Un essai accessible et documenté pour repenser la place des corps noirs féminins dans la mode... et agir.
Christelle Bakima Poundza a passé plus de la moitié de sa vie à examiner les défilés et à collectionner les magazines de mode. Des heures de podiums et des centaines de kilos de papier glacé plus tard, le constat est sans appel : elle n'est que rarement vue dans les images produites par la mode française... sans que cela ne diminue son envie de faire partie de ce monde qu'on dit si fermé.
Dans cet essai, écrit à la première personne, Christelle utlise le cas des mannequins noires sur les podiums parisiens comme miroir grossissant de la condition féminine noire en France. Elle réfléchit ainsi à sa position de jeune femme noire française dans l'industrie de la mode, et questionne par le prisme de la race, du genre et de la classe les rapports de domination qui la traversent.
Son texte nous invite à célébrer les corps noirs féminins qui font et ont fait la mode, tout en mettant en évidence les choix politiques qui devront être faits pour que les plus marginalisés puissent s'inscrire durablement dans le paysage. Pour qu'enfin, nous puissions faire société.
formidable essai hyper riche, détaillé, c'est vraiment l'équivalent littéraire d'avoir une conversation passionnante avec quelqu'un qui te raconte le centre d'intérêt qui l'anime depuis vingt ans en te donnant une foison de détails et un point de vue expert hyper personnel que tu n'aurais rencontré nulle part ailleurs. j'y connais pas grand-chose en mode, et j'ai tout compris et tout m'a plu et ça m'a dessillé le regard à plein d'endroits. c'est hyper malin et fin sur ce que la mode a à apporter et ce qu'elle a de beau, en même temps très lucide sur genre l'aberration écologique, sociale, économique, politique que ça peut être, et ééééévidemment on est avant tout là pour parler de racisme dans la mode, et l'autrice le fait avec énormément de précision, d'incisivité, de nuance, de détails, bref je lui suis vraiment reconnaissante d'avoir partagé ce texte avec nous et j'adore, j'adore les essais comme ça, d'autant plus riches et nourrissants que partant d'un sujet très précis, auquel ils connectent tout un ensemble de problématiques sociales plus larges. ça change d'essais qui se veulent universels et n'arrivent qu'à nous livrer des définitions Wikipédia et des considérations pseudo incarnées et vibrantes sur l'amour les gens le genre et la charge mentale
je souhaiterais simplement que Hachette mette un peu de ses énormes thunes dans la correction de ses livres, notamment des ouvrages aussi brillants que celui-ci, car ça me semble une marque d'immense manque de respect de leur part que de laisser paraître un tel livre avec autant de coquilles ! ce n'est pas du fait de l'autrice et ça ne gêne pas la lecture, mais juste je tiens à le dire parce qu'autant quand tu es une toute petite maison indé je conçois et je peux admettre qu'il reste des dingueries même si en vrai ça me crispe mais c'est OK j'ai juste des problèmes, mais alors HACHETTe bref je vais me refaire un thé. désolée je voulais pas autant en parler de base mais quand on en est au stade où il manque des espaces après des virgules... si je parle et je parlerai et j'ai parlé
Quel meilleur point de départ que celui du mannequinat pour parler de l’instrumentalisation du corps des femmes noires ?
Je dois avouer que parfois je me suis perdue dans l’énumération des noms de toutes les mannequins du fait de mon manque de culture mode, mais, par ce choix, l’autrice redonne de l’humanité, le nom, de ces corps qu’on a exposé et vendu.
Elle part du mannequinat mais étend la problématique à la place qu’à la femme noire dans toute la société. Le découpage des chapitres et la sincérité de l’autrice - au sens où elle ne prend pas 10000 pincettes pour dire les choses - permettent d’aborder plein le thème : l’hypocrisie des blancs, des événements mode historiques et trop méconnu (!), la présence (l’absence) de représentation, notamment des femmes queers, elle pousse plus loin certaines réflexions, notamment de la couverture vogue de Aya, l’européennisation des femmes noires, la loi du silence, la capitalisation des corps, le vocabulaire employé par les mannequins. Bref, un essai très large et très complet, super intéressant!
Sans compter combien cet essai est documenté et sourcé +++
J’ai trop aimé et appris tellement de choses intéressantes vraiment un trop bon essai féministe et anti raciste. L’écriture est accessible (et écrite à l’inclusive!) et l’autrice explique super bien son propos. Elle met en lumière plein de trucs sur le mannequinat, le milieu de la mode, son histoire, et le rôle négatif comme positif que peut jouer la mode dans la construction de l’identité ici particulièrement des femmes noires tout en montrant les imaginaires projetés sur elles. Et ça démontre super bien comment le racisme et autres discriminations infusées dans le milieu s’applique en reflet de la société dans laquelle on vit. Elle fait ça en liant leçons sur la misogynoir et sur le racisme à la française et d’où il vient et l’impact qu’il a et a eu dans la mode. Elle parle de comment l’un peut influer sur l’autre, retrace le parcours de celles qui ont réussi à « arracher leur place » au fil des années, et elle trouve moyen de parler de tellement de thématiques différentes de façon condensée sans perdre une miette de l’essentiel j’ai pas d’autre mots plus adéquats à poser sur ça que oui: trop intéressant et intelligent.
