" Odile et moi, petites filles, courons dans le maquis qui entoure sa maison, elle habite à l'époque dans cette même grande villa à Cavalaire. Nous disparaissons des heures à la recherche d'un semblant de grotte planquée derrière un buisson de lentisque, une lampe torche à la main, et c'est là, pour la première fois, que nous inventons ce jeu qui nous tiendra en haleine jusqu'à la fin de notre adolescence – le petit copain et la petite copine. Au début, ces explorations n'interviennent que dans notre caverne ; l'obscurité et la fraîcheur nous préservent de ce que nous sommes en train de faire plus que du regard possible des autres. C'est une bulle dans laquelle nous nous fondons des heures entières, avant de ressortir comme si rien ne s'était passé, comme si nous venions de faire une partie de ballon, et nous n'en reparlons jamais, jusqu'à la fois d'après. "
La romancière Emma Becker (La Maison, 2019, Flammarion, prix des étudiants France Culture-Télérama etL'Inconduite, 2022, Albin Michel) nous livre avecOdile l'étéun récit initiatique aussi immoral qu'électrisant sur le thème du rapport de force et de la domination.
Dirigée par Vanessa Springora, la collection " Fauteuse de trouble " articule intimité et émancipation, érotisme et féminisme, corps et révolte, sexuel et textuel.
Le début de mes lectures estivales commence mal. Attiré par le titre et la renommée récente de l’autrice, j’ai lu mon premier Emma Becker. Ce livre a pour thème l’éducation sexuelle de deux jeunes filles, Odile et la narratrice. Et c’est à peu près tout. Après un apprentissage du sexe via des relations saphiques dans leur tendre jeunesse, on découvre leurs diverses relations hétérosexuelles a posteriori. Elles réalisent de nombreux fantasmes et il faut reconnaître que certains sont malaisants. Lire le récit de deux jeunes femmes mineures séduisant des hommes ayant le double de leurs âges est assez problématique en 2024. On ne peut s’empêcher de penser que l’accueil du livre aurait été différent s’il avait été écrit par un homme. A part ça, il ne se passe rien, c’est de la littérature érotique et les personnages n’existent que par le plaisir ou leur désir, c’est tout. Heureusement, c’est court. Bref, pour une première lecture d’été pendant un vide grenier dominical, assis derrière mon stand et entouré de personnes âgées, ce fut une expérience littéraire singulière.
Je ne peux pas mettre 5 ma mère est dans les parages. Ahah Mais en vrai ça m'a plus passionnée que prévu (Sinon, c'est vraiment enlevé, j'ai souvent ri. Je pense qu'on peut dire que c'est décomplexé juste ce qu'il faut, c'est à dire totalement. Et intéressant avec ça, ça fait pas mal réfléchir. J'ai beaucoup aimé le récit à travers le temps, très bien mené et la dernière partie, malicieuse au possible. )
Après ma découverte il y a quelques jours, dans la même collection, du titre La chair est triste hélas d'Ovidie, j'enchaîne directement sur ce titre de la sulfureuse Emma Becker. L'autrice avait en effet fait parler d'elle il y a quelques années (deux ou trois ?) pour son roman autofictionnel La maison, où elle narrait son expérience en tant que prostituée dans une maison de passes (légale) en Allemagne, durant deux ans.
Une personnalité singulière donc, dont les positionnements féministes sont peut-être moins tranchés que ceux d'Ovidie, mais que j'avais tout de même envie de découvrir. Odile l'été brouille à nouveau les frontières entre la réalité et la fiction, si bien qu'on ne sait pas réellement sur quel pied danser quant à l'identité de la narratrice. Cette dernière raconte ici la façon dont Odile, une camarade d'enfance puis d'adolescence qu'elle a ensuite perdue de vue de manière plus ou moins volontaire, a été le moteur de son éveil au fantasme et à la sexualité. Poursuivant ensuite des relations plutôt hétérosexuelles, elle s'interroge sur ce qui forge nos rêveries et nos désirs, en tant que femme, envers les hommes. Qu'est-ce qui exactement, dans l'enfance puis dans l'adolescence, nous fait nous diriger vers cette norme hétérosexuelle d'instinct alors que le plaisir n'est pas restreint à cette seule catégorie ?
