La plongée d’une idéaliste dans les guerres coréano-japonaises du XVIe siècle. Objectif : survivre au rythme
des tambours de guerre et des coups de poker.
1597, les troupes du Japonais Toyotomi Hideyoshi accostent pour la deuxième fois sur les côtes du royaume de Joseon, l’actuelle Corée. Le cliquetis de leurs armures se répand dans la péninsule sous le regard désabusé des fantômes et de la nature resplendissante. Mais, dans l’air salé de cette fin d’été, une étonnante jeune fille venue d’un autre
temps émerge des eaux. Fille du XXIe siècle, elle pénètre dans ce monde du passé où tout lui est étranger. C’est ainsi que débute cette fiction historique qui immerge ses lecteurs dans une période méconnue de l’histoire asiatique. Les guerres d’Imjin, aussi appelé Bunroku et Keicho au Japon, ont signé le destin funeste
de trois États qui connurent de profondes altérations à mesure que leurs cicatrices, jamais totalement soignées, se creusaient. Sans en être la cause principale, ce conflit participa à la chute de la dynastie chinoise des Ming et au renfermement progressif du pays du Soleil levant. Pour la Corée, les invasions restent un profond traumatisme que la colonisation
japonaise du XXe n’a fait que renforcer. Pourtant, l’histoire d’une guerre ne se résume pas qu’à la relation néfaste de l’envahisseur et du conquis. Elle cristallise aussi les réalités sociales d’un État. Et ce roman historique porte à coeur de raconter la violence
des conflits de l’épée comme de la plume. À travers ces pages, l’histoire introduit les incidences sur les castes sociales du royaume de Joseon et du Japon féodal. Il chuchote l’héritage de la guerre civile de la période
Sengoku et les conséquences des purges de lettrés aux XVe et XVIe siècles. Mais c’est surtout à travers la figure d’Ha-neul, l’incarnation de la modernité coréenne, que se joue une rencontre sensible. Descendante
de Coréens déportés au Kazakhstan, l’héroïne hérite d’un métissage qui l’enferme toujours, aux regards de ses compatriotes, dans le stigmate des métèques. Grandissant dans une Corée du Sud assoiffée d’ouverture et de grandeur, Haneul porte sur le monde un regard sans haine. Ses idéaux pacifistes rencontrent alors de plein fouet la violence d’un conflit qui la dépasse. Et son altérité n’échappe ni à la méfiance ni à la rancoeur de ses aïeuls.
Violent, le récit s’adoucit cependant au contact du surnaturel. Les esprits et les fantômes, volontairement cocasses et décalés, font glisser l’histoire vers un ton plus léger et enfantin. La nature, elle aussi, porte un regard surpris sur cette humanité brisée rappelant combien vaine est l’agitation des mortels.
Hélène Casado signe son premier roman, aboutissement de longues années d’immersion dans l’histoire et les cultures est-asiatiques Elle s’est longtemps consacrée à des journaux en ligne, initiant
pour KoreaOwls les « Portraits d’histoire » puis les « Portraits de diaspora » pour Inside Corea. Autodidacte, l’auteure s’essaye cependant aux rigoureux efforts
d’une recherche historiographique rigoureuse, essentielle pour donner chair et authenticité à sa fiction historique.
Nous avons très peu d’ouvrages de fiction historique se déroulant en Corée écrit par des auteurs francophones. En fait, avant celui-ci je ne connaissais que la duologie Sous les sabots des dieux de Céline Chevet pour laquelle j’ai eu une gros coup de cœur.
