Là où le fascisme estime que seules certaines vies sont dignes d'être vécues, la pensée queer et féministe nous enseigne que toutes les vies comptent. Entre philosophie politique et récit intime, cet essai de la journaliste et fondatrice du média Manifesto XXI Costanza Spina démontre que les démocraties capitalistes n'ont jamais réellement repensé leur filiation avec les régimes autoritaires, et comment les « déviant·es » dans l'ombre de systèmes productivistes et violents ont appris à s'aimer, à prendre soin, à rendre justice autrement. Elle théorise ainsi la révolution romantique queer comme une lutte radicale, et met au défi de se réinventer par les imaginaires révolutionnaires de l'amour.
Il y a des ouvrages qui sont un gaze à eux seul. J’entends par là qu’ils vous transportent mais surtout laissent une empreinte en vous. Au delà du propos politique, très intéressant notamment par sa vision binationale, Costanza réussi à nous transporter et à nous faire sentir émotionnellement, au plus profond de nous ce que pourrait être une démocratie radieuse pour toustes. Et ce voyage, et la respiration qu’il offre, ça n’a pas de prix.
Je recommande cette lecture. Le livre est un très bel objet et propose des réflexions plus que nécessaires dans la période que nous traversons.
j’y ai trouvé des idées incroyables et belles, des passages sublimes, des définitions claires et des propositions inspirantes. C’est un essai très personnel alors que je m’attendais à une démonstration plus structurée. C’est agréable à lire et nuancé, c’est fin, mais j’ai manqué un peu de clarté à certains endroits. La fin très personnelle et touchante a parlé à mon cœur mais pas vraiment a mes idées. C’est ok on ne peut pas être d’accord sur tout.
Puissant et d'une grande nécessité. Merci pour ces mots et réflexions qui vont m'accompagner longtemps. J'ai pas vraiment les mots tellement ce livre est précieux.
La partie consacrée au fascisme est intéressante et relativement bien construite. Quelle déception, pour ne pas dire consternation, quand la révélation de cet ouvrage s'avère être qu'on doive combattre le fascisme par le 'care' (notion nébuleuse qui n'est jamais définie par l'autrice). Une fois le fascisme vaincu, les queers déviants deviendront apparemment magiquement incapables de violences interpersonnelles, puisque : "Outre la joyeuse expression de soi, le queer est aussi la pratique révolutionnaire de la douceur radicale." Le livre se termine sur un éloge de la spiritualité (et de l'astrologie), sans laquelle on ne "saurai[t] aborder la question de la guérison". Dans un appauvrissement effarant, l'autrice résume le propos de l'ouvrage _A Propos D'Amour_ de bell hooks en une tautologie niaise : "Il donne à notre justice un but clair : l'amour. Un moyen clair : l'amour. Une promesse : la guérison." Limpide, n'est ce pas ?
A la fois enchantée et mitigée. Je m'explique. La première partie sur la montée du fascisme est probablement utile pour des personnes peu informées ; de mon côté à part le propos sur comment les démocraties européennes sont des continuités des régimes fascistes du siècles derniers, je n'ai vraiment rien appris. + quelques propos bref sur la valeur travail qui m'ont questionnée, mais c'est vraiment très court.
La deuxième partie, c'était de base davantage ce pourquoi j'étais là. J'y ai trouvé un ode à la communauté locale (appelé dans le livre "municipalité"), et vu que c'est en quelque sorte une grande partie de ce à quoi je consacre mon temps & mon énergie, forcément ça m'a plu. Je suis d'accord sur l'importance du soin, de la responsabilisation & de l'amour au sein de nos municipalités, et même de la spiritualité. J'ai juste beaucoup moins accroché lors du dernier chapitre quand l'autrice parle des croyances new ages, pour laquelle je n'ai que peu d'intérêt si ce n'est un léger mépris, surtout quand elles sont présentées comme des croyances ancestrales en provenance "de nos ancêtres les sorcières". Bref, que de grincements de dents de mon côté à ce moment, mais comme la notion travail c'était vraiment très bref et ne devrait pas refroidir quelqu'un de se pencher sur cet ouvrage.
Malgré les critiques que j'ai à faire à ce livre, je l'ai beaucoup aimé. Que l'autrice cite "I Hope We Choose Love" de Kei Cheng Thom et "A propos d'amour" de bell hooks (deux livres auxquels j'ai énormément adhéré) la faisait partir facilement gagnante. J'aimerai qu'on se soucie davantage de nos croyances, de notre besoin de spiritualité et que nous cessions dans nos milieux de rejeter ça pour se concentrer sur la matérialité. Si mon argumentaire politique a beaucoup puisé dans le matérialisme ces dernières années, ça reste quelque chose d'insuffisant pour bâtir la totalité de ses réflexions à mes yeux, surtout lorsque c'est utilisé pour camoufler son propre compas moral. Evidemment qu'il est toujours question de moralité, de ce qu'on trouve juste ou pas. J'ai trouvé des choses juste dans ce livre, et il m'a même rappelé que je devais être à la hauteur de mes convictions dans mes comportements individuels. Merci à l'autrice pour tout ça.
