Le temps est élusif, surtout depuis qu'Albert Einstein l'a mélangé à l'espace et relativisé sans merci. Ces deux livres (« Les tactiques de Chronos » d’Etienne Klein, publié en 2003, et « In search of Time » de Dan Falk (2008) tentent néanmoins d’en percer les secrets. Klein donne un compte rendu plutôt brillant (on lui pardonnera le titre un peu trop « cute ») du temps tel que les physiciens le perçoivent aujourd'hui. Du temps qui dépend des mouvements relatifs des uns et des autres, qui naît juste après le big bang, meurt dans les trous noirs, et s’étiole quand l’univers grandit démesurément. Ce temps-là semble assez différent de celui rencontré dans la vie de tous les jours. Ce ne sera pas pour déplaire au commun des humains, ceux qui passent le temps, peu curieux de ce qu’il est vraiment, puisque les horloges le mesurent ; c’est, finalement, ce qui importe. Les simples mortels savent aussi que leur temps finira avec eux, même s’ils ne terminent pas leur vie dans un trou noir, perspective peu réjouissante s’il en est. Le temps psychologique, s’il s’apparente au temps thermodynamique, au passage irrévocable de l’ordre au désordre, n’en est pas moins élusif lui aussi, et les rapports entre toutes les représentations du temps suscitent de profondes réflexions des philosophes. « Il faut apprendre à aimer l’irréversible », conclut Klein sobrement. Plus facile à dire qu’à accepter. Quant à Dan Falk, il nous emmène sur les mêmes chemins tout en nous offrant un panorama complet et très accessible de l’histoire du temps, de l’antique gnomon jusqu’aux conséquences, probablement funestes pour la notion même de temps, de l’expansion de l’univers, accélérée sous l’effet d’une mystérieuse « énergie sombre » découverte il y a une dizaine d’années seulement. C’est que la matière et l’énergie que nous connaissons, celles que la physique parvient à décrire aujourd’hui, ne représentent guère plus de 4% du contenu total de l’univers. Avec 96% d’univers où se dissimuler, le temps nous narguera probablement longtemps...