J’avais donc des attentes très élevées, peut-être trop. Les 60 premières pages sont particulièrement difficiles - je n’accrochais pas au style d’écriture ni à Ha-neul. J’avais l’impression d’être dans la tête d’une protagoniste de 16 ans et non pas d’une étudiante de 22 ans (elle se trouve dans une situation particulièrement alarmante et pourtant elle rougit en pensant aux corps de combattants de désireux par exemple…) J’ai failli abandonner, encore plus après qu’elle ait fait la rencontre des Japonais et que Konishi Yukinaga l’ait prise sous son aile. Elle se retrouve kidnappée par des inconnus bizarres dont elle comprend très mal les mots, sans aucune nouvelles de ses proches et aucune idée de ce qui se passe et de ce qui va lui arriver, et sa réaction c’est d’être excitée à l’idée de monter sur un bateau militaire et d’être émerveillée par ce qu’elle voit…
/!\ ATTENTION JE VAIS SPOILER UN PEU /!\ Je ne comprends pas que Konishi Yukinaga ne l’ait pas tuée après qu’elle lui ait dit que l’invasion serait un échec. A la limite qu’il la garde en vie et exige qu’elle lui raconte tout ce qu’elle « sait » en détail… mais il ne demande rien du tout et la fait intégrer l’armée. Elle est useless au combat, visiblement attachée aux Coréens donc à l’ennemi, et possède potentiellement des informations extrêmement précieuses qui seraient perdues à jamais si elle mourrait sur les champs de bataille.
/!\ FIN DU SPOIL VOUS POUVEZ CONTINUER À LIRE /!\ Heureusement la suite s’améliore vraiment. L’écriture fait plus adulte et mature, on est vraiment plongés dans les événements historiques et on vit les horreurs qui se sont réellement passées. J’ai une licence de coréen donc j’ai quand même de solides connaissances en histoire de la Corée, et non seulement on sent que l’autrice a été très minutieuse et précise dans ses recherches, mais j’ai également appris des choses que j’ignorais ! Elle a fait un excellent travail, on a même droit aux schémas des formations militaires, à une carte, un lexique détaillé et une biographie des personnages ayant réellement existé.
Par contre je n’ai toujours pas accroché à Ha-neul. Je n’arrive pas à la comprendre. Parfois elle pense des choses absurdes et naïves, parfois elle pense des choses réalistes et profondes. Parfois elle agit, parfois non. Heureusement qu’il y a d’autres personnages plus intéressants qui arrivent à garder notre attention ! Et je regrette la manière dont le livre se termine. Je ne dis pas qu’un cliffhanger aurait été mieux, mais là, ça s’arrête sur un moment plat, qu’on oublie à peine la page tournée. Ça ne donne pas forcément envie de surveiller la sortie de la suite.
Malgré tout, chapeau à l’autrice dont on ne peut qu’admirer le travail. C’est un très bon livre pour en apprendre davantage sur Joseon et même sur la Corée en générale (la diaspora Koryo saram, la tragédie du Sewol…). Il me semble que c’est un premier roman, et même si l’écriture ne m’a pas toujours emballée, il y a plusieurs très beaux passages qui nous donnent un aperçu d’un talent pour l’écriture qui va très certainement se dévoiler et se préciser avec la pratique. C’est très encourageant et je pense que les prochains tomes seront au-dessus !
Un roman que j'ai eu du mal à situer en termes d'édition. Young adult ou pas ? Même après l'avoir fini, je ne suis toujours pas fixé.
Après, c'est pas très important, donc on y va !
Le récit se passe, du moins au début, en Corée du Sud, au XXIe siècle. L'héroïne du roman, Ha-Neul est une étudiante en japonais khazako-coréenne, qui aspire à un rapprochement entre son pays d'origine, la Corée du Sud et le Japon (une tâche ardue s'il en est, vu le passif entre les deux peuples).
Et donc, mini-spoil parce que ça arrive tôt dans le récit, Ha-Neul va se retrouver (magiquement pour ce qu'on en sait à la fin du tome 1) transposée plusieurs siècles en arrière, au XVIe siècle, au moment où les Japonais tentent d'envahir la péninsule coréenne pour la deuxième fois.
Recueillie par un seigneur japonais et chrétien, qui la prend pour une européenne (à moins qu'elle ne soit un kami ?), elle accompagne donc l'invasion déguisée en arquebusier de l'armée.