J'ai été d'office surprise par le langage foncièrement cru de l'autrice et par la multiplicité des scènes de sexe. Il n'y a à mon sens ici rien d'excitant ou de plaisant, bien au contraire. Emma Becker livre une analyse très froide d'un personnage — la narratrice — en quête de la jouissance et du plaisir à tout prix, qui va finalement comprendre que ce n'est pas tant l'acte en lui-même qui fait le plaisir que le fantasme et l'idée de soi-même. Ainsi, certaines observations sont particulièrement fines, par exemple le sentiment trouble qui entoure la pénétration masculine, à la fois Graal dans l'idée et pratique souvent insatisfaisante dans les faits. Ces 224 pages sont extrêmement ambivalentes, elles sentent à la fois le sexe triste en surconsommation et en même temps la joie du pouvoir des souvenirs et des fantasmes pour se réapproprier son plaisir pleinement. J'ai eu la sensation que l'autrice elle-même ne savait pas réellement que penser en définitive de ce parcours d'enfant puis d'adolescente, avec son regard d'adulte a posteriori, lui aussi empli de nouvelles normes sur ce qu'il convient de faire ou non à tel ou tel âge. Je ne connais pas le reste de son œuvre, mais je parierais que cela est du même acabit et qu'écrire, finalement, lui permet de réfléchir à son propre parcours et ce qu'il dit d'elle.
Somme toute, ce fût une lecture particulièrement étrange, un peu inachevée aussi (les deux derniers chapitres ne m'ont pas convaincu alors qu'ils auraient pu être une sorte d'apothéose), mais qui m'a beaucoup questionnée sur nos constructions et nos déconstructions quand il s'agit de nos corps et de notre plaisir, ainsi que notre recul sur nos propres envies au fil des années. Encore une fois, la collection Fauteuse de trouble, qui cherche à nous faire cogiter via le regard d'autrices, remplit son objectif haut-la-main.
Attention, qu'on ne se méprenne pas - le regard des hommes sur moi, c'est le chef-d'œuvre de ma vie. Je n'ai jamais rien voulu d'autre, et maintenant que je m'en fous, forcément, l'existence me paraît bien vide. Mon indifférence ne durera pas, je connais mes cycles, disons que je les connais mieux qu'à l'époque ; quand j'écris, les hommes me perturbent. C'est loin d'eux que je les aime le mieux.
«La resta és com un teló que s’abaixa i es torna a obrir a l’ascensor, on l’Odile troba una manera elegant i complicada de dir-me que molt bé, quan l’he llepat. Acalo els ulls i dic estúpidament “Ah, gràcies”, perquè en realitat ha sigut llepant-la que he experimentat més coses, com ara la sensació inquietant de trobar-me del tot com a casa en companyia d’un clítoris, amb polles donant voltes per allà com agutzils».
«El que en pensa, no és “folla’m” el que caldria dir, en alguna banda ell ja se l’ha follat, se li ha follat el cervell, i a partir d’aquí el cos li quedarà impracticable, hauria de dir “toca’m”, trencar aquesta contemplació que és una forma de violència».
«Tothom folla com parla un llenguatge, amb el seu accent, les seves especificitats, les seves irregularitats, els seus falsos amics, i que no és tan sorprenent, en el fons, que al principi la gent tingui la sensació que no follem bé junts. Potser ens deixem perdre amants meravellosos perquè al començament costa entendre’s, l’altre fa uns gestos i diu paraules que ens són desconeguts, i necessites temps per acostumar-te a una llengua que has sentit mai».
Ok — c’était très érotique, j’aurais du m’en douter mais se laisser surprendre est aussi intéressant.
