Dans la foulée du Cauchemar de don Quichotte et de La Liberté dans le coma, Matthieu Amiech poursuit l'exploration des ravages de la numérisation sur les sociétés humaines. Internet et les réseaux sociaux sont ainsi le terreau du phénomène complotiste. Mais celui-ci a également pour carburant le nihilisme des oligarchies, qui assument de plus en plus l'appauvrissement des populations et la destruction de la vie sur terre, pour maintenir le système économique en place. Dans une ambiance de fin du monde, le complotisme ne peut que proliférer. Ce livre choisit d'affronter les questions qu'il soulève – tantôt absurdes, tantôt légitimes –, en les réinscrivant dans une perspective politique.
L’auteur prétend défendre une thèse a priori intéressante : « le complotisme est nécessaire aux mouvements contestataires ». Cependant, l’auteur tente de justifier ses propres idées complotistes à travers ses positions politiques et ses positions politiques à travers ses idées complotistes. Dès le premier chapitre, il confond complotisme et esprit critique en amalgamant les méfiances saines issues de la population et leurs positions les plus farfelues comme étant du complotisme.
Dans le second chapitre, l’auteur revient sur des complots ayant réellement existé : Projet Manhattan, industrie du plomb, amiante. Il prétend qu’il faut « se confronter au “noyau de vérité” de la paranoïa antisystème pour pouvoir en dénoncer de manière juste les aberrations. »
Il explique ensuite comment l’avancement des technologies mène à la création d’une plus grande inégalité sociale, ce dont les dirigeants seraient parfaitement au courant. Il pointe les contradictions de ces derniers qui prétendent d’une part réduire le chômage en augmentant la création d’emploi, tout en investissant dans les technologies qui tendent à réduire le nombre d’emplois disponibles. Il pointe notamment en première ligne les contradictions de la transition écologique. Ainsi, il évoque des faits que n’importe qui peut trouver en deux minutes en regardant notamment les vidéos des influenceurs qu’il accusait quelques pages plus tôt de jouer le jeu des dirigeants en « propageant leurs mensonges ».
Dans le chapitre 4, il montre comment les technologies peuvent asservir la population. L’identité électronique permet de surveiller nos activités, Facebook et Google sont des entreprises de surveillance et les téléphones (à travers la géolocalisation) sont des auxiliaires de la police. Il explique que le développement technologique est d’abord industriel, mais historiquement politique. Le développement technologique est né de la création d’un besoin ; capitalisme et usage répressif des technologies se répondent pour aider à propager les nouvelles technologies. Ces dernières ont provoqué la perte de nos libertés depuis déjà plus de 25 ans en ayant envahi toutes les sphères de la société, dont la finance et le travail en premier lieu. En résumé, les géants technologiques auraient acquis un pouvoir qui surpasse celui des états. « L’accès au monde est en cours de privatisation ». Enfin, dans le 5ème chapitre, il évoque l’idée qu’il n’y a pas de complot, mais seulement une volonté de poursuivre à tout prix le développement industriel. Le capitalisme aurait dépossédé la population mondiale de ce qu’ils produisent et réduit leurs libertés et leur autonomie matérielle. Il idéalise une vie passée où les hommes produisaient leur propre nourriture, pratiquaient l’automédication et confectionnaient leurs objets du quotidien. Cette perte d’autonomie, dont le fer de lance serait les écrans et les réseaux sociaux, serait organisée par les technocrates. Et il prétend que le complotisme naîtrait du constat des contradictions entre les actes des dirigeants, nourri du climat apocalyptique de notre époque.
Ainsi, l’auteur conclut que seuls 3 points inatteignables permettraient de récupérer de l’autonomie au sein du peuple : la désintoxication numérique, l’invention d’un nouvel imaginaire de subsistance et la prise de distance avec les réflexes patriotes.
En résumé, l’auteur critique l’état actuel du monde et dépeint un avenir ne présentant que peu d’espoir. Tout en réalisant un détour inutile par le sujet brulant du complotisme, il jette un pavé dans la marre, à grand coup d’arguments d’autorité. Personne ne l’avait attendu pour critiquer l’état du monde et le rôle des technologies dans celui-ci. La preuve, des solutions concrètes dont il ne parle pas existent pourtant. Des initiatives citoyennes visent déjà à ralentir notre rythme de vie et récupérer du contrôle et de l’autonomie sur notre quotidien (p. ex., les circuits courts, les coopératives, les bibliothèques d’objets, les jardins partagés…) Au lieu de conseiller ce livre au contenu éculé, je conseillerais plutôt de prendre le temps de s’intéresser à ces solutions concrètes.