Et on va pas se mentir, c'est pas la fête pour les Coréens, puisque le Shogun Toyotomi Hideyoshi a été clair : il faut massacrer la population locale. Une récompense est d'ailleurs promise aux soldats et samouraïs : pour chaque nez coupé rapporté au Japon, une somme d'argent sera versée. Charmant.
On a donc droit à des scènes de massacres, de mutilations, de pillages et de viols assez glaçantes, mais heureusement mise en scène sans que ce soit complaisant ou traité de manière anecdotique.
Et bien sûr, notre héroïne sert à matérialiser notre point de vue contemporain sur ce conflit ancien et la barbarie qui s'y déchaîne (même si bon, j'ai aucun doute que c'est pas beaucoup mieux aujourd'hui, la guerre). Elle cherche à limiter les exactions de l'armée, profitant du léger ascendant qu'elle a sur le seigneur qui l'a recueilli et certains de ses samouraïs.
Et heureusement, le roman n'est pas constitué que de batailles et d'atrocités. Les civils ont également une grande place dans le récit (au moins ceux qui se font pas trucider), et le récit réserve son lot de passages plus contemplatifs / poétiques et humains aussi (et ça fait du bien). On passe pas mal de temps à découvrir en filigrane la société féodale du Royaume de Joseon (royaume qui tiendra jusqu'en 1897) et ses différentes composantes.
Il y a en outre toute une composante magique (à laquelle Ha-Neul semble liée) au récit, avec l'omniprésence des fantômes et des dieux de la mort venant récupérer les âmes (nombreuses) des défunts. Plus décalés et amusants, ces esprits permettent d'alléger le récit et de le dédramatiser en apportant une touche d'humour elle aussi bienvenue.
Le résultat final est très convainquant, et laisse présager une suite intéressante. Outre le cadre historique fort dépaysant, le roman recèle quelques belles qualités littéraires, et j'espère avoir le temps de lire ce cycle d'Imjin
Mlle Alice, pouvez-vous nous raconter votre rencontre avec Notre Pays ? "Ce livre m'a été proposé par l'Atelier du Cahier, maison d'édition spécialisée dans la littérature coréenne et ça ne vous surprendra pas d'apprendre que j'ai eu du mal à dire non bien sûr."
Dites-nous en un peu plus sur son histoire... "Après avoir fait une chute et s'être cognée la tête, Ha-Neul se réveille en 1597, au beau milieu de l'invasion de la Corée par les japonais..."
Mais que s'est-il exactement passé entre vous ? "J'avais un peu peur de me lancer dans cette série parce que je parcours souvent les avis des autres lecteurs et pour ce roman, ils étaient plutôt mitigés. Maintenant que je l'ai terminé, je peux dire que je les trouve finalement assez sévères. Alors oui, ce n'est pas parfait. Mes peurs se sont même concrétisées dans les premières pages. Pour moi, il y a un vrai problème de style, c'est surtravaillé sans que ça n'apporte rien et lorsque le naturel revient au galop, ça tranche un peu trop. Ce qui est d'autant plus dommage qu'à mon avis, ce qui semble être la plume naturelle de l'autrice, simple et directe, colle mieux à l'histoire. Il y a quelques scènes aussi qui m'ont fait lever les yeux au ciel mais malgré tout, ça se lit vraiment facilement et surtout, l'intrigue rattrape pour moi ces bémols. C'est un pan de l'Histoire passionnant et on sent qu'Hélène Casado maîtrise son sujet à 1000%. Peut-être que mon obsession pour la Corée du Sud me pousse à l'indulgence mais j'ai trop aimé plonger au coeur de ces évènements pour lui en tenir rigueur. Toute l'histoire est imprégnée de culture coréenne et j'ai adoré suivre l'esprit attaché à l'héroïne et les jeoseung saja qui apportent enfin la touche d'humour tant attendue, j'aurais même voulu que la partie surnaturelle soit plus développée."
Et comment cela s'est-il fini ? "L'essentiel pour moi reste que j'ai très envie de lire la suite et de retrouver Ha-Neul, en espérant qu'elle continuera à évoluer et, peut-être, que l'autrice nous offre un peu plus de profondeur psychologique."