire les marins, le bruit des vagues charme Salim. Jour après jour, les yeux posés sur la mer, le clapotis des ondes lui chante une douce mélodie : clap-clap ! clap-clap ! clap-clap ! Déjà mort avant même d'avoir vécu, il succombe alors à l'appel de la mer, dans l'espoir de pouvoir renaître dans un monde meilleur. Après des semaines d'attente, teintée de désespoir, durant lesquelles il se découvre capable du pire, c'est à bord d'un bateau de fortune que Salim réalise que les passeurs ne sont rien de plus que des esbroufeurs qui vendent des chimères pour du rêve. Cet eldorad[eau] qu'ils lui ont fait miroiter n'est que misère.
🌊Stigmatisé dans son propre pays, il l'est aussi, si ce n'est plus, dans cette contrée qui lui ouvre les portes pour finalement l'enfermer. Jadis loup de mer qui voyageait sur les flots de ses songes, aujourd'hui rien d'autre qu'un loup derrière les barreaux d'une fenêtre d'où il ne peut même pas admirer la soie bleue qui drapait ses songes, Salim devient le spectre de lui-même, sans même l'espoir d'être un revenant, car lorsque l'on a vécu l'atrocité, il n'y a plus de retour possible. Au pays de Don Quichotte, Salim n'a plus la force de se battre contre les moulins à vent. Au loin, la ville des lumières devient alors ténèbres. Finalement, peu importe où se trouve la fenêtre par laquelle on scrute l'horizon, l'autre côté de la mer nous semble toujours meilleur… et le mal du pays, le manque de ses proches, finit par l'immerger.
Dans ce premier roman, à la fois poétique et percutant, Neïla Romeyssa donne la voix à tous ces migrants qu'elle a rencontrés : fidèle dépositaire de ces témoignages poignants, elle s'efface devant le personnage, qui s'adresse à elle… ainsi qu'à nous. Ce qui d'ailleurs me fait quelque peu culpabiliser, car je n'ai pas senti de réelle empathie envers le protagoniste : il m'a manqué ce je-ne-sais-quoi qui m'aurait fait « voyager » à ses côtés ; je n'ai emprunté qu'un radeau et fait la traversée loin derrière lui.
Voici-là un roman touchant. Du moins, pour une personne qui comprend les douleurs et les remises en question que provoque l'exil.
Salim, le narrateur, est un algerois, un jeune homme lambda issu d'un quartier populaire et qui, chaque jour que dieu fait, est un supplice de plus dans cette prison à ciel ouvert. Il ne se sent pas vivre à Alger, il se sent vide, presque inexistant. Alors, il joue sa dernière carte, celle du départ, de la harga.
Brûleurs, un premier roman puissant au langage pourtant si fluide... Pas de mots complexes, pas d'envolées lyriques : que du vrai, du brut et surtout, de l'émotion et de l'humanisme. Depuis que j'ai bu les mots de Neila Romeyssa, je suggère à quiconque me demande une recommandation livre : de lire Brûleurs.
La jeune autrice a 24 ans, c'est son premier roman. Elle est officiellement la benjamine des mes auteurs préférés. Je relirai Brûleurs dans quelques mois. Et j'espère avoir la chance de découvrir une prochaine histoire...
Un récit touchant sur la réalité des harragas (migrants clandestins prenant la mer depuis les pays du Maghreb), qui m'a beaucoup rappelé "Certaines n'avaient jamais vu la mer" de Julie Otsuka
Un de mes amis a travailler longtemps sur un bateau de croisière. Pour touristes, rien à voir avec la flouka du livre. Je me souviens qu'un jour on a rencontré quelqu'un qui avait aussi travaillé sur un bateau. Il m'avait dit "tu vois, on a pas travaillé sur le même bateau et pourtant, on a connu la même vie."
Je pense que pour les brûleurs, c'est un peu pareil, quel que soit leur culture, ils ont connus le même désespoir, la même détresse, le même combat.
En revanche, je dois avouer que le ton familier n'était pas du tout pour moi, même si c'était parfaitement justifié et bien réalisé. Du coup je préfère ne pas le noter, je ne suis pas le bon public pour ce livre qui, j'en suis certaine, plaira à beaucoup.
Récit simpliste et peu touchant, sur un sujet qui comporte pourtant une forte charge émotionnelle. Du mal à rentrer dedans... La profondeur des personnages est inexistante, feinte pour le narrateur. Les passages faisant référence à la musique sont appréciables, mais au-delà de ça je suis extrêmement déçue. 1/5