Dans la majorité des sociétés connues, la sexualité apparaît comme un échange asymétrique et non réciproque entre hommes et femmes, une compensation masculine pour une prestation féminine, un paiement qui peut revêtir les formes les plus variées en échange d'une sexualité transformée en service. Comment se fait-il que les hommes, même plongés dans les situations les plus misérables, peuvent se payer le service sexuel d'une femme - alors que non seulement les femmes n'ont pas, sauf exception, cette possibilité mais de plus n'ont même pas droit à leur propre sexualité ?
Ouvrage de référence en putologie à mon sens, je le relirai sans aucun doute pour mieux en absorber les observations et les conclusions. La discussion sur la définition du champ d'étude de la prostitution est éminemment intéressante. L'approche anthropologique de paradigme féministe est solidement étayée d'exemples variés : ethnologie classique et contemporaine, terrains africains, asiatiques, européens et américains...
Difficile après cette lecture d'accepter les arguments classiques des militantes abolitionnistes. Je recommanderai cette l'écrire à tous celles qui prétendent savoir de quoi elles parlent- on ne peut être indifférent aux travaux de Tabet et aux références qu'elle cite !
Qu'est-ce que la prostitution? Selon l'idée généralement admise c'est une activité qui consiste à faire payer l'usage de son corps en vue d'un acte sexuel. Mais cette définition est-elle la seule qui ait existé dans l'histoire et dans les différentes sociétés humaines? L'aspect monétaire ne se trouve-t-il vraiment que dans le cadre précis de la prostitution? Et pourquoi seuls les hommes semblent être les clients tandis que les femmes offrent la sexualité? Paola Tabet tente, dans ce livre, de comprendre le fonctionnement des échanges entre hommes et femmes en vue d'un accès à la sexualité.
« Les lignes de fracture dans ce continuum ne passent donc pas entre les femmes qui vendent des services sexuels et celles qui n’en vendent pas, mais entre des formes différentes d’échanges économico-sexuel. […] Les fractures apparaissent alors soit en rapport avec des différences qu’établissent les femmes elles-mêmes, avec leurs propres choix, entre les diverses formes de relations économico-sexuelles, soit en rapport avec les réactions des diverses instances de pouvoir face à ces choix. C’est là que nous retrouvons l’élément de la transgression. »