Le destin du plus ancien bidonville de Casablanca alors que les autorités au pouvoir veulent déplacer, recaser disent-ils, ses habitants à des kilomètres du centre-ville. L'avenir d'un couple amoureux, celui d'un jeune architecte et de sa femme historienne alors que les enjeux politiques de cette affaire viennent les opposer profondément, détruire leurs convictions face à la pieuvre de l'urbanisme, la violence de la mondialisation, l'attrait du carriérisme. Et plus encore la représentation du masculin initiée par la famille dans les pays du sud.
Ce roman, qui se déroule à Casablanca, tente d'aborder des thèmes sociaux et politiques ambitieux tels que la pauvreté urbaine, les mouvements de protestation et les tensions familiales. Malheureusement, l'exécution laisse à désirer sur plusieurs aspects.
Le style d'écriture est particulièrement problématique. Le texte est dense et souvent difficile à suivre, avec des phrases interminables et des dialogues enchevêtrés qui alourdissent considérablement la lecture. Cette approche nuit à la fluidité narrative et empêche le lecteur de s'immerger pleinement dans l'histoire.
Les personnages, notamment Chérif, May et Malika, manquent de profondeur et de cohérence. Leurs motivations restent obscures, et leurs relations semblent artificielles. Le récit saute d'un sujet à l'autre sans transition fluide, créant une sensation de désordre qui frustre plus qu'elle n'intrigue.
Bien que le roman traite de sujets importants, leur exploration manque de nuance et d'originalité. Les longues tirades des personnages, censées aborder ces enjeux, finissent par ressembler à des discours peu naturels qui brisent le rythme du récit.
En fin de compte, il est difficile de s'attacher aux personnages ou de se sentir véritablement impliqué dans leurs luttes. Le potentiel des thèmes abordés est malheureusement gâché par une écriture laborieuse et un manque de finesse dans le développement des personnages et de l'intrigue.
Ce roman est cadencé par les semaines de grossesse de la narratrice, 36 semaines de féminisme où elle parle à sa petite fille qu’elle porte dans son ventre. Une narratrice professeur d’histoire se transformant en anthropologue pour écrire un livre sur le bidonville (Karyane dans le texte) et ses habitant censés être délogés par un promoteur profitant du système avec l’aide du mari de la narratrice qui en est l’architecte. Cela se termine très mal bien entendu avec leur séparation après accouchement et la préparation du lancement du projet de relogement des bidonvilleois à la périphérie de la ville.
Ça rappelle Shantaram de Gregory David Roberts et l’obsession voire la guerre de 2 promoteurs pour acheter le bidonville Sagar wada, Abdel Qader Khan dit Khaderbhai et Walid khan et sa transformation en quartier moderne rapportant beaucoup d’argent au promoteur. 3,5 ⭐️
C’est un très beau livre vraiment. Quelle grande surprise de découvrir des passages d’Ainsi parlait Zarathoustra qui est mon livre préféré. L’histoire de May est liée à l’histoire de Casablanca et c’est beau vraiment très beau
Finesse dans la vision de la société marocaine, subtilité dans la construction des personnages.
J’ai personnellement pas accroché du tout sur le style d’écriture (phrases beaucoup beaucoup trop longues!) et sur le côté parfois « téléphoné » de certaines composantes de l’intrigue.
Dans ce roman,Yasmine Chami représente le Casablanca contemporain dans sa beauté et sa cruauté. Bien qu'issue de la ville et connaissant les codes de celle-ci, la narratrice, May, peine à trouver sa place après son retour de Paris. Lorsque son mari se voit offrir un projet de relogement d’un bidonville, May s’intéresse à la vie des habitants du karyane et aux enjeux de leur déplacement.
Chami dessine le combat des Casablancais avec la ville et ses paradoxes. Nous aimons tous Casa, mais avons de la difficulté à apprécier sa beauté sans ignorer ses défauts et sa cruauté. Contrairement aux autres villes, Casa dévoile toutes ses facettes. À travers les rencontres de May dans le karyane, celle-ci, jusqu’ici ignorante de l’autre côté de Casa, fait face aux visages de ceux que la ville piétine pour faire vivre certains.
Tous et chacun avons connu un Casablanca différent, mais vivons dans la même ville.
La ville devient presque un personnage du roman.
Malgré la narration dense et souvent difficile à suivre, Chami fait un excellent travail dans la représentation de la ville et de ceux qui la font exister de la sorte. Casa est une ville cruelle où il faut constamment se battre pour y survivre. Elle impose ses règles, ses codes et sa hiérarchie. Certains savent comment y naviguer, d’autres sont constamment menacés d’en être expulsés. Ceux qui ont le moins sont aussi ceux qui ont le moins de pouvoir sur la manière dont la ville évolue.
