Il y a trois ans, je lisais Éric Plamondon pour la première fois. Son roman Taqawan était un petit trésor d’originalité.
Premier lauréat du Prix des Chroniqueurs de Toulouse Polars du Sud, ce petit roman a depuis fait son chemin, bientôt suivi par Oyana.
Oyana est un roman plus banal, plus plat mais a rencontré un public fidèle.
L’auteur revient en ce début d’année avec un recueil de trois nouvelles : Aller aux fraises.
Nous avons là trois tranches de vie, toutes les trois liées à la fin de l’adolescence et à la place du père.
Dans la première, nous avons à nouveau dix-sept ans. C’est la fin des années lycée, dans quelques mois ça sera l’université et le groupe d’amis va essaimer aux quatre coins du pays après quelques dernières « bêtises de jeunesse ». Il faudra quitter la maison sans savoir qu’on n’y reviendra jamais vraiment. C’est la fin de l’enfance, la fin d’une vie, le moment où on quitte ses parents et le début d’une autre. Le tout avec une atmosphère très « américaine ».
La seconde nous incruste au sein d’un groupe d’amis, une histoire racontée au narrateur par son père, un père qui semble très présent, dont la parole ou les histoires ressemblent à des écrits sacrés. C’est une histoire d’amour et d’amitié depuis l’enfance jusqu’au moment où on réalise que la vie est différente, souvent injuste.
La troisième raconte l’adolescence d’un enfant dont les parents sont séparés, un gamin qui découvre un beau-père, un nouvel endroit, et se fait de nouveaux amis. C’est l’acquisition de la maturité, de la tolérance que n’ont pas forcément tous les ados.
L’auteur en profite pour glisser plusieurs évènements de l’histoire du Québec, les problèmes sociaux, économiques comme les revendications et manifestations des miniers de l’amiante, pour ne donner qu’un exemple.
Quand l’auteur parle de son Québec, il en redevient touchant. C’est ce qui m’avait cruellement déçue avec Oyana. Ici, j’ai retrouvé l’auteur de Taqawan, son accent québécois qu’il sait reprendre quand il le veut et le gommer aussi vite. Je retrouve l’auteur qui m’avait séduite avec son écriture. Aller aux fraises a un goût de réconciliation pour moi et j’en suis ravie.