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Les terres animales

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Il y avait là de petites villes avec leurs églises, quelques commerces, des champs, et au loin, la centrale. C’était un coin paisible entouré de montagnes et de forêts. Jusqu’à l’accident.
Il a fallu évacuer, condamner la zone, fuir les radiations. Certains ont choisi de rester malgré tout. Trop de souvenirs les attachaient à ces lieux, ils n’auraient pas vraiment trouvé leur place ailleurs. Marc, Alessandro, Lorna, Sarah et Fred sont de ceux-là. Leur amitié leur permet de tenir bon, de se faire les témoins inutiles de ce désert humain à l’herbe grasse et à la terre empoisonnée. Rien ne devait les faire fléchir, les séparer. Il suffit pourtant d’une étincelle pour que renaisse la soif d’un avenir différent : un enfant bientôt sera parmi eux.
Laurent Petitmangin, toujours aussi bouleversant d’humanité, nous raconte les souvenirs indélébiles, les instincts irrépressibles et la vie qui toujours impose sa loi au coeur de ces terres rendues au règne animal.

224 pages, Paperback

Published August 24, 2023

30 people want to read

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Laurent Petitmangin

8 books15 followers

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1 (1%)
Displaying 1 - 16 of 16 reviews
Profile Image for Aude Bouquine Lagandre.
738 reviews230 followers
August 26, 2023
« Les terres animales » symbolise parfaitement l’attachement à une terre, un endroit que l’on appelle « maison », des racines profondément ancrées quelque part. On y vivait bien sur ces terres, presque en harmonie avec cette voisine dangereuse, mais quasi invisible tant personne ne la voyait plus. Quand « l’accident » est survenu, la plupart sont partis, sauf Alessandro, Marc, Lorna, Sarah et Fred. Pourtant, ils vivent désormais dans une « zone qui avait vécu dix Fukushima » sur « une terre qui bruissait à cinq cents millisieverts ». (millisieverts : Unité de mesure d’équivalent de dose de rayonnement ionisant absorbée égale à un millième de sievert) Pourquoi rester ? Les souvenirs qui rapprochent, la peur de ne pas trouver sa place ailleurs, et un amour enfoui au creux de cette terre auquel il est impensable de renoncer. La plupart du temps, c’est à travers les yeux de Fred que nous découvrons ce nouveau monde, ces terres animales qui portent encore des vivants.


« Nous vivons de peu, nos corps se sont habitués. Nous vivons comme l’humanité aurait dû vivre depuis longtemps, comme ces hommes, au Bangladesh ou ailleurs, qui le font bien, et montrent si peu de besoins. » L’esprit de Fred vagabonde entre passé et présent, mais c’est surtout vers la situation présente qu’il se penche. Son amour avec Sarah semble fané « Notre amour n’a plus rien des premières années. Toute sa surface est lessivée, salement lessivée. Et rien dans les jours qui s’abattent ne ramène la moindre légèreté qui pourrait faire notre bonheur. On s’aime encore, d’un amour assommé. Vitrifié. Deux grands brûlés. Qui partagent la même chambre. » La vie communautaire a pris l’ascendant sur le couple. Ils sont cinq à refuser de quitter « Les terres animales », cinq dont les cœurs palpitent sous les combinaisons qu’ils revêtent pour sortir, cinq qui ont été là « au plus dur ». Chacun sait ce que rester veut dire, et pourtant ils restent. Ils ont rendez-vous avec le crabe, mais lequel ? Après une telle exposition, impossible d’y échapper. « Pourtant, l’analyse grinçante de leur situation pourrait même les faire rire parfois… Nos artères, elles, sont largement débouchées, il n’y a rien à craindre de ce côté-là, je pense même qu’elles sont à vif, récurées, abrasées comme pas permis. » Au-dessus de leurs têtes, les hélicoptères de surveillance tournent sans arrêt. Toute la zone, qui est pourtant immense, est électrifiée, gardée et surveillée. Des hélicoptères et des drones volent sans arrêt au-dessus d’eux pour suivre l’étendue des dégâts. « Le nuage, deux ans après, n’a pas encore disparu. Le corium a beau être déjà en profondeur, c’est une mèche acérée qui transperce la terre sans jamais s’épuiser. » (corium : Amas de combustibles et d’éléments de structure du cœur d’un réacteur nucléaire qui fondent et se mélangent lors d’un accident grave.)