Cette amitié exploratoire c’est quelque chose et c’est extrêmement bien transmis. Je crois que c’était tout de même trop d’un coup, j’aurais du fractionner la lecture
Une histoire lesbienne racontée par une femme pas lesbienne pour faire bander les hommes that’s it + je pense que les scènes de sexe explicites entre des enfants étaient vraiment pas nécessaire à minima et extrêmement problématiques 👍
Je remercie #NetGalleyFrance et les �ditions Julliard pour m'avoir permis de d�couvrir #Odilel�t�.Mue par une �trange intuition n�e d'un r�ve, la narratrice retrouve son amie d'enfance, Odile, perdue de vue depuis une dizaine d'ann�es. Lorsqu'elles se retrouvent, elle se rem�morent leurs exp�rimentations sexuelles communes. Odile raconte ensuite les exp�riences sexuelles qu'elle a v�cues depuis. Les sc�nes plus ou moins �rotiques s'encha�nent, du fantasme r�alis� aux envies inavouables, tout y passe, ou presque... Et c'est finalement ce "presque" qui m'a sembl� le plus int�ressant.Je n'avais jamais lu de livre �rotique, et lorsque Olivia De Lamberterie en a fait la chronique, je me suis dit "pourquoi pas essayer". Effectivement, le style de ce titre-l� est plut�t litt�raire. C'est bien �crit, immersif sans �tre trop intrusif. Les longues phrases s'encha�nent dans des chapitres tant�t furtifs tant�t tr�s longs, tous ponctu�s de plus ou moins d'�rotisme et de sexualit�.J'avoue avoir pens� "�a baise � tout va quand m�me !" et j'en ai �t� un peu lass�e vers la fin (un peu fade). Mais l'ouvrage est suffisamment court pour rester attractif et ne pas abandonner Odile et la narratrice.#Odilel�t� #NetGalleyFrance
Je remercie #NetGalleyFrance et les éditions Julliard pour m'avoir permis de découvrir #Odilelété.
Mue par une étrange intuition née d'un rêve, la narratrice retrouve son amie d'enfance, Odile, perdue de vue depuis une dizaine d'années. Lorsqu'elles se retrouvent, elle se remémorent leurs expérimentations sexuelles communes. Odile raconte ensuite les expériences sexuelles qu'elle a vécues depuis. Les scènes plus ou moins érotiques s'enchaînent, du fantasme réalisé aux envies inavouables, tout y passe, ou presque... Et c'est finalement ce "presque" qui m'a semblé le plus intéressant.
Je n'avais jamais lu de livre érotique, et lorsque Olivia De Lamberterie en a fait la chronique, je me suis dit "pourquoi pas essayer". Effectivement, le style de ce titre-là est plutôt littéraire. C'est bien écrit, immersif sans être trop intrusif. Les longues phrases s'enchaînent dans des chapitres tantôt furtifs tantôt très longs, tous ponctués de plus ou moins d'érotisme et de sexualité. J'avoue avoir pensé "ça baise à tout va quand même !" et j'en ai été un peu lassée vers la fin (un peu fade). Mais l'ouvrage est suffisamment court pour rester attractif et ne pas abandonner Odile et la narratrice.
C’est peu dire que l’érotisme féminin est généralement plus riche et diversifié que celui des auteurs masculins. Certes, on y trouve nombre de grosses bouses tant l’exercice est compliqué, mais de vraies pépites s’y retrouvent sous la plume de Anne Archet, Zoé Vintimille ou Belinda Cannone… pour ne citer qu’elles dans des registres très différents.
Dans cette collection "Fauteuse de trouble", Julliard invite des autrices à jouer avec un érotisme féministe et émancipé. Et cette première lecture est une réussite.
Deux copines d’enfance qui se sont perdues de vue depuis plus de dix ans partagent leur souvenirs. De leurs premiers émois ensemble à leurs fantasmes de femmes en passant par leurs expériences (très) diverses.
