« Parce que c'était plus qu'une claque, c'étaient des points de suture. De la pommade et un pansement. Une gueule de mec brisé. » Jean-Mi est très heureux en apparence. Il a une femme brillante, un enfant éveillé, une belle carrière dans l’immobilier. Pourtant, ce bonheur est illusoire. Les bleus sur sa joue pourraient être imputables à un mauvais coup au rugby. C'est sa réponse spontanée, celle que tout le monde croit volontiers. S’il n’ose pas en parler, c’est parce que la vérité est dérangeante. Pour tout le monde, il est impensable qu’un homme se laisse battre par une femme… et pourtant. Nicolas Robin s’en sort haut la plume, évitant les clichés et déroulant un fil narratif solide. L’écrivain témoigne ici d’une inspiration tous azimuts. Et confirme sa grande sensibilité. Delphine Peras, L’Express.
Un roman prenant et original. Héloïse Goy, Télé 7 jours .
Aujourd’hui, je surfe sur la vague du jeu enfantin « 𝒥𝑒 𝓉𝑒 𝓉𝒾𝑒𝓃𝓈, 𝓉𝓊 𝓂𝑒 𝓉𝒾𝑒𝓃𝓈, 𝓅𝒶𝓇 𝓁𝒶 𝒷𝒶𝓇𝒷𝒾𝒸𝒽𝑒𝓉𝓉𝑒. ℒ𝑒 𝓅𝓇𝑒𝓂𝒾𝑒𝓇 𝒹𝑒 𝓃𝑜𝓊𝓈 𝒹𝑒𝓊𝓍 𝓆𝓊𝒾 𝓇𝒾𝓇𝒶 𝒶𝓊𝓇𝒶 𝓊𝓃𝑒 𝓉𝒶𝓅𝑒𝓉𝓉𝑒. » remis au goût du jour, grâce à une vidéo qui a fait le tour du monde, pour vous parler de ce livre. Chamaillerie ? Complicité ? Je ne pense pas que Jean-Mi, agent immobilier et rugbyman à ses heures, utiliserait ces substantifs pour décrire ce qu’il vit au quotidien, ladite tapette ayant donné lieu depuis longtemps à une gifle, une baffe, une mandale, une tarte, une giroflée à cinq feuilles, une taloche, bref, une beigne…
Le point fort de ce roman ? Le style ! Je connaissais le Nicolas Robin taquin, facétieux, moqueur, caustique, persifleur, je découvre ici un Nicolas Robin plus profond, plus grave, plus sérieux. Toutefois, détrompez-vous si vous pensez que l’auteur n’aborde pas des thèmes forts dans ses autres romans ! Dans celui-ci, Nicolas Robin parvient à marquer le plus de points possibles en plaquant le ballon ovale dans l’en-but de l’équipe adverse. Et le match n’était pas gagné d’avance ! Je parie que, vous aussi, vous vous posez/êtes posé la question de savoir comment l’auteur peut-il/pourrai-il être capable d’entrer sur le terrain des violences conjugales sans que le ton railleur mouille son maillot. Eh bien, le talent (pas le mien, hein) fait que, dès les premières pages, j’ai été happée par le récit.
Cette histoire interroge, beaucoup ! Quelle est la place des hommes battus dans notre société ? Si un homme se défend, devient-il un lâche ? Devient-il à son tour un bourreau ? Et s’il s’ouvre aux autres, quelle est la réaction de ceux qui écoutent ses confessions ? Au Portugal, il existe une expression qui reflète bien la situation dans laquelle se trouve Jean-Mi : « 𝖯𝗋𝖾𝗌𝗈 𝗉𝗈𝗋 𝗍𝖾𝗋 𝖼ã𝗈, 𝗉𝗋𝖾𝗌𝗈 𝗉𝗈𝗋 𝗇ã𝗈 𝗍𝖾𝗋 ». En somme, quoi qu’il fasse, il y aura toujours quelqu’un qui le critiquera. Alors quand la honte se mêle à la mêlée…
Le « plus » de ce récit, outre l’histoire en soi, c’est que le narrateur, Jean-Mi donc, s’adresse à sa compagne, tout en s’adressant à lui-même, en essayant de comprendre à quel moment le beurre a tranché, tout en s’adressant à nous, lecteurs, nous exhortant à réfléchir, à nous interroger.
Bref, un sujet de société dont on parle peu, intelligemment abordé, une histoire qui nous bouscule dans nos retranchements, des personnages qui ne nous laissent pas indifférents (mention spéciale pour Sœur Solange), une claque qui résonne dans nos certitudes, avec, dans les gradins, une pointe de sarcasme, pour mon plus grand plaisir.