Dès les premières pages, une seule question m’obsédait : pourquoi rester ? Rien de bon ne pouvait se créer sur « Les terres animales »… à part peut-être cette incroyable solidarité qui me semble de plus en plus absente de notre monde actuel. Lors d’une explosion de centrale nucléaire, il semble pourtant qu’elle prenne toute la place. Un groupe uni où chacun est présent pour l’autre. Cela pourrait presque faire rêver. Laurent Petitmangin glisse ces quelques rayons de fraternité dans un océan de gris et ce sont précisément ces quelques rayons qui prennent toute la place et éclairent le roman. Pourquoi rester ? Eux aussi se posent la question… « Question interdite. On se contente de la circonvenir. Par quelques affirmations un peu débiles, c’est pas pire qu’ailleurs, au moins, on est tranquilles, par de petites réassurances comme si on était en villégiature, on n’est pas bien, là ? puis, quand il faut dégainer le lourd maintenant qu’on a commencé. Ce maintenant qu’on a commencé résume l’espèce de pacte qui nous étreint, il prévient tout délitement. » Pour lire ce roman et l’apprécier un minimum, il faut accepter que d’autres ne pensent pas comme vous… et cela n’est pas si simple, car j’aurais fui à la première minute de la catastrophe même si objectivement il aurait été trop tard.


Mais, dans « Les terres animales », il y a quelque chose de plus fort que soi : il y a le groupe. « L’après est tabou. Nul besoin de s’en gangréner. Ce qui nous tourmente, c’est la fin du groupe, et en particulier, nous cinq. Là, on touche au nerf de l’existence, là on entre dans la grande terreur : que se passera-t-il le jour où le premier d’entre nous disparaîtra ? » La solidarité passe bien avant l’individualisme, même quand chacun sait qu’ils ne peuvent subsister sur cette terre hostile que trois ans, grand maximum. « Trois ans, c’est notre horizon. On ne le dépasse jamais. Tout ce qu’on vit, tout ce qu’on imagine se borne à trois ans. Notre stock de nourriture, on fait de notre mieux pour qu’il tienne jusque-là, et c’est vrai aussi pour le carburant, les médicaments, et ce qui nous aide encore à vivre : les piles, les bougies, les allumettes, tous ces adjuvants à l’existence, dont on pourra bien sûr se passer, mais dont on imagine mal la fin. Peu de choses vont au-delà. Nos disques, et encore il faudra pouvoir les jouer. Nos livres, il y en a tant. Même en lisant comme des brutes, aucune chance qu’on n’en ait jamais fait le tour. Presque frustrant. »


Dans ce quotidien bien huilé, un événement inattendu et providentiel va survenir, de ceux qui posent quelques rayons de lumière sur cet océan de gris. Car sur cette terre noire et funeste, irradiée, des choses incroyables peuvent encore se produire. C’est dans cette partie-là, précisément, que Laurent Petitmangin insère le grain de sable qui va enrayer la machine de l’harmonie parfaite. L’un des personnages se réveille d’un long sommeil pour prendre toute la mesure de cette situation absurde, grotesque où toutes les règles de prudence et de raison ont été bafouées. « Je comprends qu’on a été complètement débiles, que notre jeu est fini, et qu’il faut nous réveiller. Tout ce qui nous entoure, quoi qu’on en ait dit, n’est pas humain, et il faut vite s’en extraire. » Moi aussi je me réveille. Hypnotisée par la première moitié du roman où l’auteur parvient presque à me convaincre de la nécessité de rester là et d’accepter la situation, il me donne un petit coup de taser qui désengourdit mon cerveau. Comme Fred, je pense au-delà de moi, et au-delà d’eux. « Les terres animales » et leur pouvoir magnétique cessent alors d’exercer leur autorité. La réalité frappe de plein fouet…
Je déconseille fortement de lire la 4è de couverture que je juge trop détaillée, laissez-vous surprendre. « Les terres animales » sont des terres intimes et nébuleuses qu’il vaut mieux découvrir seul. L’écriture de Laurent PetitMangin saura vous envoûter…
Profile Image for Lo.
129 reviews4 followers
September 16, 2023
acheté aujourd’hui, aussitôt terminé. Il est triste, ce livre, c’est ce que j’en retiens. Mais je saurais pas trop dire pourquoi, comme s’il n’y avait aucune trace d’espoir. Un peu moins agréable que le premier du même auteur donc, mais très original, à lire.
Profile Image for Marie-Nel.
865 reviews23 followers
September 6, 2023
Il y a peu, je découvrais Laurent Petitmangin avec son premier roman, Ce qu'il faut de nuit, qui m'avait beaucoup touchée. J'avais beaucoup aimé sa plume à la fois poétique, sensible et réaliste. J'avais donc très envie de continuer à le lire, et quoi de mieux que ce nouveau roman pour le faire. C'est le titre et le résumé qui m'ont tout de suite attirée. Le résumé présage une histoire plutôt postapocalyptique, et avec ce que l'on vit en ce moment au niveau écologie, j'avais envie de voir comment l'auteur allait traiter le sujet. 

