J'ai passé sept ans avec les migrants et les passeurs dans le Nord de la France Il y a huit ans, j'ai découvert une ville de tôles baptisée " la Jungle de Calais ". Les migrants étaient pour moi un sujet de reportage comme un autre. Mais j'ai été happé par leur obstination, leur errance et leur créativité pour surmonter chaque obstacle sur la route de l'exil vers l'Angleterre. Ce livre raconte sept années parmi eux. J'ai connu l'époque des clandestins passant par l'Eurotunnel, cachés dans les trains ou dans les camions. J'ai vécu le grand incendie de la Jungle, côtoyé les bénévoles, observé les trafics, les manipulations, les trahisons, et entendu tant de mensonges. J'ai vu naître et grandir le juteux business des traversées par la mer. Les tentatives désespérées en kayak ou en pédalo, l'apparition des mafias, des armes et de passeurs redoutablement organisés. Les migrants m'appelaient Joulian, Jiloun ou John. J'étais ce Faransia qui entrait dans leur intimité et dont ils ne savaient rien. Afin de leur rendre ce qu'ils m'offraient, j'ai eu besoin d'embarquer avec eux sur un canot pneumatique pour traverser la Manche. Cette histoire, c'est leur vie, la mienne, un univers fou, à deux heures d'autoroute de Paris.
Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre en ouvrant ce livre, et je l'ai finalement lu avec beaucoup d'émotion.
Ce n'est pas un roman dont on retient particulièrement le style, mais les personnes que l'on rencontre au fil des pages. À Calais, si près de l'Angleterre et pourtant si loin de la vie à laquelle ils aspirent, des migrants survivent dans des conditions que j'ai parfois eu du mal à imaginer. J'ai été frappé par cette attente interminable, par cet espoir qui persiste malgré le froid, la faim, les échecs et les dangers.
Ce qui m'a le plus révolté, c'est le business qui s'est créé autour de leur détresse. Des passeurs gagnent de l'argent sur le dos de personnes désespérées, prêtes à monter sur des embarcations de fortune au péril de leur vie.
Ce livre ne cherche pas à convaincre ou à prendre parti. Il montre simplement une réalité humaine que l'on aperçoit souvent dans les journaux sans vraiment la regarder. J'ai refermé ce livre avec beaucoup de tristesse pour ceux qui n'atteindront jamais l'autre rive, mais aussi avec davantage de compréhension pour ceux qui continuent malgré tout à espérer.