Petit texte d’Orwell amusant, plaidoyer pour un anglais épuré des formes latines, des complexités artificielles pour paraître intellectuel, des expressions étrangères (Weltanschauung, Gleichschaltung,…), des expressions journalistiques éculées, des voies inutilement passives.
Trois difficultés apparaissent dans cette version :
1. La traduction française ne rend pas compte à mon avis des subtilités anglaises de ce livre, le Français étant plus emberlificoté par nature, cet appel à la simplicité est plus difficile (même si un Albert Camus pourrait mettre tout le monde d’accord)
2. Une certaine culpabilité d’être atteint du mal dépeint par Orwell quand on écrit et qu’on s’appuie sur des béquilles toutes faites pour s’exprimer
3. Une interrogation sur la légitimité du propos d’Orwell, en constatant la distance qui nous sépare de 1946 quand le commentaire fut écrit dans une revue anglais : est ce qu’il n’est pas intemporel (et donc inopérant) de dénoncer un relâchement de la langue écrite ? Est ce que l’histoire n’a pas donné tort à Orwell et son combat n’a-t-il pas été perdu au profit des journalistes, des intellectuels sociologues, des politiques enfumeurs de tout bord ?
En outre, certaines phrases trouvent de curieuses résonances avec notre époque et les interrogations au sujet du AI slip, cette bouillie grammaticale que produit l’IA et dont nous nous contentons trop souvent.