Ce roman se passe quelque part en France à une certaine date, tout est flou de ce coté là, et c'est plutôt pas mal pensé, chaque lecteur peut imaginer un lieu qu'il connaît ou pas. On sait juste dans les descriptions faites par l'auteur qu'il y a des forêts, des montagnes. C'était un endroit tranquille avec ses petites villes, ses villages, ses petits commerces, sauf qu'il y avait une centrale nucléaire aussi. Tout était paisible jusqu'au jour où il y a eu un accident à cette centrale, on ne sait pas quoi exactement, juste que c'est assez grave pour évacuer la zone à cause des radiations. Seul un groupe de jeunes, 2 couples et un garçon célibataire ont décidé de rester là. Sarah et Fred ne veulent pas quitter la terre où est enterrée leur petite Vic, donc ils sont restés avec Lorna et Marc et avec Alessandro. La zone est sous surveillance de drones, ils ont assez de vivres pour trois années, après, ils ne savent pas. Mais ils n'y pensent pas et vivent au jour le jour. Leur amitié est leur ciment, ils sortent en combinaison et protection, mais ça ne les empêche pas d'essayer de mener une vie "normale". Jusqu'au jour, où, un évènement inattendu va venir remettre tout en question.

Je ne dirais pas quel est cet événement même s'il vous est révélé dans le résumé. J'aurais aimé ne pas le savoir, même si je m'en doutais un peu au fil des pages. Je me suis très vite attachée aux personnages et je suis très vite rentrée dans l'histoire qui est très immersive. Il y a une double narration, le roman est divisé en quatre parties, chacune d'elles alterne entre Fred et Sarah comme narrateurs. J'ai bien aimé cette construction car elle m'a permis d'avoir plusieurs opinions sur la situation. On commence avec Fred, qui raconte tout ce qu'il s'est passé, comment ils ont survécu, comment ils vivent, il raconte l'arrivée aussi d'autres personnes étrangères qui vont habiter un peu plus loin. Il nous parle aussi des autres, de ses amis, de leurs relations. Chacun a un rôle dans la communauté, Marc est plutôt le réparateur, Sarah est l'infirmière, elle était sage-femme avant, Lorna est celle qui s'occupe des jardins et des plantations. Ils communiquent très rarement avec l'extérieur, sauf lorsqu'il faut évacuer un blessé ou un malade, mais ils savent que ceux qui sortent ne reviennent jamais. Peut-être aurais-je aimé aussi avoir des chapitres où c'est Marc et Lorna qui parlent et nous donnent leur ressenti, car ils ont des rôles importants aussi. 