Ce livre, que ce soit un roman ou une autobiographie, peu importe, nous transporte dans un univers que nous, les hommes, avons parfois du mal à comprendre : l'âme féminine. Il flirte avec l'érotisme et la sensualité, frôlant par moments la frontière de la pornographie, mais ce qui le distingue, c'est le talent et le style qui le sous-tendent. Talent et style se mêlent ici pour former une œuvre magistrale, signée par une maîtresse de la plume.
C'est une réussite, un moment de lecture exquis qui nous incite à explorer davantage l'œuvre de cette jeune auteure prometteuse. Emma nous offre une fenêtre fascinante sur les complexités de la psyché féminine, et sa capacité à exprimer ces nuances avec grâce et éloquence mérite d'être saluée. Une expérience littéraire à ne pas manquer, ouvrant la voie à une exploration plus approfondie de son travail à venir.
Désir, passion et fantasmes, voilà sur quoi portent les quelque deux cents pages de ce roman. L'écriture est enivrante, on se laisse entraîner par les lubies sexuelles des deux personnages principales. Au fil du récit, les deux femmes relatent diverses expériences sexuelles dans une atmosphère tendue par le désir. Un roman intéressant qui remet en question les attirances, les besoins et ce qui les comble.
J'ai beaucoup aimé ce récit, roman d'apprentissage de deux jeunes filles qui se retrouvent 20 ans après et se remémorent les débuts de leur sexualité. L'histoire lesbienne qui se déroule en fond apporte une densité supplémentaire au roman qui s'interroge sur le regard des hommes sur les femmes mais aussi des femmes sur les femmes. Les scènes de sexe sont nombreuses et parfois très surprenantes. On aime ou pas.
On sent qu’elles s’aiment, se détestent, se désirent et se révoltent en même temps. Ça finit avec une envie de plan à 8 raté, ça m’a pris du temps embarquer mais j’étais profondément investie à la fin, c’était cochon et vulgaire et un peu triste de voir comment fonctionne le désir des femmes dans ce monde d’hommes, mais très divertissant, raconté avec minutie.
This entire review has been hidden because of spoilers.
Peut-être est-ce parce que ce roman est moins étonnant que les précédents qu'on peut tout de même applaudir l'auteure qui a su si bien discerner l'essentiel en quelque pages. Que fera t-elle du prochain livre ?
C'est mon 2ieme Emma Becker. Après la bonne critique de olivia de Lamberterie et de mon libraire je me suis laissée tenter par Odile..avec une très belle plume Emma B écrit un récit initiatique, parfois drôle, souvent immoral, avec pour thème le rapport de force et la domination.
No s’acaba d’entendre la relació entre les protagonistes, relacions mal creades super falocentristes que només parlen de sexe… 150 pàgines que aparentment son de lectura ràpida pero que es fan interminables.
Si j'avais pu mettre 4.5 étoiles je l'aurais fait ! J'ai dévoré ce livre en trois ou quatre fois et je réitère à propos des romans d'Emma Becker : les pages se tournent vraiment toute seule.
Ce livre quoique moins riche que La Maison en terme de réflexions et de contenu (il est à peu près moitié moins long aussi..) est tout aussi agréable à parcourir grâce à ces descriptions dont l'autrice à le secret, qui nous plongeront cette fois-ci dans la chaude et odorante atmosphère de l'été provençal.
À travers ce récit qui dépeint une histoire de désir entre deux jeunes amies découvrant la sexualité à l'âge où elle n'est encore qu'un jeu, nous nous interrogeons sur la naissance de ces fantasmes qui, après avoir subi diverses influences au cours de notre vie, régissent nos attirances à l'âge adulte.
Sous réserve d'en avoir conscience, de les identifier, avons-nous seulement une quelconque emprise sur notre désir et les fantasmes qui en sont la source ?
il y a des bonnes réflexions, le livre est intéressant et questionne des tabous j’aurais aimé plus de dvp au niveau de l’histoire malheureusement, elle tourne un peu en rond