Je connais Salomé Saqué depuis que je suis Blast sur les réseaux sociaux et dès la sortie de ce livre, j'ai eu très envie de le lire.
Salomé Saqué nous présente un documentaire informé et citant de multiples sources, comme tout bon documentaire le devrait. Il y a plusieurs parties : la première traite de la vision des jeunes par... les moins jeunes (négative), la précarité des jeunes, les différences sociales, les réformes politiques peu efficaces, le piège d'Internet (j'ai appris beaucoup de choses là-dessus !). La deuxième parle du recul démocratique, de la peur des attentats, des informations anxiogènes, de la crise écologique, de la pandémie et de la culture des jeunes. La troisième aborde l'autorité et l'Etat, le vote des jeunes, l'abstention, les différentes formes d'engagement citoyen et l'engagement politique par le travail. En conclusion, Salomé Saqué évoque son propre cas et nous laisse sur une note d'espoir surprise mais bienvenue. Parce que ne nous le cachons pas, ce livre est déprimant.
Déprimant parce que, à bientôt 58 ans, je vois péricliter la démocratie et l'environnement et je me demande quel monde violent je vais laisser à mes filles (étudiantes intelligentes et pas feignantes du tout, mais stressées, de 22 et 20 ans). Ce livre, et les témoignages qu'il recueille, m'a émue, révoltée, enragée et donné encore plus envie d'agir que je le fais déjà. La partie concernant le poids des jeunes aux élections si jamais ils votaient tous était désespérante - les vieux, dont je fais partie, sont plus nombreux de toute manière. Il m'a rappelé, exemple concret, terre à terre, mais frappant, l'équipe de responsables du ménage (5 hommes aux cheveux gris, les bras croisés ou les mains dans les poches) qui contrôlaient le travail de la femme de ménage à mon travail (émigrée, horaires terribles, salaire ridicule, appartenant à une société employée par la Ville de Paris qui traite ses employés comme de la crotte) devant nettoyer 6 étages à elle toute seule en un temps record là où auparavant, elles étaient au moins 4. C'est une représentation assez juste de notre société : des vieux types qui ont le pouvoir et qui décident de diriger à la pépère, entre amis, quitte à utiliser la violence physique, en plus de la violence morale que représente ces conditions de vie dégradées, à frapper, bastonner, insulter, voire mutiler ceux qui protestent.
Je regrette juste une chose : qu'il n'y ait pas allusion au fait que les médias officiels suivis et regardés par le plus grand monde appartiennent de plus en plus à une petite catégorie d'individus qui les utilisent évidemment pour leur propre propagande. Exemple récent : le Journal du dimanche, qu'on ne peut pas qualifier de brûlot de gauche, et ses journalistes révoltés. Par contre, j'ai apprécié que soit cité, par exemple, le RN et sa propagande croissante sur les réseaux sociaux.
Bref, un livre salutaire et que je recommande chaudement à toutes et à tous : lisez-le, achetez-le, empruntez-le, prêtez-le ! Ce n'est nullement une charge contre tous les vieux, mais une main tendue pour que nous luttions toutes et tous ensemble.