Psychologiquement, ils sont tous très marqués par les évènements. Ils essaient de faire comme si tout était normal, mais au fond d'eux, ils savent que leur situation ne peut pas durer. Des liens différents se nouent entre eux, pouvant créer des jalousies. Mais j'ai trouvé qu'ils s'en sortaient plutôt bien, ils ont l'intelligence de toujours relativiser. L'évènement inattendu va les perturber et leur faire demander s'ils ne se trompent pas, s'ils ne devraient pas partir. Il va tout transformer. Et ça se comprend. Même s'ils essaient de vivre comme avant, ils ont ce sentiment d'urgence qui les domine, ils savent que leur situation ne pourra pas durer éternellement, ils ont comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Ils en sont conscients mais veulent garder tout de même une part d'insouciance. Cette urgence de vivre va les bouffer de l'intérieur, leur faire faire des choses qu'ils n'auraient pas fait avant. Ils ont beaucoup d'empathie les uns pour les autres, mais plus les difficultés arrivent et plus ils se rendent compte qu'il faut aussi qu'ils pensent à eux. 

La psychologie des personnages est très bien travaillée par l'auteur. Bien souvent, je me suis demandé pourquoi ils s'obstinaient à rester sur ces terres animales, alors qu'ils auraient pu vivre à l'extérieur. Je comprends la volonté du couple Fred et Sarah de rester parce qu'ils ne veulent pas quitter cette terre où est enterrée leur petite fille. Par contre, ce fait de rester a créé une profonde solidarité entre les personnes, c'est un lien très fort qui se tisse entre eux. Leur unité est pour eux la chose la plus importante. Ensemble, ils se sentent plus forts, prêts à braver le danger, l'interdit. Cette union peut cependant être mise à rude épreuve lorsque ce petit grain de sable vient enrayer la machine qu'ils pensaient parfaitement huilée. Là, l'individualisme reprend le dessus, le désir de protection aussi, et alors chacun se pose la question ultime, pourquoi rester ici ? C'est comme s'ils se réveillaient tous d'un rêve, et qu'ils se rendaient compte de là où ils sont, et de l'avenir qu'ils vont avoir. Cet événement les replonge très abruptement dans la réalité. 

J'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur a travaillé son sujet, ses personnages, son thème. Il l'a fait avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, et en même temps avec beaucoup de franchise et de réalisme. J'ai vraiment eu l'impression que ces jeunes existaient. Et c'est vrai qu'on n'est pas à l'abri d'une catastrophe telle que le livre, et je me dis que les personnages s'en sont encore bien sortis, ils sont encore vivants, même si leur terre est ravagée, même s'ils ne peuvent rien y faire pousser. L'auteur a vraiment été très pointu dans ses descriptions, sans jamais apporter de lourdeurs au texte, j'ai parfaitement réussi à visualiser chaque endroit, chaque personnage. Bien qu'on n'ait jamais vécu cette situation, l'auteur arrive à très bien dépeindre une réalité qui pourrait exister. Et c'en est bluffant. Comme c'est une narration, l'utilisation de la première personne fait se sentir le lecteur au plus près des personnages. J'ai très bien réussi à me mettre dans la peau de Fred ou de Sarah et vivre à travers eux leurs situations. D'ailleurs l'auteur a aussi parfaitement su se mettre dans la peau d'un homme et ensuite d'une femme, il a changé son style, sa sensibilité, et je trouve ça toujours épatant. 

Le style de l'auteur est toujours aussi bon, totalement immersif. Il y a des livres de 250 pages que je lis lentement, par contre celui-ci, je l'ai lu sur un après-midi. Je suis rentrée dedans dès les premiers mots, et je n'ai pas réussi à le quitter avant la fin, très belle d'ailleurs, porteuse d'espoir et de lumière. Car tout n'est pas sombre dans ce livre, l'amitié entre les personnages, l'amour, l'espoir, la solidarité, l'empathie apportent au tout un éclat lumineux. J'ai beaucoup aimé être ainsi emportée par ma lecture, à oublier tout ce qui se passe autour de moi. C'est une histoire très forte, pleine de messages et de valeurs importants. Il règne une sorte de suspense, à chaque page, je me demandais ce qui allait arriver aux personnages, et ça m'a tenue en haleine tout le long. Ce final est très beau d'ailleurs, à la hauteur du reste du livre. 

