"Le 17 janvier. Tempête, pas de consultation. Ai lu pendant mes heures d'abstinence un manuel de psychiatrie, il m'a produit une impression terrifiante. Je suis fichu, plus d'espoir. J'ai peur du moindre bruit, je hais tout le monde quand je suis en phase d'abstinence. Les gens me font peur. En phase d'euphorie, je les aime tous, mais je préfère la solitude." Le journal halluciné d'une descente aux enfers, dans les affres du manque, aux limites de la folie, par l'auteur du Maître et Marguerite.
Courte nouvelle qui nous traîne de force dans la chute d’un médecin de campagne atteint d’un mal qu’il tente d’atténuer avec de la morphine. Piqué par l’Addiction, sa réelle compagne, il se mettra à dos sa collègue, ses confrères et sa réputation.
Avec quelques recherches, meme si ce récit n’a rien d’autobiographique, ca reflète un pan de vie de Boulgakov qui a été médecin militaire durant quelques années.
une brique tah la recherche du temps perdu (80p) sur un médecin qui a la brillante idée de remplacer son amour pour son ex-femme pour celui de la morphine je reco ✌️(la nouvelle, pas son choix)
« Les bons esprits l'ont relevé de longue date, le bonheur est comme la santé: lorsqu'il est là, on ne le remarque pas. Mais que passent les années, il vous revient en mémoire, et de quelle façon ! »
« Le morphinomane a un bonheur dont personne ne peut le priver : la capacité de mener sa vie dans une solitude totale. »
« Je pensais que des femmes comme cette Anna n’existaient que dans les romans. Si un jour je me rétablis, j’unirai pour toujours mon sort au sien. »
« Les bons esprits l'ont relevé de longue date, le bonheur est comme la santé: lorsqu'il est là, on ne le remarque pas. Mais que passent les années, il vous revient en mémoire, et de quelle façon ! »
Très courte nouvelle (83p), suivant le destin tragique du docteur Poliakov dans son addiction à la morphine. L’intrigue est suffisamment courte pour que je me passe de la raconter ici.
Néanmoins, j’ai trouvé le livre d’une étonnante richesse au vu de sa taille (d’où sa note). En effet, le livre traite donc du thème de l’addiction et de l’effet des drogues. Le récit aborde la drogue comme un exutoire à une situation d’origine pesante (le fait que sa femme l’a trompé), perçu au départ comme un simple produit relaxant, les doses augmentent petit à petit empiètent d’une part sur ses relations humaines avec l’infirmière qui lui donne à contre coeur ses doses, puis son environnement professionnel puisque les tremblements l’empêche d’opérer correctement. Ce point permet de passer aux effets de la drogue sur le corps puisqu’il voit son enveloppe corporel se désagréger petit à petit, perte de poids, de teint, d’énergie etc… la drogue à aussi pour effet de le convaincre qu’il ne peut vivre sans car le sevrage est trop difficile et qu’elle le rend courageux « aucune fusillade ne me fait peur ! ». Finalement, il se persuade de devoir arrêter et va chercher de l’aide, mais n’est ce pas déjà trop tard ?
La nouvelle est tellement courte qu’il faut la lire, c’est important, d’autant qu’elle est transposable à la plupart des drogues. La traduction et de bonne qualité et la forme du récit qui prend l’apparence d’un journal est assez efficace.
« A l'aube du 14 février 1918, dans une petite ville éloignée, j'ai lu ces notes de Sergueï Poliakov. Elles figurent ici intégra-lement, sans modification d'aucune sorte. Je ne suis pas psychiatre et ne puis dire avec certitude si elles sont édifiantes, utiles. Je les crois utiles. À présent que dix années ont passé, la pitié et l'effroi suscités par ces notations ont pris fin, bien sûr. C'est naturel, mais à relire ce journal, maintenant que la dépouille de Poliakov est décomposée depuis longtemps et que son souvenir a totalement disparu, j'y attache encore de l'intérêt. Peut-être est-il utile ? Je prends sur moi de répondre par l'affirmative. »
Relecture ici pour moi, j'ai pu lire cette histoire en sachant l'apprécier différemment. La morphine ? Boulgakov en a été dépendant pendant une année avant de pouvoir décrocher ( chose que j'ignorais ) pendant ma première lecture. À travers cette histoire on voit à quel point une addiction quelconque peut détruire une personne et son entourage. Malgré toute la censure de son époque Mikhaïl Boulgakov n'a pas renoncé à écrire et a libéré sa pensée quitte à ne jamais les voir publier de son vivant. Il fait réellement partie des grands auteurs russes de son époque
“Le bonheur, c'est comme la santé: quand on l'a, on ne le remarque pas; du reste, il y à beau temps que les gens d'esprit l'ont dit. Mais voilà, les années passent et vient un jour où l'on s'en souvient ! Oh oui, comme on s'en souvient !”
“Le diable en bouteille. La cocaïne, c'est le diable en bouteille.”