La première partie est intéressante et bien construite, on apprend beaucoup de choses sur la période post fasciste de l'histoire italienne. J'ai été beaucoup moins convaincue par la deuxième partie qui propose des solutions en réalité très classiques (investir dans les médias indépendants et s'organiser dans les luttes locales notamment). De nombreux termes sont employés sans être définis (du style il faut responsabiliser les gens pour qu'une justice transformatrice soit possible : ça veut dire quoi responsabiliser ? Comment on s'y prend?) et la conclusion sur le divin m'a laissé très sceptique. Je trouve que cela montre les limites d'une pensée qui réifie une identité (celle d'être queer ici) et qui lui attribue des qualificatifs en soi (le fait d'être révolutionnaire). Sur la forme, le mélange entre essai et racontage de vie de l'auteurice ne m'a pas semblé très pertinent. Je n'ai pas accroché au mélange entre théorie et poésie. J'avais peut-être trop d'attentes envers ce bouquin car j'avais vu beaucoup de personnes le recommander.
Je recommande à 1000% ce livre ! Je n'avais jamais lu sur le fascisme et je l'ai trouvé très accessible tout en étant très fin dans son analyse. On apprend beaucoup sur l'histoire italienne avec un parallèle entre Mussolini et la politique d'extrême droite sous Meloni depuis 2022. Le lien qui est fait entre l'Italie et la France est très bien mené. J'ai particulièrement aimé le concept de confusionisme, la fabrique des ennemi.es, la paranoïa collective et la démocrature. J'ai moins accroché avec la partie sur les amours queer comme révolution romantique même si c'était quand même très bien et que j'ai bien aimé le chapitre sur le célébritisme, les médias indépendants et surtout celui sur l'importance du vide et du silence.
"Mon ami Clément m'a dit un jour que pour lui, être queer c'est avoir quitté toute forme de rigidité de l'esprit pour s'ouvrir à des manières d'aimer, d'éduquer, de travailler, de créer, complètement libres. Le queer c'est la création. Après la peine de la discrimination et la sortie de toutes les normes enfermantes, vient la création joyeuse de nouveaux mondes." p.25
"La démocratie n'est pas seulement une méthode, elle est aussi un idéal : l'idéal égalitaire. Lorsque cet idéal n'inspire pas les gouvernants d'un régime qui se veut démocratique, la démocratie est un nom vain." p.49
"Par peur, l'extrême droite contemporaine génère de l'adhésion, et pour entretenir cette terreur, tout en innovant, elle vole les idées les plus progressistes à la gauche en les transformant en un micmac intellectuel s'adaptant à tous les terrains électoraux. Le confusionisme est rarement pratiqué par la gauche, la gauche qui propose d'élaborer ses peurs en essayant de regarder le monde autrement et en travaillant sur notre propre adaptation aux changements. La gauche questionne les règles établies et de responsabiliser l'individu vis-à-vis de lui-même et de la communauté. La droite, au contraire, enseigne à l'individu à déléguer aux plus fort.es sa sécurité et à renoncer au lien social pour privilégier les hiérarchies de classe. A bien à réfléchir, là où la gauche prône une autonomisation des individus et leur action responsable dans le monde, c'est la droite qui tend à élever des citoyen.nes assisté.es, anxieux.ses et dépendant.es, souhaitant obtenir toujours plus de confort et toujours moins de responsabilités." p.54-55
"Ce dont il est question dans ce livre c'est des fascistes fortuné.es qui votent contre l'existence des autres pour ne pas céder un gramme de leurs privilèges obscènes. Je parle de ces fausses victimes du système, ces indécent.es enfants gâté.es que le néofascisme a persuadé d'être menacé.es par une émeute de pauvres et de déviant.es. Ces boomers engourdi.es par le confort. Le meilleur ami du fascisme restera toujours le conformisme." p.65
"Etre l'élite de la nation signifie entre les lignes être les gardien.nes des injustices qui légitiment la violence étatique et les garant.es de la pérennité des discriminations systématiques." p.74
"La pensée queer et féministe n'est pas paranoïaque, puisqu'elle accepte la complexité et les intersections, les différences et la déconstruction du statu quo. Elle a élaboré des façons démocratiques de répondre aux violences tout en défendant le droit de tous les individus à exister." p.101
"Une lutte juste ne lutte jamais conte mais pour. Elle n'est pas une résistance au monde environnant mais une tentative d'élargir les zones de droits et de réorganiser les communs". p.108