Je ne peux que vous conseiller ce roman, pour tout ce qu'il véhicule sur la vie. Ne lisez pas le résumé, laissez vous surprendre, car l'événement relaté n'arrive qu'au milieu du livre. Bon, je l'ai fait, et ça ne m'a pas empêchée de me régaler. C'est le troisième roman qu'écrit Laurent Petitmangin, c'est le second que je lis de lui, je le lirai à nouveau, car j'aime la façon dont il m'emmène à chaque fois dans son histoire. C'est une sensation de lecture qui est très marquante. Je ne manquerai pas de lui dire lorsque je le rencontrerai au salon du Livre dans la Boucle à Besançon, j'ai très hâte de parler avec lui de ses personnages et de son histoire, j'aimerais en apprendre plus sur sa genèse. 
Profile Image for Sonia Pupier Goetz.
864 reviews36 followers
December 8, 2023
RENTRÉE LITTÉRAIRE 2023📚

Une histoire d’amitié hors norme.

Cinq amis vivent là. Sur cette terre contaminée par un accident nucléaire. Tchernobyl ? Fukushima ? Laurent laisse l’imaginaire du lecteur le penser.

Ils ont décidés de rester dans cette zone interdite. Sarah et Fred ne peuvent pas partir. Leur fille, Vic, est enterrée là. Ils ont fait le serment de rester ici, de ne pas abandonner Vic. Et pour Lorna, Marc et Alessandro, ils restent par amitié. Tout simplement. Là où ils vivent est un endroit agréable, finalement, à la campagne, entouré de forêt. Mais contaminé à vie par un mal invisible : les radiations. Et ça, c’est irrémédiable, malheureusement.

« Avec Marc, on n’a jamais été des écolos. On voyait cette centrale de loin, elle ne nous dérangeait pas plus que ça. Il y avait la forêt entre elle et nous, des hectares de bois et de silence, cela nous semblait bien suffisant. »

Ils se protègent, ont des combinaisons spéciales pour sortir, compteur Geiger autour du cou. Des contraintes, oui, mais à côté de cela, ils sont libres et mènent une vie totalement différente de ce qu’ils auraient vécus ailleurs.

Ce que j’ai aimé dans ce roman, c’est la force de la nature à survivre. La forêt est belle, luxuriante, les animaux sont restés, eux aussi. Ils s’adaptent, tout comme nos cinq amis. « Les terres animales » est loin d’être un roman survivaliste tournant autour d’une catastrophe majeure. L’évènement n’est qu’un prétexte pour décortiquer les relations humaines en vase clos. Deux couples, et un homme. Seuls au milieu de nulle part. Une micro-société organisée pour survivre le plus longtemps possible. Le rôle de chacun est clairement défini. Marc, charpentier, est chargé des réparations et aménagements des bâtiments. Il a construit un sas de décontamination à l’entrée du foyer. Indispensable. Alessandro gère les stocks de nourriture, glanés ici et là. Il ne faudra pas être regardant sur les dates de péremption, mais nos amis ont de quoi se nourrir plusieurs années. Lorna met à profit ses études de botaniste pour tenter de faire pousser des légumes sur cette terre, avec la radioactivité comme engrais…Sarah, sage-femme, est chargée de la bobologie. Quant à Fred, il reprend sa caméra et filme cette vie pendant des heures, témoignage poignant, sans savoir s’il sera visionné un jour, et par qui ?

Jusqu’à ce qu’un évènement vienne changer la donne. Fasse voler en éclat les certitudes. Et les oblige à regarder la vérité en face. A faire des choix, au lieu de se laisser porter par un quotidien certes dangereux, mais en définitive paisible. Bon, je trouve que la dernière phrase du résumé en dit trop et gâche le récit. C’est vraiment dommage.

La plume de Laurent est d’une surprenante fluidité, poétique et calme. Le lecteur se laisse porter par les mots. Il a fait le choix de la narration à la première personne, permettant, je trouve, une belle immersion au plus près des personnages. Nous aurons le point de vue de Fred, mais aussi celui de Sarah. Nos cinq amis sont touchants, réalistes, je me suis attachée notamment à Sarah, j’ai compris pourquoi elle ne se résoudrait jamais à partir. Je l’ai suivie dans sa folie, son obsession, sa détermination. C’est un personnage vraiment très fort.