Carla s'adressant à May: « Ta ville, May chérie, est une ogresse, elle avale ses enfants, des habitants de la colline à ceux du bidonville, elle impose ses lois, et pour être un homme, Chérif doit réussir selon les termes de Casablanca, pas selon les siens ou les vôtres. »
Lahcène s'adressant à May: « Moi je dis que c'est le diable qui veut nous déloger. Et le diable, crois-mois, c'est l'argent, la vie des pauvres ne vaut rien, moins qu'un centre commercial ou un immeuble. »
Rachid s'adressant à May: « [...] le karyane, c'est bien plus que ce que tu vois. C'est une force, c'est un lieu pelin de la force de ceux à qui on fait croire qu'ils ne sont rien parce qu'ils n'ont rien.»
« Nos lois punissent les enfants illégitimes quand les pères refusent de les reconnaître. Non seulement, la loi fait porter l'entièreté de la responsabilité de la naissance à la mère, mais elle soustrait les pères à toutes responsabilité. Même un test génétique à aucun devoir vis-à-vis de l'enfant. Ce sont des lois insupportables, qui protègent avant tout l'institution du mariage et le patriarcat. »
« Je m'aperçois que la foi dans les miracles soutient la vie de tous à Casablanca, c'est étonnant, à Paris les miracles n'étaient pas attendus, c'est sans doute ce qui sépare fondamentalement les deux villes. Casablanca est portée par l'espérance, non pas tant dans les lois, ou la justice, ou les droits, la grande majorité des Casablancais n'y comptent pas, mais face à la prédation, à l'injustice, quand les forces sont si évidemment inégales, il y a la probabilité du miracle, une sorte de justice latérale, venue d'un autre monde, qui transforme les situations en faveur de celui qui est démuni et dépouillé de ce qui le fait vivre. »
« Ces positions revendiquées dans l'intimité mais aussi dans leur cercle d'amis proches, eux-mêmes français ou venus de pays appartenant aux deux rives de la Méditerranée, avaient masqué ce qui les séparer dans leur ville natale, leurs identités d'homme et de femme en premier lieu, mais aussi avant leur rencontre et leur vie ensemble. »
« La ville évolue en écrasant les siens, toujours les mêmes ceux qui tiennent à un fil. »
« Nous sommes pris dans de telles contradictions, nous qui revenons changés après nos études en Europe, pleins d'aspirations à la justice sociale, à l'égalité, face à notre société dont les solidarités invisibles soutiennent les plus grandes vulnérabilités, organisent d'autres logiques, d'autres repré-sentations.»
« Partout le corps des femmes jeunes est vulnérable, et dans le moment même où elles s'ouvrent à l'amour, au désir, elles affrontent le risque de la violence des hommes. »
Yasmine Chami nous plonge dans le Casablanca contemporain, empêtré dans sa sempiternelle transformation. On y suit la désagrégation d’un couple, lui, architecte œuvrant pour un projet de recasement des bidonvillois du Karyane El Bahriyine, elle, sociologue, enceinte de leur deuxième enfant, va à la rencontre de ces mémoires précaires, sur le point d’être englouties par la folle course à la modernité de la ville blanche. L’autrice décortique finement les paradoxes de la société casablancaise, et dresse un portrait très pertinent des castes marocaines à travers une cartographie méticuleuse de la ville des contrastes. Je me suis plongée dans cette lecture, qui résonne en moi en tant que casablancaise, amoureuse de cette ville que je ne cesse de redécouvrir, malgré ses travers et ses aspérités.
This is one of the most “tells instead of shows” novels I maybe have ever read. The social and interpersonal dynamics Chami is trying to depict , she just explains in long repetitive exposition. A simple liberal-hand-wringing-over-gentrification plot, almost no actual ekphrasis about Casablanca itself, the reason I came to read this book in the first place
Partout le corps des femmes est vulnérable, et dans le même moment où elles s’ouvrent à l’amour, au désir, elles affrontent le risque de la violence des hommes.
[ ] le sacrifice des femmes soutient notre société, [ ] les milliers de sacrifices invisibles qui permettent aux hommes d’être ce qu’ils sont.
En moins de 200 pages l'autrice nous raconte la societe marocaine avec une grande finesse autour d'une histoire emouvante. L'histoire s'inscrit dans un contexte social, historique et sociologique extremement bien decrit. Style fluide et agreable a lire. Une recommendation absolue!