"Le sentiment d'insécurité qui motive le vote d'extrême droite est paradoxalement produit par la pensée d'extrême droite et ultra-capitaliste elle-même. Ces idéologies prétendent être une source de protection pour l'individu alors même qu'elles sont fondées sur l'éloignement de l'autre, l'intolérance, la cupidité et l'accumulation individuelle. Comment pourrait-on trouver du soin et du respect en adhérant à des pensées politiques qui ont fait du je-m'en-foutisme et de la loi du plus fort leur profession de foi?" p.115
"Le fascisme est la réalisation politique du patriarcat poussé à son apogée." p.149
"Les fascistes gouvernement en imposant le silence mais perdent leurs moyens face à la révolte silencieuse des radicales et radiaux timides." p.181
"La pureté militante a déplacé l'attention de la prise en charge des violences au maintien de l'ordre intracommunautaire, reproduisant ainsi le fonctionnement d'un Etat de surveillance et de contrôle au sein des communautés, cher à la plupart des droites." p.205
"Vous l'aurez compris, sans la spiritualité et sa pratique collective, il me parait compliqué de développer une unité de valeurs et une possibilité de guérison individuelle et communautaire. Parler de spiritualité ne signifie pas une instituer une, et chacun.e peut trouver sa façon de la vivre. L'amour dans toutes ses manifestations me semble néanmoins être la condition d'existence d'une forme sincère de rapport au sacré. Je pense que la spiritualité permet de responsabiliser vis-à-vis de soi-même et de prendre conscience de notre importance et du soin dont nous avons besoin." p.215
"Le mot 'fascisme' réfère à une période finie de l'Histoire" => si comme moi vous souhaitez comprendre en quoi cette phrase est fausse, lisez ce livre !
L'étude comparée entre l'Italie et la France éclaire sur les héritages politiques de ces deux pays, dont on comprend qu'ils n'ont jamais vraiment rompu avec leur culture fasciste et collaborationniste. L'auteurice étant italien.ne vivant en France, iel a le recul et l'expertise pour proposer une analyse approfondie de tout ce qu'il y a d'effrayant là-bas comme ici.
Un ouvrage très important en ce moment. (Et très joli esthétiquement: un format carré peu habituel, des pages presque glacées et écrites à l'encre violette et des titres dans une police calligraphique !)
j'ai mis du temps à traverser ces pages, à lire avec intérêt chaque mot, parce que d'une part c'est brillant, c'est vrai, c'est beau, et d'autre part je trouve absolument déchirant que ce livre soit non seulement actuel, mais absolument nécessaire plus les mois passent
les derniers paragraphes m'ont eue, mon cœur s'est effondré, une larme à roulé sur ma joue
vivent les queers, les amours queers, la lutte queer
Iel utilise le mot queer comme un terme fourre-tout, chaud de mettre dans le même panier toustes les queers du monde. J'avoue que j'ai pas mal décroché à la fin, dès que ça a commencé à parler des planètes etc MAIS ya bcp de réflexions grv intéressantes
"Toute leçon arrive quand nous sommes prêt.e.s à l'entendre."
"Le choix conscient de l'amour est un outil politique."
"Le fasciste ne choisit pas des adversaires, mais des proies."
"Je veux vivre dans un monde où on ne doit pas expliquer l'amour car l'amour expliquerait toutes les choses."
"Neutre, en français, veut dire masculin, blanc, cisgenre, hétérosexuel et bourgeois."
"Nous vivons dans une époque où la rupture est omniprésente. Nous rompons sans cesse nos relations et nos habitats, ne sachant aucunement comment les préserver, comment les réparer, comment les chérir. L'amour est une action, une pratique, un art qui s'apprend. On meurt dans l'injustice si on n'a pas appris à aimer."
"Un conflit n'est pas une opposition entre la bien et le mal, mais une dispute entre deux visions du bien."
"Dans une structure sociale et affective où notre valeur se mesure aux conquêtes sentimentales et au nombre d'ami.e.s - ou de followers - que nous avons, le capital social nous paraît central pour notre survie. Le FOMO est donc une chasse au capital social motivée par la peur que d'autres nous en privent. C'est une compétition d'ultra performance sexuelle et humaine systématiquement remportée par celleux qui possèdent un capital physique normatif supérieur. Le FOMO est l'énième hacking capitaliste de nos émotions."
"L'abolitionnisme ne se désintéresse pas des torts commis. Il dit simplement que la prise en charge par la criminalisation de certaines personnes n'est pas une bonne solution car elle ne met pas fin au système qui crée ces torts. "
Un début prometteur théoriquement et politiquement mais j'ai été un peu déçu par l'idéalisation de l'idée de l'amour et du sacré.e comme solution à tous les problèmes, y compris systémiques.