J’ai beaucoup apprécié la manière qu’à Laurent de traiter un sujet à la fois grave, mais avec beaucoup de délicatesse et sans jamais tomber dans le patho ou le drama. On sait très bien à quoi s’exposent nos cinq amis, en choisissant de rester dans la zone, ils ont signé leur arrêt de mort à moyen ou, avec un peu de chance, à plus long terme. Mais l’accent est mis sur leur manière de vivre, comment ils vont s’organiser, et profiter de chaque petit instant de la vie. Lorsque l’on sait que le temps est compté, c’est là que l’on prend conscience des petits bonheurs, de la beauté de la nature, par exemple. Que l’on vit pleinement.

A l’heure actuelle, où notre avenir est plus qu’incertain, entre les conflits, le climat, le terrorisme, il est plus qu’urgent de vivre pour l’instant présent et de profiter pleinement de ces petits bonheurs. C’est le message que je retiendrai de ce voyage au milieu des « Terres animales ».

Une très belle découverte, que je ne peux que vous conseiller.

« Pourquoi rester ? Question interdite. On se contente de la circonvenir. Par quelques affirmations un peu débiles, c’est pas pire qu’ailleurs, au moins on est tranquilles, par de petites réassurances comme si on était en villégiature, on n’est pas bien là ?, puis, quand il faut dégainer le lourd : maintenant qu’on a commencé. Ce maintenant qu’on a commencé résume l’espère de pacte qui nous étreint, il prévient tout délitement. »

#Lesterresanimales #LaurentPetitmangin #LaManufacturedeLivres
Profile Image for Jean.
25 reviews12 followers
February 2, 2025
C’est un quasi huis-clos dans un coin de campagne, après une catastrophe nucléaire. Un petit groupe de gens isolés, qui ont choisi de rester dans leurs maisons irradiées, malgré la radioactivité qui les dévore silencieusement. Plus loin, de l’autre côté de la montagne ou de la forêt, il y a la civilisation, des gardiens, qui envoient des drones de surveillance au-dessus des hameaux où ils survivent. En écumant les supermarchés abandonnés et les maisons désertées, ils ont trois ans de réserves devant eux.

Il y a surtout deux couples : Fred et Sarah, Marc et Lorna, et aussi leur pote Alessandro. Fred et Sarah avaient une fille, Victoire, dont le souvenir est encore présent. Sarah a une liaison, avant tout physique, avec Marc. Elle croit que Fred ne voit rien, et que ces moments de plaisir resteront cachés. Non seulement Fred a tout de suite compris, mais en plus… elle tombe enceinte. Fred et Marc choisissent de rester amis. Sarah décide de garder ce bébé. Elle sait que ce sera une fille. Le groupe se soude autour de cette grossesse, de cette naissance, de cette petite fille, Adèle, née radioactive. Tous veulent convaincre Sarah de sortir de la zone quand il est encore temps, de sauver sa fille. Elle s’y refuse, résiste farouchement. Ils restent avec elle, jusqu’à l’enterrement de cette deuxième fille qui rejoint la première. Alors seulement ils partiront.

La psychologie des personnages est fine, intense. Le contexte de catastrophe “Fukushima puissance 10” est présent juste assez. Impossible de ne pas penser au Malevil de Robert Merle, à Dans la forêt de Jean Hegland, à Sandrine Colette, ou encore au Mur Invisible de Marlen Haushofer. Malgré cette filiation et le choix d’un scénario déjà très balisé, on n’a pas le sentiment de lire la même histoire pour la 5e fois.
1,378 reviews56 followers
September 18, 2023
Depuis que j’ai fini de lire ce roman, je ne sais pas quoi en penser.

J’ai aimé la première moitié : nous suivons Fred puis Sarah, un couple qui survie dans un village coupé du monde après que la centrale d’à côté ait explosé. Ils ont choisi de rester car leur fille est enterrée dans ce village.

J’ai aimé découvrir leur quotidien habillés de scaphandre, un compteur à la main ; leur façon de se nourrir avec de vieilles boites de conserve ; leurs promenades dans les bois bleus si beaux.