J’ai vraiment adoré combien tout était bien documenté avec des annotations pour tous les termes employés qui accompagne lae lecteur.ice au fil de la lecture et c’est super bien pensé au niveau de la structure et de comment sont répartis les chapitres et témoignages. Je me suis pas du tout ennuyé.e et moi qui ai parfois du mal avec les essais j’ai trouvé celui là tellement fluide à lire. C’était plein de réflexions mega pertinentes, et rarement j’ai vu un livre autant donner de place aux femmes noires et la complexité et nuance de leurs vécus et ça fait du bien à lire et ça devrait pas être aussi rare d’avoir l’opportunité de voir des livres comme ça d’autrices noires exister. On sent aussi à travers tout le livre que l’autrice est super passionnée par son sujet c’est rempli d’affection pour ce que la mode signifie pour elle et pour les femmes dont elle parle c’est très communicatif.
Ca m’a permis de remettre en perspective plein de trucs et m’a fait découvrir des anecdotes, des personnes, des pans de l’histoire et des œuvres dont j’avais jamais entendu parler et je remercie sincèrement ce livre pour ça. Je peux pas dire plus sur ce qui m’a plu sur le contenu du livre sans paraphraser l’autrice juste vraiment que je le recommande +++ car vraiment super important à lire c’était pour moi une belle expérience de lecture dont je ressors avec plus de perspective sur le monde dans lequel on vit. Je regrette juste de ne pas en avoir entendu parler avant. (Mais j’imagine que le fait que je le découvre que maintenant va de pair avec ce que l’autrice dénonce aussi sur le manque de visibilité des personnes noires)
Autre chose que j’ai envie de complimenter c’est l’esthétique du livre qui est vraiment trop belle, autant la police choisie, que le formatage du texte, que les couleurs et le choix du papier c’est une trop bonne idée dans le contexte du sujet de la mode de faire de ce livre un si bel objet (même si qui dit papier de qualité dit livre extrêmement lourd et pas super facile à tenir en mains ce qui était compliqué pour moi mais en valait la peine). Je trouve ça d’autant plus triste qu’il semble y avoir eu aussi peu d’efforts faits sur la correction durant l’édition j’ai effectivement rarement vu autant de coquilles dans un livre il manque carrément des mots, des fins de guillemets, y a des annotations de bas de page sur la mauvaise page, des espaces entre des virgules etc… Je trouve que c’est un peu un manque de respect au travail de dingue fourni par l’autrice. Heureusement ça n’a absolument pas entravé la compréhension du texte et ce qu’elle communiquait dedans on devine quand même quels mots il manque etc et c’est tellement intéressant que c’est pas si grave mais quand même ce livre méritait mieux à ce niveau là.
Corps noirs présente les réflexions et recherches de son autrice à propos de la place de la femme noire dans le milieu du mannequinat et de la mode en France, et du lien avec sa place dans la société française. Dans chaque chapitre est abordé la question de la condition de la femme noire sous un angle différent, avec pour terminer des interviews de mannequins noires.
La lecture a été une vraie claque ! J’ai appris tellement de choses sur le mannequinat, que ce soit sous un prisme historique ou sur les pratiques dans le milieu. L’autrice a réussi à garder mon intérêt tout au long de ma lecture pour un monde pour lequel je n’ai aucune attache. Rien que pour ça, je dis un grand bravo à elle.
Je suis très fan du ton que Christelle emploie dans ce livre écrit à la première personne, avec un dialogue qui se crée avec le lecteur. Elle nous partage son savoir, mais également son vécu et ses pensées. À travers ses mots, on ressent toute son envie de garder une trace de son rapport à la mode, tout simplement. Je trouve magnifique que l’autrice ait dépassé le cadre du mémoire de fin d’études pour laisser libre cours à ses idées.
J’ai beaucoup aimé le récit de la “bataille de Versailles” qui est un moment charnière dans l’histoire de la mode en France. Toute la pression qu’il y a pu avoir dans les deux “camps” et la présence de femmes noires qui a eu l’effet d’un choc pour les Français, ça devait être quelque chose ces défilés ! Mon chapitre préféré concerne le cas de Naomi Campbell, une femme aux multiples facettes qui a su se faire une place dans un milieu privilégié. J’ai trouvé l’analyse de l’autrice très intéressante.
Pour résumer, cette lecture de Corps noirs a été une très agréable découverte. J’ai hâte de suivre les autres projets de Christelle.
C'était la première fois que j'entendais aussi bien parler de mon métier, des enjeux et des difficultés, des questions que personne ne peut se poser jusqu'à l'exercer, des doutes que j'ai du affronter seule pendant des années. Chrisavantdani a expérimenté le milieu, a recueilli des témoignages, et cela donne une réflexion qui m'est particulièrement chère. Cela rend service au sujet, le corps central de l'essai sur le racisme systémique français et la façon qu'à la mode de le challenger, parfois en profiter, souvent le nier, et son évolution à travers les années, la géographie et les expériences personnelles.
Gros + pour la mise en page, et pourtant je n'aime pas les format qui sont + gros que des poches pour des questions de transport et de praticité, mais vraiment l'originalité des paragraphes et de la couleur rouge, le papier de qualité jusqu'à l'illustration en couverture, c'est vraiment une très très belle édition.
Une lecture marquante. L’écriture est fine, les mots sont choisis avec soin, chaque fin de chapitre résonne. Les chapitres sont courts mais pleins, précis, et la recherche derrière est impressionnante. Ce n’est pas juste un livre sur la mode, c’est aussi une exploration intime, une quête de soi. Et ce mélange-là, j’y ai vraiment connecté.
J’ai aussi particulièrement aimé les références. Voir Aya citée, enfin une référence qui nous ressemble, qui parle d’où on vient, ça m’a touchée. Ça m’a donné envie d’écrire moi aussi, à partir de ce que je vis, de ne plus invisibiliser mes réflexions.
Clairement, Corps Noirs fait partie des meilleurs essais que j’ai lus cette année 2024. Bravo.