« Je veux vivre dans un monde où on n’aurait pas à expliquer l’amour, parce que l’amour expliquerait toutes les choses. Partir sur Vénus. »
En première partie : Un récap indispensable de ce qu’est le fascisme et de ses origines historiques pour comprendre la manière dont il se manifeste dans les partis d’extrême droite en Italie, en France et ailleurs. En deuxième partie, un peu de lumière pour ne pas repartir défaitiste. Constanza Spina puise dans les pratiques queers qui s’affranchissent du patriarcat, du capitalisme, de la cis-hétéro-normativité pour proposer des manières de combattre le fascisme à l’échelle à la fois individuelle et communautaire. Pour ce faire, elle propose une révolution romantique.
J’ai particulièrement aimé les paragraphes où l’auteur.ice conte de façon poétique ses souvenirs d’enfance et ses voyages qui l’ont aidée à voir plus clair (merci les étoiles) dans ce monde parfois bien sombre. C’est beau, c’est doux, c’est lumineux. C’est nécessaire.
ce livre est vraiment un énorme coup de cœur, je le recommande x1000 il est construit en deux parties : la première sur le fascisme, son histoire, les formes qu’il prend, la manière dont il arrive à imposer son pouvoir, et la manière dont il est toujours présent dans non société depuis la seconde guerre mondiale puisqu’il n’a jamais vraiment disparu (soit des éléments que je trouve à la base très lourd à lire etc mais que l’auteur arrive à rendre hyper accessible et intéressant) ; et la deuxième sur les différents axes sur lesquels nous devons réfléchir pour construire une réelle démocratie (la question de la célébrité et de l’influence, les médias, la justice, la spiritualité, et pleins d’autres choses!!) il est très accessible, et le propos et les sources sur lesquelles il s’appuie sont très solides
Militante et intellectuelle Italo-française, Costanza Spina fait des parallèles tres intéressants et une analyse très fine des sociétés contemporaines de ces deux pays occidentaux. Le manifeste est très clair dans les définitions et dans les citations des sources, sans enlever des moments de valeur littéraire et lyrique. Ce livre aborde l'amour queer sous tous ses aspects: social, économique, politique, spirituel, philosophique etc. Les propositions d'actes militants sont très nombreux et inclusifs de toute lutte et toute personne politisée. Le type d'orthographe inclusive utilisée dans ce livre, outre que la typographie et le format, sont très originaux et intéressants. Ce manifeste est un très bel objet à la fois artistique et scientifique.
Indispensable. Se laisse lire terriblement bien, la fluidité de passage à chaque thème se fait facilement, le génie d'écriture et de recheche est sans conteste. J'ai complètement pu le lier à "Une voix différente- la morale a-t-elle un sexe?" De Carol Gilligan Un réel bijou, j'en ressors encore tremblante. J'ai laissé quelques larmichettes aux dernières pages. Cela me donne envie d'en acheter plusieurs afin d'aller les déposer dans une ribambelle de boîtes à livres à disposition de chacun.e.x.s Indispensable encore une fois!
Un livre puissant, très concret et politique. Il décortique efficacement ce qu'est le fascisme et la place qu'il occupe dans notre société et nos démocraties. Il propose ensuite des pistes nombreuses et concrètes, mais jamais individualistes ou culpabilisantes, pour repenser notre rapport au monde, à l'amour et à la justice afin de lutter contre les forces de l'extrême droite. Le livre reste pour autant court et efficace, citant une multitude d'auteurices afin de poursuivre la réflexion si on le souhaite.
première partie intéressante avec une analyse sur le fascisme invitant à la réflexion. la seconde en revanche est une déception d'un ennui total pour moi, d'autant plus en tant que gouine trans anar... aucune mention de l'anarchie relationnelle, un comble pour un livre sur le thème des amours queers, et rien sur l'anarchie tout court en fait... et puis ça reste aussi une vision très privilégiée de la démocratie...
Une pépite à mettre entre toutes les mains. L’auteurice balaie le fascisme et son origine en mêlant l’histoire italienne et française pour nous montrer comment le combattre pour de bon, en l’attaquant à la racine. J’ai été transporté par les passages évoquant la Sicile et son enfance. Ce livre est un voyage pour y voir plus clair.
des idées tre scalaires mais des questions reste en suspend, comment on peux faire communauté dans un mode qui kus à temps fragmenté, c'est dur. De ce passé des autres et lenvolée lyrique sur la spiritualité ma rendu un peux fou sinon l'historique du fascisme et ce que 'on peux trouver pour moi ne reste pas à la hauteur. ça fait peur merci
Très intéressant mais la deuxième partie s’est révélée être trop dans la rêverie, fait qui m’a un peu fait moins apprécier les idées proposées. Lecture quand même extrêmement particulière