Tiraillée entre deux mondes que sépare le Tibre, Laura a bien du mal à s'affranchir des puissantes figures féminines qui ont marqué son enfance et son adolescence : rebelle de pacotille dans le bouillonnement culturel et politique des années 1970 et 1980, elle sera insensiblement ramenée à sa double lignée, aristocratique et juive, dont Louis-Philippe Dalembert tresse avec intelligence, finesse et humour les destinées. Son roman est également un éblouissant portrait de la Ville éternelle.
Louis-Philippe Dalembert (born December 8, 1962 in Port-au-Prince, Haiti) is a Haitian poet and novelist. He writes in both French and Haitian creole. His works have been translated into several languages. He now divides his home between Berlin, Paris and Port-au-Prince.
J’ai eu un peu de mal au départ avec le style de l’auteur pleins de « lors ». Et puis j’ai réussi à me couler dans sa petite musique et j’ai aimé suivre les deux femmes emblématiques de la famille de Laura.
J’ai aimé la contessa, d’une noble famille mais sans le sou qui habite un palais du quartier riche de la capitale, qui ne cesse de sa disputer avec son unique fille Elena.
J’ai aimé la zia, qui possède un immeuble dans un quartier populaire pour y loger sa famille.
J’ai découvert le syndrome K, inventé par certains médecins romains qui, dans leur hôpital, accueillaient des juifs qui décédaient de ce fameux syndrome. Ces médecins avaient assez d’humour pour attribuer à la mystérieuse pathologie l’initiale des Allemands Kesselring et Kappler, respactivement maréchal responsable de la Wehrmacht en Italie, et commandant des services secrets et de la Gestapo à Rome (p.121)
J’ai aimé que ce soit le curé de l’église Santa Maria in Trastevere qui organise la fuite de la famille de zia, et que ce soit dans cette même église que Giuseppe veuille se marier des années plus tard.
J’ai eu un peu plus de mal avec le personnage de Laura Sabatelli Guerrieri De Pretis, elle aussi en rébellion contre sa mère, jeune fille issue à la fois de la noblesse romaine et du peuple Juif. Bien sûr, comme elle est adolescente pendant les années de plomb, elle rencontre un révolutionnaire qui va lui causer des ennuis.
J’ai aimé le chat de zia, Pouchkine, qui donne envie à Laura de découvrir la langue russe pour lire l’auteur dans le texte.
Un roman plein de noms composés : celui de Laura, de l’église, mais aussi celui de l’Institut du Sacré-Coeur de la Trinité-des-Monts où Laura va étudier.
Un roman plein de chansons italiennes, de références aux romans russes dont le chef-d’oeuvre Le Maitre et Marguerite.
Un roman à l’atmosphère particulière qui donne à lire Rome par ses habitants.
L’image que je retiendrai :
Celle de la ville de Rome omniprésente, ses places, le Tibre, le palais Saint-Ange et ses autres monuments.
Une Histoire romaine ou plutôt comme le précise Louis-Philippe Dalemebert dans le préaambule: " Ceci est le roman de la famille de Laura Sabatelli Guerrieri de Pretis"
Mais comment parler de cette famille sans faire la connaissance des figures emblématiques des deux lignées de sa famille. Côté maternel en premier lieu La Comtesse de Prati , vieille noblesse romaine, fervente catholique limite bigote, imbue de son statut, de son rôle dans la bonne société, avide du paraître et du respect de la tradition et des convenances comme il sied à la Rive droite.
Côté paternel la famille Sabatelli Guerrieri, famille romaine de souche, de confession juive même si la laïcité est la seule de mise chez la Zia Rachele, femme aussi chaleureuse que la Contessa est guindée et réfrigérante, aussi généreuse que l'autre est économe par tradition mais surtout par nécessité.
Et Laura , me direz-vous? Laura essaye désespérément de trouver sa place dans ce monde en plein chambardement . Elle a vingt ans et l'Italie s'embrase toujours . Elle ne sait que rejeter ce qui l'entoure , rebelle dans l'âme , dans ses propos, dans les actes parfois mais plus timidement.
Louis-Philippe Dalembert , à travers l'histoire de cette famille nous brosse le portrait de l' Italie de l'arrivée du Duce à la chute du Mur de Berlin . C'est passionnant . Je suis tombée sous le charme de son écriture.La plume est fluide, les pages se tournent toutes seules, ses personnages sont criants de vérité. A chacun de s'attacher à certains plus qu'à d'autres.
Petit regret: ne parlant pas italien, nul n'est parfait, et il m'aurait plu de trouver en bas de page la traduction de certains mots, expressions ou phrases.