Et puis arrive un peu de vie dans cet univers stérile, et j’ai perdu le fil : je n’ai plus compris Sarah qui m’a paru perdre pied petit à petit ; l’obsession de Fred à aller contre la volonté de sa femme ; le choeur des amis qui se fait pressant.

L’auteur m’a laissé sur ces Terres animales en pleine interrogation.

L’image que je retiendrai :

Celle des ouzbeks qui arrivent au village et s’installe. Une complicité se créé entre les femmes.

https://alexmotamots.fr/les-terres-an...
751 reviews
October 30, 2023
"Il y avait là de petites villes avec leurs églises, quelques commerces, des champs, et au loin, la centrale. C’était un coin paisible entouré de montagnes et de forêts. Jusqu’à l’accident. Il a fallu évacuer, condamner la zone, fuir les radiations. Certains ont choisi de rester malgré tout. Trop de souvenirs les attachaient à ces lieux, ils n’auraient pas vraiment trouvé leur place ailleurs. Marc, Alessandro, Lorna, Sarah et Fred sont de ceux-là. Leur amitié leur permet de tenir bon, de se faire les témoins inutiles de ce désert humain à l’herbe grasse et à la terre empoisonnée. Rien ne devait les faire fléchir, les séparer. Il suffit pourtant d’une étincelle pour que renaisse la soif d’un avenir différent : un enfant bientôt sera parmi eux."
Profile Image for Stephanie.
33 reviews
October 3, 2023
Lorsque j'ai vu le nouveau livre de Petitmangin à la librairie je n'ai pas hésité, j'ai lâché "Triste tigres" pour "Les terres animales", et j'en suis mitigée.
C'est un livre très bien écrit auquel on s'accroche, dans un monde post-apocalyptique on suit une histoire d'amitié, de famille, qui raisonne avec notre vécu en temps de Covid et la peur nucléaire enracinée en nous.
Je n'en veux pas à l'auteur qui avait créé en moi d'importantes attentes, on ne peut pas écrire que des chefs d'œuvre ! Et ce livre ne vaut pas "Ce qu'il faut de nuit". Mais très agréable à lire une soirée d'automne.
Je conseille !
6 reviews
May 7, 2024
Aussitôt acheté aussitôt lu.
Toujours ce talent mais.
La fin mériterait d’avoir un peu plus d’épaisseur ou alors juste avant, c’est un peu précipité.
On dirait la version courte, comme pour certains films, où deux trois scènes de la version longue ajoutent du liant et du détails.
Profile Image for Marisa G.
96 reviews1 follower
September 25, 2023
Un très beau roman, tout en sobriété, et pourtant on ressent toute la dimension humaine et les épreuves que traversent les différents personnages.
Profile Image for Laurent.
436 reviews4 followers
September 27, 2023
Un nième roman dystopique sur une fin du monde nucléaire. Absolument pompeux et inintéressant, une véritable purge !
83 reviews3 followers
September 9, 2023
Que vous évoquent les "Terres animales" ? Laurent Petitmangin y établit un huis-clos, dans cette forêt immense saturée des radiations d'un accident nucléaire. Cinq acolytes ont décidé de rester là, reclus dans une nature où le danger est invisible, mais partout. On lit leur quotidien secoué de tensions et de doutes d'une traite, avidement, jusqu'à la fin. Un petit régal.
Profile Image for Nathalie Vanhauwaert.
1,103 reviews43 followers
September 27, 2023
C'était un coin de nature paisible. Aujourd'hui la forêt est juste magnifique, les couleurs sublimes, impossible d'imaginer qu'un accident nucléaire a eu lieu, et pourtant ...

Ils ont cinq jeunes ; Fred et Sarah, Marc et Lorna et Alessandro. Ils n'ont pas voulu quitter les lieux après l'accident estimant que leur vie est là surtout pour Fred et Sarah près de Vic.

