Sobibor est un roman écrit par Jean Molla, qui traite de la vie d’une jeune fille anorexique, en racontant les ombres qui se cachent derrière sa maladie. Au fur et à mesure, l’auteur dévoile le thème principal de l’histoire : celui du rôle de la mémoire et du passé dans la construction de l’identité et la lutte contre l'oubli. L’auteur présente son message sans jamais dire au lecteur en quoi penser, et laisse ses paroles parler pour elles-mêmes. Le livre est sombre, en abordant des sujets très durs et parfois tabous, comme ceux des crimes de guerre et le manque d’humanité qu’existe dans nombreux humains. Toutefois, le point du message n’est jamais éclipsé par ces sujets mentionnés ci-dessus : au contraire, l’auteur les utilise pour renforcer le thème principal, et on finit le roman en se rendant compte du pouvoir du passé dans la formation du présent.
Au début, l’histoire semble être une critique envers les jeunes filles adolescentes et leur vanité, une critique presque exploiteuse. J’avoue que, personnellement, j’ai presque fermé le livre parce que je me demandais, pour qui se prend cet homme, qui ose critiquer les jeunes filles ? Mais, comme c’était une recommandation de ma copine, j’ai continué ma lecture. J’ai eu une immense surprise lorsque l’auteur m’a plongée sur l’intrigue principale du livre, qui n’était pas celle que je pensais auparavant : la maladie du personnage principal, Emma, ne sert pas comme un avertissement présomptueux mais plutôt comme une accusation des traumatismes non traités intergénérationnels. Dans ce cas, on parle des grands-parents d’Emma, ceux qu’elle aimait jusqu’à ce qu’elle est tombée sur un journal caché par sa grand-mère : le journal d’un homme appelé Jacques Décroches. Emma n’avait jamais entendu ce nom, alors que, par curiosité, elle a commencé à lire le journal. Et elle a trouvé un cauchemar.
Le nom du roman, Sobibor, vient d’un champ de concentration de la seconde guerre mondiale : et oui, le pire s’est passé dans ce camp aux mains de Jacques Décroches et compagnie. La narration de Jean Molla est détaillée seulement au point de ne pas cacher la terrible vérité qui a eu lieu à cette époque, mais pas au point de devenir morbide. Petit à petit, on prend conscience que Jacques Décroches est le grand-père d’Emma, et qu’après la guerre, il a consacré toute sa vie en essayant d’oublier son passé abominable. La confrontation entre Emma et son grand-père à la fin est dure à lire, mais très importante pour comprendre comment l’oubli résonne dans le présent. Le grand-père d’Emma a enterré une vérité terrible, et n’a fait aucun effort pour se racheter, ce qui a affecté toutes les générations suivantes, et qui a arrivé au point de voir à sa petite-fille maigre et faible, comme ces gens qui avaient été torturés et tués dans ce champ. L’idée n’est pas de comparer ce que les juifs ont subi lors de la guerre avec l’anorexie d’Emma. Plutôt, il s’agit de montrer comment on ne peut pas oublier nos péchés anciens, car ils vont resurgir d’une manière ou d’une autre. Si on ne fait pas le travail d’affronter nos démons et d’assumer notre culpabilité, ils vont nous suivre pour toujours.
Je viens, comme la plupart des gens, d’une famille avec démons et péchés ignorés et enterrés. À cause de la honte, du deuil, ou juste car mes ancêtres n’ont jamais eu l’opportunité ni l’espace de prendre soin de leurs émotions. Sobibor m’a rappelé l’importance de se souvenir du passé, soit le nôtre ou celui des autres. La déconstruction, la réflexion des anciens traumatismes est la seule manière de guérir les blessures intergénérationnelles, et de plus en plus, cela devient pertinent à mesure qu’on comprend la psychologie humaine. C’est encore plus important de faire face à ces genres de choses, surtout dans le contexte politique et social qui se dévoile à notre actualité. Maintenant, on n’a plus le luxe d’ignorer la phrase qui dit : those who forget history, are doomed to repeat it.