Ces vies qu'on planque derrière les statistiques Il était une fois douze histoires vraies. Mohamed s'est fait construire un palais au pays pour ses vieux jours, Renée a connu sept plans sociaux, Jean-Luc a bataillé pour faire reconnaître comme maladie professionnelle le cancer qui a fini par l'emporter, Brigitte a trimé jusqu'à la fin à la caisse du supermarché... Tous sont morts avant l'âge de la retraite. Derrière ces vies écourtées, il y a des rêves et des amours, des existences cabossées, des corps qui s'abîment et le vide pour ceux qui restent. Douze reportages inédits signés par Grégoire Biseau, Romain Boulho, Pierre Carrey, Sofia Fischer, Alice Géraud, Ramsès Kefi, Rachid Laïreche, Mathieu Palain, Julia Pascual, Marie Piquemal, Charlotte Rotman et Haydée Sabéran.
Quand j'ai choisi de lire ce livre, je savais que ce serait difficile. Je savais aussi que mon choix n'était pas innocent : en moins de 2 ans, j'avais perdu ma belle-mère à 61 ans, et mon oncle à 60. Ce que j'ignorais : que j'allais également perdre mon père, 3 mois après son frère jumeau. Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, juste illustrer à ma manière ce que cet essai montre bien : les ouvrier.e.s, les artisan.e.s, les précaires et tant d'autres meurent avant même d'atteindre l'horizon tant attendu de la retraite.
Une vie de labeur, de difficultés, de maladie, de "on profitera à la retraite". Et puis, non. Chaque chapitre est écrit par une personne différente et relate la vie de ces personnes, anonymes, silencieuses, qui se sont éteintes en grande partie à cause du travail. Qu'il s'agisse d'un accident, d'une maladie professionnelle ou d'épuisement, iels ont tout donné à leur emploi. Et pour avoir quoi en retour ?
Si vous le pouvez, profitez de votre vie un maximum tant que vous êtes en bonne santé. C'est affreusement cliché de dire ça, mais on ne sait pas de quoi demain sera fait. Je me console en me disant que mon père a certes beaucoup travaillé, mais qu'il a aussi voyagé, aimé, été un parent, un grand-parent. Mais franchement, on aurait bien signé pour quelques décennies de plus.
A quoi bon repousser l'âge de la retraite puisqu'on sait qu'une partie des travailleurs n'y arrivera pas ? Que beaucoup seront cassé.e.s, en invalidité, au RSA ou au chômage ? Bref, je pourrais continuer à rager pendant des lignes et des lignes, alors je vais m'arrêter là et conclure avec cette phrase de la postface : "Si le peuple est trahi par ses élus, en dernier ressort il doit encore nommer, raconter, décrire."
Published during the (ultimately failed) struggle against the 2023 retirement counter-reform by the Macron government, this book contains 12 stories of lives cut too short, before the people could reach the age of retirement. It is a stark reminder that one should enjoy life while they can, and that the longer we have to work, the less chance we - especially the less financially secure ones - will be able to enjoy our lives after work, and during retirement.
It makes one angry at the injustice of life, at the bourgeoisie cutting lives short for profit, and at the system that enables it. And pushes one to demand a lower retirement age, without conditions.