Dans ce petit coin paisible, une communauté d'irréductibles est surveillée par des drones. Un horizon de trois ans, c'est ce qu'ils ont pour vivre en autarcie. De toute façon, foutu pour foutu... ils savent ce qui leur arrivera. Ils respectent les protocoles de sécurité, les mesures des invisibles radiations, la combinaison, le masque .. l'iode, mais à quoi bon !

C'était leur choix de rester de ce côté du mur après l'accident, surveillés par les drones. Leur vallée est tellement belle, la forêt magnifique et puis c'est l'amitié et la solidarité qui les animent. Ils sont témoins de ce désert humain à l'herbe grasse, la nature foisonnante qui masquent l'ennemi invisible.

Les descriptions de la nature sont magnifiques, elles m'ont fait penser au très bel album d'Emmanuel Lepage "Un printemps à Tchernobyl".

La communauté est unie, bien décidée à rester là jusqu'au moment ou "un enfant va naître", ce qui va tout changer, une vie, un nouvel espoir...

L'écriture est limpide, c'est fluide. La tension monte peu à peu dans l'écriture décortiquant les pensées de chacun, Fred pour commencer, s'exprime à la première personne, cèdera sa place à chacun qui tour à tour nous donnera son ressenti. C'est fort, prenant, un très beau récit emprunt d'humanité démontrant que la vie s'impose toujours dans ces terres au règne animal.

Un joli ♥ de cette rentrée.

Les jolies phrases

On ne soupçonne rien. C'est le plus terrible de cette vie. Se dire qu'on ne voit rien, et quand on ne voit rien, et quand on voit il est trop tard. On ne discerne pas les radiations. Tout est normal. Bien trop normal, et c'est là le vertige.

On survole un territoire qui n'est que bleus, des bleus résineux, huilés, des trous bleus qui dévorent la lumière, des bleu horizon, des Prusse, des Charron, parfois des ondées de bleu barbeau, qui semblent plus claires.

Notre existence a beau être limitée, forcément limitée, je crois qu'on n'a pas envie de vivre dans un capharnaüm où plus rien n'aurait d'importance. Les choses qu'on range seront là demain, et c'est déjà une bonne raison d'y prêter attention. Cela n'empêche pas les coups de folie, les moments où tout ceci nous gave, où plus rien n'a de sens, et alors ça brûle, ça jette, ça casse, les murs en prennent pour leur grade, mais ce ne sont qu'éclats, on arrive à se raisonner, il y en a toujours un pour cela, souvent Alessandro ou Lorna, et on nettoie derrière, gentiment, patiemment, un peu contrits d'avoir perdu nos nerfs.

Ce sont nos instruments qui donnent la mesure qui nous attend dehors. De longs bips tout en ronflement, des sons saccadés, une syncope de bruits métalliques qui n'en finissent pas dès qu'on met le pied dehors, l'impression de vivre sous respirateur, un carcan entêtant, sans fin, qui dit inlassablement qu'on a beau marcher et chercher, il n'y a jamais, jamais, de zone saine, sauf à l'intérieur des maisons, et encore, je crois qu'on n'a plus trop envie de savoir, on coupe nos engins dès qu'on est chez nous. La vie serait impossible, s'il s'avérait qu'il y a nulle part où aller.

L'air frais me saisit. Ça sent bon. Comme avant. J'en prends plein les poumons. On ne soupçonne rien. C'est le plus terrible de cette vie. Se dire qu'on ne voit rien, et quand on voit, il est trop tard;

Pense aux tranchées, mec. On est dans une putain de tranchée. On est comme eux. On sait que c'est désormais là que ça se passe. On sait qu'on va se faire dégommer, qu'on sorte, qu'on reste, mais c'est trop tard pour faire quoi que ce soit d'autre. Ce sont les tranchées qui nous obligent. Rien d'autre.

https://nathavh49.blogspot.com/2023/0...
Profile Image for Manon H..
196 reviews3 followers
February 22, 2024
Je n’ai juste pas du tout réussi à rentré dedans. Je trouve les personnages fades, l’intrigue prévisible et le style d’écriture ne m’as pas marqué. C’est dommage car l’histoire et les thèmes abordés m’avaient donné envie.
Je crois que je suis juste complètement passer à côté de l’histoire.
Displaying 1 - 16 of 16 reviews

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