La Vallée des Lazhars est l'histoire d'une jeunesse qui se heurte à des frontières de toutes sortes et qui tente de s'en affranchir, par la verve, le panache, la désobéissance – par une solution qui lui est une seconde nature, l'exil. Un grand camion blanc parcourt une piste qui serpente au creux d'une vallée, à la frontière Est du Maroc. À son bord, Amir et son père. Cet été, ils rendent visite à leur famille après six ans d'absence. Amir est né en France, mais son père, ici, dans la vallée des Lazhars. Ils sont membres du clan Ayami. Le jeune homme a tout l'été pour retrouver une identité qui lui est un droit de naissance et dont il a pourtant du mal à s'emparer.
Une Renault 18 gravit une pente et fait une arrivée tonitruante dans la nuit. À son bord, Haroun, " cousin préféré " d'Amir, revient d'un exil de trois ans. Il vient assister au mariage de sa sœur Farah, fiancée à un membre du clan d'en face, les Hokbani, qui vouent aux Ayami une haine réciproque et immémoriale. Haroun apporte avec lui les histoires haletantes de ses aventures dans tout le Maghreb. Mais petit à petit, derrière ses récits luxuriants, Amir découvre une autre version, une réalité différente, intimement liée à la vallée et à ses secrets.
Un couple maudit en plein désert, un huis clos assez classique mais l'évocation puissante d'une culture ancestrale et moderne, sous l'écriture fluide et mature d'un trentenaire. Une réussite !
J’ai aimé que les familles se lient par un mariage entre la fille Ayami et l’un des fils Hokbani. Pas tout à fait Roméo et Juliette dans le désert marocain.
J’ai aimé la grand-mère du clan Ayami, qui perd la tête, ce qui la met parfois dans des situations coquasses ou dangereuses.
J’ai aimé que ce soient les femmes qui dirigent les familles et qui fassent taire les hommes qui ne sont que des figurants.
J’ai aimé que le narrateur ouvre peu à peu les yeux sur son cousin tant admiré Haroun : forte tête, il est parti il y a 3 ans, et revient pour la mariage de sa soeur. Mais pas que. Moi qui n’aime pas les romans d’apprentissage, j’ai aimé celui-ci.
J’ai découvert les trabendos, ces jeunes qui font du trafic entre l’Algérie toute proche et le Maroc, pour gagner leur vie.
J’ai aimé la très belle Fayrouk dont le narrateur tombe amoureux. Mais qu’Haroun aime en secret.
J’ai aimé que ce roman parle de l’exil que ressentent ceux qui rentrent au pays pendant 1-2 mois : leur obligation de prendre la vie du village où elle en est, leur obligation de s’adapter.
Le temps de ma lecture, j’ai aimé vivre dans cette vallée sèche et aride au milieu de ces deux clans qui se détestent mais se côtoient.
Une citation :
« ON ne s’entretue parce qu’on n’oublie jamais qu’on est mortels, qu’on est semblables, on meurt et on donne naissance. Tu ne tues pas celui que tu as félicité pour la naissance des son enfant. Si tu oublies ça, si tu ne rends pas visite à ton ennemi, tu t’enterres dans la haine, tu deviens mesquin, et être mesquin c’est la pire des choses. Etre mesquin, c’est oublier la mort, et oublier la mort c’est oublier Dieu. (p.155-156)
L’image que je retiendrai :
C’est celle que retiendra le narrateur aussi : la vielle Renault 12 verte parcourant les routes étroites des montagnes, en exil pour l’éternité.
« La Vallée des Lazhars » est un hymne à la jeunesse éternelle et aux passions qui se heurtent aux valeurs, aux obligations familiales et à la raison. C’est l’histoire d’un jeune adulte qui désire faire ses preuves et qui, en même temps qu’il renonce à ses derniers fantasmes et illusions d’enfance, traverse une quête complexe d’identité, un déchirement entre deux pays et une loyauté éprouvée envers sa famille.
Entrons intimement dans le quotidien de ces vallées marocaines enclavées. Ici, ce sont les dunes de sable qui dictent la vie : pauvreté ou richesse, voitures absentes et diplôme scolaire futile. Au détour d’une colline, découvrons des principes ancestraux et la haine mutuelle que se vouent les Hokbani et les Ayami, les deux clans ayant jamais vécu et prospéré sur ces terres hostiles. Pourtant, ces ennemis sont capables d’une hospitalité et d’un soutien honorables dès que le besoin s’en fait sentir, car il n’y a personne dans cette vallée et que, devant la mort et la peine, chacun est humain.
La narration au passé simple est entraînante et envoûtante, la plume de Soufiane Khaloua est soutenue et recherchée. Merci à lui de nous faire découvrir l’écrin d’une vie minuscule et pourtant si précieuse, avec son intemporalité et ses pépites culturelles. Un récit pour ne pas oublier son identité et fait pour se transmettre de génération en génération, immuable comme la vallée des Lazhars.